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Un héritage à conserver

23 juin 2007, 00:00

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Guitariste à la carrière fulgurante , il est inutile désormais de présenter Marclaine Antoine. Entité vivante du patrimoine musical mauricien depuis plus de cinquante ans, il est devenu une référence dans le maniement habile des instruments à cordes mais également dans la fabrication à proprement parler des instruments traditionnels.

Quand on est chez lui, ce n?est pas seulement les statues africaines qui jalonnent son salon qui nous impressionnent, mais c?est également son étonnante collection d?instruments tous aussi rares les uns que les autres, aux formes incongrues, et de toutes origines.

De la plus simple guitare classique au complexe bouzouki grec, Marclaine Antoine est intarissable pour nous énoncer et démontrer avec précision, la capacité de chaque instruments et leurs provenances. Ces instruments dont la plupart sont d?une rareté indiscutable témoignent du savoir-faire de certains musiciens- dont Marclaine Antoine fait partie - qui se donnent pour sacerdoce de conserver et d?intégrer défintivement dans la musique contemporaine les instruments qu?utilisaient les ancêtres.

La créativité humaine en matière d?instruments de musique est immense. Partout dans le monde, des hommes ont élaborés des instruments propices à l?expression de leurs sentiments. Et ils se sont souvent servis de matériaux rudimentaires pour y parvenir. Fabriquer des instruments serait-il à la portée de tous ? Qui aurait cru qu?en frottant par séquences saccadées deux morceaux de papier de verre, que l?on entendrait d?une manière perceptible, le rythme de fond languissant et énergique du séga ?

Pour Marclaine Antoine tout ceci n?a rien d?étonnant et il a très vite compris que de simples ustensiles de cuisine pouvaient très bien s?accommoder à la musique traditionnelle. Il nous donne pour exemple le cas des esclaves, qui durant leurs pénibles tâches, se sont servis de leurs serpes à couper les cannes à sucre, pour faire de la musique,dans le but exclusif d?exprimer des mélopées ou autres complaintes.

A Maurice, nombreux sont les amateurs de musique, qui à défaut d?avoir une ravanne , utilisent un jerricane d?essence à la place. Quoi de plus ingénieux ?Le son fourni est quasiment semblable à la plus sophistiquée des ravannes. Marclaine Antoine atteste que nulle part ailleurs dans le monde on utilise un jerricane comme instrument de musique.

En l?écoutant jouer on ne peut que confirmer. Quand on observe les vallis de Madagascar plus communément appellés bâtons de pluie, suspendus aux murs de notre hôte, les éléments utilisés pour leurs confections nous étonnent : un morceau de bambou et des grains de riz... Marclaine Antoine nous montre encore ce qu?on appelle un bobre : le bobre est un arc musical avec résonateur que l?on peut aisément fabriquer soi même avec une calebasse en guise de caisse de résonance et une corde en fibre végétale. En éloignant ou en obstruant le résonateur de son abdomen, on obtient des variations de sons, «rien de compliqué du point de vue fabriquation» surenchérit Marclaine Antoine.

Qu?en est-il pour la ravanne , l?instrument de base le plus important du séga ? 80 à 90 centimètre de bois épais recouvert d?une peau de chèvre tendue... Pas de quoi se ruiner, pourtant c?est souvent avec du matériel de récupération que l?on peut fabriquer les instruments les plus atypiques (comme avec des boîtes de conserves dont le contour est entaillé et qui en les frottant produisent un son proche du coassement des crapeaux.)

Fabriquer des instruments s?avère être une entreprise pas si compliquée comptes établis. La musique n?est-elle pas l?art qui combine les sons avant tout ?

Seul regret pour Marclaine Antoine : les jeunes générations ne puisent pas suffisamment dans cette créativité qui est finalement à leur portée. Jouer de la musique avec un instrument que l?on a soi-même fabriqué ne peut qu?enrichir la composition personnelle. Et pour cela on ne peut que lui donner raison.

M.K.

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