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Un gardien de prison arrêté en possession de 35 comprimés de Subutex

9 décembre 2005, 20:00

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Et de deux. Une quinzaine de jours après l?arrestation de l?officier Elahee Doomun à la prison de Beau-Bassin, pour possession de drogue, c?est au tour de son collègue Vinod Ramsurn d?être pris dans les filets de la Prison Supporting Squad (PSS). A son arrivée sur son lieu de travail, le gardien de prison âgé de 32 ans avait 35 comprimés de Subutex, une somme de Rs 2 400 et six briquets sur lui. Ce qui contrarie les gardiens de prison conscients que ces arrestations jettent le discrédit sur leur profession.

Il est 6 h 20 hier matin quand cet habitant de Plaine-des-Roches, comptant neuf années de service, est intercepté par des membres de la PSS à la main entrance de la prison centrale. C?est en se fondant sur certaines informations qu?ils fouillent l?officier Ramsurn et mettent la main sur les articles illicites qui se trouvent dans sa poche. Confus, le gardien de prison affecté à la New Wing demande pardon à ses collègues. La réplique ne se fait pas attendre : un coup de fil à l?ADSU, qui débarquera quelque temps après.

A la prison, après cette deuxième arrestation en quinze jours le moral des officiers est au plus bas. D?autant qu?ils savent qu?elle pourrait constituer une explication de la façon dont la drogue entre dans les prisons. «Là où il y a des drogués, il y aura la drogue», laisse d?ailleurs entendre un proche du milieu.

«L?argent et la cupidité»

«Les drogués en prison ou ailleurs feront preuve d?ingéniosité pour pouvoir se procurer de la drogue. Donc, tous les moyens que trouveront les autorités pour fermer des robinets, seront contournés», note un gardien de prison. Un des ces «robinets» demeurant la complicité interne, celle des officiers de la prison ou des infirmiers.

Ainsi, l?arrestation de deux gardiens de prison avec de la drogue ne surprend pas les officiers. «Nous savons que certains se laissent corrompre même si cela ne fait pas honneur à la profession», lance, désabusé, l?un d?entre eux. Mais qu?est-ce qui pousse un gardien de prison à agir de la sorte ? «L?argent et la cupidité», répond Bill Duff, commissaire des prisons. «L?argent. Tout le monde a un prix», renchérit un gardien de prison. «Bel bizness sa», dit un autre.

Au milieu des années 80, alors que le fléau de la drogue se propageait dans le pays ? et par ricochet dans les prisons ? les autorités pénitentiaires décident d?introduire une fouille obligatoire pour tous les gardiens de prison. «Ils sont obligés de passer par le Search Room quand ils commencent leur shift. Mais certains parviennent toujours à échapper à la vigilance.» La fouille est maintenant effectuée par les membres de la PSS créée en 1999. Et sous la surveillance d?un haut gradé de la prison. «S?il y a des doutes, nous faisons un complete strip search», ajoute notre interlocuteur. Le gardien qui est suspecté d?introduire de la drogue sera dénudé et sera fouillé à l?aide d?un équipement permettant de détecter la présence de substances étrangères dans l?anus où dans l?estomac. Cela étant un procédé très humiliant pour l?officier, les autorités attendront d?être en possession d?informations précises avant de procéder au strip search.

Mais d?où viennent ces informations ? «Nous avons notre réseau d?informations», dit Bill Duff. Il nous revient que ce serait des détenus qui rapportent les gardiens de prison. «Et c?est pour de mauvaises raisons, explique un élément de la PSS. Soit parce qu?ils n?ont pas eu ce qu?ils voulaient, soit parce qu?ils se sont brouillés avec l?officier en question ou bien à cause d?une rivalité avec d?autres détenus qui bénéficient du même ?service?.»

Il semblerait aussi qu?il soit beaucoup plus aisé pour les gardiens de prison d?échapper à la vigilance de leurs pairs lorsqu?ils ramènent les prisonniers au centre pénitentiaire. «Puisque nous nous concentrons principalement sur la fouille du détenu, leurs geôliers ont parfois l?occasion de s?éclipser avant que nous ayons fini avec le détenu», explique un autre officier de la PSS. Et pendant que cette escouade fouille les officiers, qui «garde les gardiens ?» Les autres membres de la PSS en présence d?un chef officier, apprenons-nous.

les bons et les pourris

La question de fouille corporelle a toujours été un sujet controversé. Alors que plusieurs personnes croient que c?est la seule façon de prévenir l?introduction de la drogue dans nos prisons, d?autres répondent que les récents incidents sont «la preuve que cela ne marche pas. On ne peut pas soumettre des officiers de la prison à un traitement dégradant et espérer qu?ils garderont l?autorité qu?ils sont censés avoir sur les détenus», laisse entendre un proche du milieu.

L?abolition des fouilles corporelles serait-elle donc une solution ? «Il faut perfectionner le réseau d?informations et quand on a des informations précises ? ce qui n?est pas trop difficile ? soumettre ce gardien à une fouille corporelle», suggère notre interlocuteur. Un point de vue qu?approuvent les gardiens de prison qui ont accepté de témoigner. «Le problème survient quand on nous met tous dans le meme panier, qu?on nous confond avec les pourris, nous sommes démotivés», dit l?un deux.

Mais pour Bill Duff, ce qui vient de se passer «va envoyer un signal fort à ceux qui amènent de la drogue ou qui sont tentés par l?argent». Réaction d?un gardien de prison : «Et que se passe-t-il quand on est consciencieux et honnête ? On est toujours fouillé ?»

Les récents incidents n?ont rien fait pour améliorer le moral des troupes. «C?est une minorité qui devient trafiquante. Il y a eu des arrestations dans le passé et le dernier remonte à 2003. Mais il ne faudrait pas que les gens se mettent à douter de la profession», réagit un haut gradé de la prison. Pour cela, un officier déclare qu?il serait prêt à rapporter un collègue trafiquant «et sans hésitation. Ces gens-là nous font une mauvaise réputation.»

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