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Un crime contre l?humanité à absoudre

3 février 2004, 20:00

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?ENN zour, nou pou capav mette souliers?, disaient les esclaves. Par souci de mémoire envers leur misère et dans le sillage du 169e anniversaire de l?abolition de l?esclavage, le Centre Nelson Mandela pour la culture africaine a tenu hier un débat à l?hôtel de ville de Curepipe.

Les principaux intervenants étaient Jean-Yves Violette, président de ce centre, Jocelyn Chan Low, directeur du Centre culturel mauricien(CCM), Cader Kalla, chairman du Mauritius Museums Council ainsi que Pradeep Kumar Ramdin, conseiller de la ville. L?événement, auquel participaient des collégiens curepipiens, comportait la projection d?un film sur ?Le marronnage à l?île Maurice.?

A la définition de l?esclave, Jean-Yves Violette devait rappeler que ce dernier est l?humain déshumanisé. ?Ziska lors langaz, colons finne coupe esclave-là intentionnellement de so fami, pou li né pli communiqué?. Le conseiller Ramdin a même illustré le processus de déculturation souffert par l?esclave. En étant, par exemple, affublé de noms ridicules par son maître.

?Pas une personne mais un meuble?

Jocelyn Chan Low a précisé que, selon le Code Noir, ? l?esclave n?est pas une personne, mais bel et bien un meuble?. Trois dimensions le caractérisent, à savoir la souffrance, la résistance et la créativité. L?histoire fourmille, d?après Cader Calla, de mouvements de résistance chez l?esclave : petit et grand marronnage, naissance du créole, suicide.

Pour Jean-Yves Violette, ?s?il y a eu souffrance, il doit y avoir réparation?. Comme le souligne Pradeep Kumar Ramdin, ?les maîtres d?esclaves avaient bien été indemnisés lors de l?abolition au 19e siècle.? Mais plusieurs questions se posent alors. Qui aujourd?hui peut porter la responsabilité de l?esclavage colonial ? Pas les descendants des maîtres en tout cas, d?autant plus que la propriété d?esclaves n?était pas le seul apanage de colons blancs, mais aussi de gens de couleur.

Jocelyn Chan Low n?a aucun doute sur la réponse : les Etats sont responsables. Pourquoi les intérêts de l?esclave ont-ils été négligés ? En l?occurrence, leur continuité justifierait leur responsabilité. Les gouvernements complices de l?esclavage colonial à une certaine époque (France, Grande-Bretagne, Hollande, Espagne, Portugal) devraient délier les cordons de la bourse. Mais qui compenser ?

?Il faudrait la mise sur pied d?un fonds africain de développement financé par ces Etats et géré par l?Unesco, aussi bien que l?annulation de la dette africaine?, prône le directeur du CCM.

Au-delà de la compensation financière, Jocelyn Chan Low devait dire que la réparation passe également par la réhabilitation de l?identité noire.

A l?heure des questions, Alan du collège St.-Joseph s?est interrogé sur l?inclusion du créole dans le programmed?études mauricien. Le panel d?intervenants a alors expliqué les difficultés d?enseigner cette langue, en l?absence de graphie.

Au terme du débat, Jean-Yves Violette a aussi annoncé pour aujourd?hui l?organisation d?une compétition de peinture et sculpture, intitulée ?l?Art dans la Rue?, ouverte aux étudiants du secondaire. Ils sont invités à se présenter au jardin de la Compagnie à 9 h30 heures, munis de leurs matériaux afin de réaliser sur place une ?uvre artistique. Chaque catégorie d?âge obtient un premier et second prix.

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