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Un forum sur l’agriculture pour sortir des champs non rentables
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Un forum sur l’agriculture pour sortir des champs non rentables
Dans l’île Maurice de 2006, on bêche toujours dans les champs sous le soleil de midi. Ne nous leurrons pas. Les agriculteurs, à l’exception d’une poignée de téméraires, se sont endormis dans un conservatisme inefficient. La survie de cette agriculture-là est en péril. À travers l’Agri-Business Forum qui démarre cet après-midi à l’université de Maurice, l’État et ses partenaires espèrent trouver des solutions pour une relance effective et durable du secteur, dans un esprit de professionnalisme.
Les objectifs du forum, qui s’étalent sur trois jours, se jouent sur deux niveaux. En premier lieu, il s’agit de (i) conscientiser sur les perspectives d’affaires dans le secteur tant au niveau national et régional, (ii) offrir une vue d’ensemble du soutien disponible pour les entrepreneurs, (iii) lancer un nombre de nouveaux projets, et (iv) élaborer une stratégie nationale, voire régionale, pour développer l’agro-industrie.
Et en deuxième lieu, comme l’explique le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, les débats permettront de “cibler de nouveaux marchés pour les produits locaux, rehausser le niveau des pratiques agricoles pour être en conformité avec les normes européennes, promouvoir la culture hydroponique, instiller la notion de la transformation des fruits, fleurs et légumes”.
La radioscopie, hélas, démontre un tassement. Déjà, les statistiques officielles, pour l’ensemble de 2005, indiquent une contraction des revenus du secteur non-sucre par rapport à 2004, mais fluctuant toujours dans une moyenne de Rs 4,5 milliards par an. Bref, des données qui reflètent l’absence de volonté des partenaires (les petits agriculteurs) à se développer, prendre des proportions en phase avec les autres principaux secteurs.
Comme le souligne Jean-Claude Autrey, “le concept d’autosuffisance alimentaire n’est plus à l’ordre du jour depuis le début des années 90. L’agriculture est un business comme un autre”. Maurice, à ses yeux, possède de très bons producteurs mais pas nécessairement de bons entrepreneurs. “Il manque à beaucoup un sens plus aigu des affaires, une maîtrise des coûts, une connaissance des marchés et de leur évolution, des prix et de leurs fluctuations saisonnières, des consommateurs et de leurs préférences.”
Et pourtant, les débouchés sont multiples, tant pour le marché local, régional qu’international. Les efforts des organismes tels que l’Agricultural Research & Extension Unit (Areu) pour les soutenir n’ont jamais manqué. Mais souvent, l’entrepreneur agricole s’est contenté de produire et de vendre à travers des voies traditionnelles que sont l’encan, les étals de marchés et le porte-à-porte, tant pour les légumes et les autres produits dérivés tel le lait caillé.
La transformation est une solution. Ceux ayant été du dernier voyage du ministre Arvin Boolell à Madagascar, début janvier, auront certainement remarqué au marché d’Antananarivo, ces femmes malgaches coupant et mélangeant carottes, haricots et pommes de terre, avant de les écouler sur le marché. La transformation c’est ça. Transformer en produits à valeur ajoutée – les pâtes de fruits des Vergers de Labourdonnais ou les bananas chips de Maubon Foods dont raffole l’Europe – n’est guère difficile.
Bien que le pays ne dispose pas du savoir-faire scientifique dans la transformation, explique Jean-Claude Autrey, “il suffit, par exemple, de faire appel à l’expertise étrangère pas très coûteux, de l’Union européenne (UE) dans le cadre des accords, de l’Inde ou de l’Australie dans le cadre d’autres accords bilatéraux. La mise à jour de nos méthodes de production et de vente peut aussi se faire par le biais de consultants bénévoles, par exemple, des retraités des États-Unis ou de la Grande-Bretagne”.
Autre secteur où le pays n’a jamais décollé demeure la production laitière. Les grands producteurs en devenir se sont cassé la figure. En 1982, les précurseurs, Mon-Loisir, Mon Désert et Union, ont tenté, mais en vain. Des investissements de Rs 10 à 15 millions étaient tombés à l’eau.
Le pays ne pourra jamais atteindre une production journalière de 30 millions de litres par jour, soit 40 % de la consommation. Qu’est-ce qui l’en empêche ? Une structure adéquate ! Le lait indien Amul, importé par la State Trading Corporation et que les Mauriciens ont pu goûter au frais, est un modèle de réussite. Et pourtant, c’est le lait de dizaines de milliers de vachers qui est recueilli chaque jour pour être pasteurisé et transformer en fromage, beurre et même glaces.
<I>“(...) le concept d’autosuffisance alimentaire n’est plus à l’ordre du jour depuis le début des années 90. L’agriculture est un business comme un autre.”</I>
En parallèle à la transformation, les produits mauriciens trouveront preneurs dans des “niche markets” internationaux. D’ailleurs, le président du conseil d’administration d’Enterprise Mauritius, Amédée Darga, a souvent cité en exemple cet entrepreneur qui exporte vers des cliniques d’Europe. Ou encore Maubon Foods, les achards de Sarjua exportés à travers le monde, en nette conformité avec les normes de l’UE.
Maurice peut bien se transformer en une nation d’entrepreneurs agricoles. “Le nombre de vulgarisateurs est insuffisant pour former et encadrer tous les agriculteurs du secteur non-sucre. Excepté et on y revient, s’ils étaient tous passés par le lycée agricole. Avons-nous perdu encore une génération ?” se demande le directeur du Msiri.
LE PROGRAMME
■ Le forum organisé conjointement par le ministère de l’Agro-industrie et l’université de Maurice, s’ouvre avec une conférence du professeur G.S Padda, de l’université agricole du Pendjab. Les participants, dès cet après-midi, entrent dans le vif du sujet avec une session sur les opportunités d’affaires dans l’agriculture et les marchés émergents. Enterprise Mauritius présentera les tendances et les défis sur le plan international. Le ministère de l’Industrie le relaiera pour aborder les opportunités dans la région. La journée se terminera avec une session intitulée “des idées aux entreprises”, occasion des entrepreneurs à succès de Maurice, de Rodrigues et de la région de partager leurs expériences dans des sous-secteurs divers : les produits laitiers et la transformation. Le dernier jour, vendredi, sera l’occasion pour les institutions étatiques telles que l’Areu, la Small Enterprises and Handicraft Development Authority, la Banque de développement, le Board of Investment et Enterprise Mauritius, entre autres, de partager avec les participants les plans disponibles pour la promotion de entrepreneuriat et les affaires dans l’agriculture. Après les discours et présentations, ce sera le moment de dégager la voie pour le futur lors de la dernière session plénière, où le modérateur sera Amédée Darga, président du conseil d’administration d’Enterprise Mauritius.
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