Publicité
Un leader-président déplumé et désabusé
A quoi pense Gaëtan Duval quand Eliézer François confie à qui veut l?entendre que ?s?il ne nous écoute pas, ce sera sa fin politique? et qu?il rend Nanda Kistnen responsable des malheurs s?abattant sur la basse-cour bleue ? Le nouveau président nommé du Port-Louis se montre aussi déprimé que l?amer Michel (Debré). Tellement désabusé qu?il se compare même à l?infortuné Louis XVI. Il s?en prend à ceux jurant leurs grands dieux qu?ils n?en veulent aucunement au leader mais seulement à ses prétendus mauvais conseillers. L?amertume l?incite à conclure : ?Après avoir décapité les conseillers, ils ont guillotiné Louis XVI??
Cité par Eliézer François comme l?homme à abattre, s?il l?on veut sauver la famille bleue, Nanda Kistnen rappelle qu?il milite déjà, aux côtés de Duval, quand le camarade Eliézer était encore candidat travailliste au n° 20 (Beau-Bassin-Petite-Rivière), en août 1967, encore que son ?leader bien aimé? n?a aucune souvenance de son militantisme au-delà de 1974. On est jamais mieux trahi que par ses supérieurs.
Le désabusement duvalien s?étale sur neuf colonnes à la une dans le défunt Cernéen : Duval : ?Mon autorité étant contestée, je renonce au leadership? Je songe sérieusement à mon retrait de la politique?. Il confesse toutefois être le seul responsable de la scission au sein du PMSD. Le journal de Jean Pierre Lenoir constate que c?est un Duval déplumé qui trône désormais sur le fauteuil présidentiel au Port-Louis. Il avoue être incapable de contrôler ses troupes. Pas question pour autant d?abandonner l?ami Kistnen. Il se plaint de la présence, devant le bureau de l?Attorney General, de voyous qui le narguent. Il confie : ?Le conflit commence quand je veux être nommé Attorney General? Ne pas siéger au Conseil des ministres est, pour moi, un inconvénient majeur. Ramgoolam et moi pouvons être d?accord puis être contestés et mis en minorité au Conseil des ministres.? Il rappelle que, en 1971, on a voulu qu?il se défasse de Nicol François qui touchait Rs 1 500 par mois en tant qu?employé municipal. ?De ma vie, je n?ai jamais abandonné un ami? Je peux abandonner un poste mais pas un ami?. On reproche à Nanda de n?être pas un yes man et d?oser dire ce qu?il pense? ?Il a été l?alter ego de Nundhoochand avant la brouille?.
Que faire pour que Duval, qui se dit le ?contraire d?un dictateur?, n?abandonne pas la politique ?
R : Que les gens cessent de faire les c? Peut-on se battre à la fois contre Chong Leung, le MMM, l?évêque (pauvre Margéot), le gouvernement ? Trop c?est trop. Il se dit découragé, déprimé, dégoûté, désemparé et triste. Chantesombre ! Chantebas !
Depuis le début de mai 1981, nos journaux se contentent de suivre, jour après jour, les tristes péripéties de la crise créée par les velléités présidentielles de Duval. Son entrée triomphaliste à l?hôtel de ville de Port-Louis est la goutte d?eau qui fait déborder le vase de la réticence journalistique. L?express titre alors : ?A vaincre sans péril??. Il parle de victoire mascarade sur un CAM en voie de décomposition. L?opinion publique ne voit aucun triomphe dans cette usurpation présidentielle. La métamorphose du leader du PMSD en mendiant est qualifiée de ?spectacle affligeant?. ?Peut-on concevoir l?héritier spirituel de Raoul Rivet entrant par l?imposte dans l?hôtel de ville du Port-Louis ou encore Jules K?nig endossant le collier mairal sans avoir été élu ?? Il n?arrive pas à comprendre un Duval se jetant sur l?os délaissé par le MMM de Mathieu Laclé et de Régis Grivon. Il refuse de se féliciter de la démission collective des conseillers municipaux MMM encore qu?elle permet de réévaluer la rapacité d?une certaine classe politique pour les bouttes disponibles ou inventées. Il conclut que le Duval, rongeant un os sucé jusqu?à la moelle par d?autres, ?nous a habitués à plus de panache?.
Ce Duval essaye de répliquer en soulignant l?allégresse spontanée de ses suiveurs triomphalistes et en précisant que c?est lui qui choisit le président nommé du Port-Louis et non pas Ramgoolam. Il parle des nominations acceptées par Rivet, Edgar Laurent et Gabriel Martial. Il précise que l?os à ronger, la présidence nommée, ne vaut que Rs 12 000 par an et une Peugeot 604 agonisante. Il allègue qu?il aurait été encore plus vertement critiqué s?il avait cédé la présidence portlouisienne au CAM. Il conclut : Face, l?express gagne et, pile, Duval perd !?
L?express ironise alors sur l?unité retrouvée du PMSD. Duval dit n?avoir mendié aucune présidence mais a dû patienter un demi-mois le décret ministériel officialisant son autorité politique. Un purgatoire qui ne l?a point grandi. Avec Gaëtan Raynal, il met Duval au défi de préciser quand Laurent, Rivet et Martial ont déjà revendiqué une nomination gouvernementale surtout après avoir été rejetée par l?électorat. Il ne conteste pas l?esprit de service de Duval mais n?y peut rien si ce dernier se retrouve plus esseulé que jamais. Il le renvoie au lord maire de janvier 1974, désabusé après avoir été remplacé par un président nommé. Il redit que toute échéance électorale est sacrée à ses yeux, que même pour sauver le pays du communisme nul ne peut la retarder ou pire encore la biffer, comme en 1972. Il tient tout commissaire nommé, à long terme, pour un complice de déni de démocratie. Il confirme toute sa déception.
Il ne reste plus qu?à Serge Perraud de présenter, avec les bénédictions d?usage, une motion d?expulsion à l?encontre de Paul Chong Leung. Cela suffit pour qu?une certaine presse entrevoit aussitôt la révocation de ce dernier comme Attorney General et la rentrée triomphaliste de Duval dans un gouvernement Ramgoolam. Incorrigibles journalistes. Ils ne peuvent même pas anticiper que tout s?arrangera dans une réconciliation générale programmée, chacun ravalant généreusement ses régurgitations, au nom de l?intérêt supérieur du parti. Et tant pis pour le dégoût généralisé !
Publicité
Publicité
Les plus récents