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Un gaspillage nommé MEDCO

19 septembre 2003, 20:00

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«La MEDCO fête ses dix ans cette année. Il y a toutes sortes d?activités, sauf une réflexion sérieuse sur son rôle et son avenir face aux nouveaux enjeux dans le secteur éducatif», note un recteur, qui comme tous les autres interlocuteurs ? enseignants, officiers de la PSSA et du ministère de l?Education ? a souhaité garder l?anonymat.

Dans la réforme du secondaire enclenchée depuis une année, les collèges MEDCO doivent démontrer leur efficience. Or, le principal reproche qui leur est fait est le nombre excédentaire du personnel enseignant. «MEDCO est devenu un dumping ground», observe un recteur. A la PSSA, les officiers abondent dans le même sens. Les statistiques sur la proportion enseignant-élèves pour l?année financière 2002/2003 confirment leur analyse: 1 : 21 à MEDCO Bhujoharry, 1 : 12 à MEDCO Beau-Bassin, 1 :13 à MEDCO Trinity, 1 : 9 à MEDCO Cassis et 1 : 11 à MEDCO Clairfonds.

3 200 élèves fréquentent les cinq collèges, soit une moyenne de 11 élèves par enseignant.

Depuis quelques années, le directeur de l?Audit tire la sonnette d?alarme sur le problème du personnel surnuméraire dans les collèges privés. Dans son rapport sur les finances de la PSSA pour l?année financière se terminant au 30 juin 2000, l?Audit signale un surplus de 120 enseignants dans 22 collèges privés. Pour diverses raisons, cinq collèges ont été contraints à la fermeture durant ces cinq dernières années et leur personnel a été réembauché par MEDCO.

Une des conséquences directes est que la compétence des enseignants est sous-utilisée. Alors que les règlements de la PSSA stipulent que tout enseignant devrait assurer entre 28 et 29 périodes de cours par semaine (1120 minutes) un grand nombre d?enseignants de MEDCO, malgré leur bonne volonté, assurent moins de 20 périodes. Au début du troisième trimestre les responsables de MEDCO Clairfonds ont dû réajuster l?emploi du temps pour accommoder de nouveaux professeurs venant du collège Bradley où il y avait un excédent d?enseignants. «On nous a demandé de partager nos périodes avec les nouveaux venus», témoigne une enseignante. Le collège a dû aussi accueillir cette année les anciens «principals» des ex-collèges Willoughby et Stratford. Le principal du collège Stratford avait été blâmé dans le rapport du Fact-Finding Committee sur le collège. Ce comité avait recommandé qu?il soit radié comme principal de collège.

Le président de l?UPSEE, lui-même enseignant au MEDCO Trinity, a une opinion différente du problème. «Il n?y a qu?une poignée d?enseignants surnuméraires et une infime poignée qui travaille moins de 28 périodes.» Il est convaincu que le problème est temporaire car l?Etat travaillerait sur une formule pour pouvoir embaucher ces enseignants car il aura besoin de 350 nouveaux enseignants pour ses collèges à la rentrée 2004.

Ils sont nombreux à suggérer que l?expérience des enseignants surnuméraires soit mise à profit dans les collèges d?Etat plutôt que les laisser végéter à longueur de journée. D?autant plus que le coût par élève des établissements MEDCO n?est pas insignifiant. Le montant varie entre Rs 1 300 et Rs 2 400 et au moins un de ces collèges a un coût plus élevé par élève que tous les high-achieving schools du privé.

Le président du conseil d?administration de MEDCO refuse de confirmer ce montant et maintient que les collèges ne bénéficient pas de traitement préférentiel de l?Etat : «Il y a une mauvaise perception que nous recevons beaucoup d?argent de la PSSA. C?est complètement faux», dit-il.

baisse visible de performance

La performance académique des collèges MEDCO devrait aussi préoccuper les autorités éducatives. Ils figurent parmi les low achieving schools du privé. Le MEDCO Bhujoharry qui affichait fièrement, il y a dix ans, plus de 60 % de réussite au School Certificate a enregistré un taux de 49 % aux derniers examens.

Dans les autres établissements moins de 40 % de candidats ont réussi à ces examens. C?est justement à cause de ces résultats peu brillants que la population ne s?empresse pas à y faire admettre leurs enfants. Le MEDCO Clairfonds opère cette année une seule classe de 35 élèves en Form I.

Et pourtant la MEDCO a démarré en 1993 avec une mission fort louable : «To foster the developement of and promote education and training including vocational and technical.» Les dirigeants de l?UPSEE à l?époque ne se sont épargné aucun effort pour faire aboutir ce projet dont l?Etat est l?actionnaire majoritaire. «Au départ il était question d?un trust pour éliminer les disparités entre les collèges privés à tous les niveaux et puis le projet a évolué en une compagnie pour take over en cas de fermeture de collège», se souvient Loganaden Naidu, ancien prési- dent de ce syndicat.

La compagnie peut, selon ses statuts, «buy, construct, rent, take on lease and acquire by purchase or otherwise develop all lands and

lease hold rights any land including state land and buildings for education purposes». C?est ainsi que le collège Bhujoharry faisant face à des difficultés vend à la compagnie le département des filles. Le cyclone Hollanda en 1994 démontre l?utilité de MEDCO. En effet, les rafales avaient eu raison du vieux bâtiment en bois du collège Trinity à Port-Louis. Le personnel et les collégiens sont restés dans la rue pendant plusieurs jours, s?asseyant sur les trottoirs et les perrons des maisons avant que la MEDCO arrive pour négocier avec les différentes parties pour l?acquisition du collège.

En réalité, le MEDCO n?a apporté aucune révolution dans le paysage du secondaire durant ces dix ans en dépit de ses objectifs. En revanche, il a permis à des centaines d?enfants qui n?arrivaient pas à trouver une place dans un collège, dans les années «ranking», en raison de leur faible performance d?entreprendre des études secondaires même si beaucoup ont abandonné en cours de route.

S?il y a un aspect où les collèges MEDCO peuvent faire envie à certains établissements privés c?est bien au niveau de l?en- cadrement physique. Ce sont des anciennes écoles primaires qui ont été rénovées pour abriter ces collèges et les élèves de même que le personnel enseignant n?ont aucune raison de se plaindre de l?espace. En outre, les salles de classe, contrairement à certains collèges privés, sont bien éclairées et aérées.

coins de verdure

La préservation de l?environnement est une priorité dans les collèges MEDCO et on note que les cours de récréation sont embellies par d?agréables coins verts. Dans ce domaine, les élèves de MEDCO Trinity ont fait parler d?eux en remportant durant trois années consécutives le «Shell Environment Award» doté d?un prix de Rs 50 000. Si leurs enseignants en parlent avec fierté, c?est parce qu?ils ont surclassé les collèges d?élites ayant participé à ce concours. «Aussi longtemps qu?il y a des enfants qui n?arrivent pas à trouver un collège, MEDCO doit exister», estime un cadre de la PSSA.

A l?intérieur comme à l?extérieur des collèges MEDCO on plaide pour «une réorientation de la politique de MEDCO et surtout pour une restructuration de l?organisme.» «Il est temps de faire un bilan», insiste un recteur de collège des Plaines-Wilhems. Les critiques sur la gestion ont été nombreuses et les témoignages sidérants. Il y a cet ancien manager d?un MEDCO de la capitale qui n?avait pas visité le collège pendant quatre ans. La majorité des managers occupent des postes clés au sein du ministère de l?Education et disposent donc de très peu de temps pour s?occuper des affaires du collège. «Ils dirigent le collège par remote control et leurs principales responsabilités consistent à signer les documents officiels qui doivent être soumis à la PSSA», témoigne un recteur.

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