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Un consultant de référence sur le sida

4 décembre 2007, 00:00

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Guy et Irène Lam Shang Leen ont de quoi être fiers. Deux médecins réputés dans la famille, c?est une bénédiction. On connaissait leur benjamin, Edward, radiologue-interventionniste, qui a récemment été nommé professeur responsable de la faculté de radiologie au prestigieux Imperial College de Londres.

Mais il y a aussi leur aîné Clifford, consultant en maladies infectieuses, avec une sous-spécialisation dans celles infectant le sang, notamment l?hépatite B et C, de même que le VIH/sida. Par le biais de courriels et d?appels téléphoniques, il nous raconte son parcours.

Cet ancien élève du Collège Royal de Port-Louis s?est senti attiré par la médecine après lecture des livres d?Archibald Joseph Cronin. «En lisant ses livres, la médecine m?a semblé une profession qui en valait la peine.»

Il effectue ses études de médecine à l?université d?Edimbourg et complète sa formation à Manchester et à Londres. Il obtient son diplôme de docteur en médecine après présentation d?une thèse sur les déficiences des anticorps. Il est embauché comme consultant en maladies infectieuses à l?hôpital universitaire d?Edimbourg. Dans cette même université, il enseigne comme Senior Lecturer aux médecins généralistes se spécialisant en maladies infectieuses.

Alors qu?il est sur le point d?achever sa formation et envisage de rentrer au pays, une entité virale inconnue, qui décime les gens, fait son apparition sur la scène mondiale. Pour le jeune médecin qu?il est, c?est un défi. «Ce mal qui attaquait le système immunitaire et dont on ignorait à l?époque la cause, était le défi ultime. Il affectait surtout des jeunes issus de toutes les couches sociales et ils en mouraient. En sus de l?ignorance, il y avait aussi la discrimination. J?ai voulu en savoir plus sur ce mal mystérieux et combattre tout cela.»

Au fil des ans, à ses soins et à l?enseignement, Clifford Lam Shang Leen adjoint la recherche sur ces maladies infectieuses. Plusieurs de ses travaux sont d?ailleurs publiés. Vu son domaine d?expertise, il collabore régulièrement avec ses collègues européens au sein de l?EUROSIDA. Il figure aussi sur le UK CHIC, organisme de recherches étudiant une cohorte de 20 000 personnes séropositives et leurs réactions, notamment aux traitements.

Ses travaux lui ont valu de faire partie du collège des experts du Medical Research Council recommandant l?allocation de bourses pour la recherche sur les maladies infectieuses et le VIH/sida. Il siège sur le Scottish Medecine Consortium et conseille ses pairs sur l?utilisation de nouveaux antibiotiques, antifongiques et antirétroviraux (ARV). Depuis 2003, il fait partie du HIV Treatment Guidelines Writing Committee. Cette année a vu sa nomination comme membre de l?Expert Advisory Group on AIDS, comité d?experts conseillant les quatre Chief Medical Officers d?Angleterre, d?Ecosse, du Pays de Galles et d?Irlande du Nord sur des sujets liés au VIH/sida et aux stratégies de prévention et de traitement.

Marié à Dayeel, consultante en pédiatrie et originaire de Malaisie, il est père d?une fille de 15 ans nommée Ailsa et d?un fils de 11 ans appelé Pierre. Malgré tous ses engagements, il redouble d?efforts pour se consacrer davantage à sa famille.

Deux nouvelles classes de médicaments

La recherche a fait énormément de progrès, notamment en matière de VIH/sida. «Cette année, deux nouvelles classes de médicaments sont apparues sur le marché. Le premier empêche l?entrée du virus dans la cellule en bloquant le CCRS receptor. L?autre est un inhibiteur empêchant l?intégration du virus dans le génome hôte. Ces médicaments sont porteurs d?espoir, en particulier pour les malades sans options, c?est-à-dire ceux chez qui le virus mute constamment, rendant les anti-rétroviraux (ARV) inefficaces, et qui constituent environ 1,2 % de la population de Grande-Bretagne. Avec ces nouvelles molécules, ils devraient pouvoir vivre un peu plus normalement.»

Vu le nombre de cancers présentés par les personnes vivant avec le virus, les experts considèrent actuellement la possibilité de donner des ARV à ceux dont le taux de CD4, sous-section des globules blancs, n?a pas encore dépassé le seuil limite. «C?est à l?étude. D?un côté, nous considérons la possibilité d?en faire un règlement mais de l?autre, nous évaluons aussi les effets secondaires potentiels d?une telle mesure en nous demandant si ces ARV seront sans danger pour la santé sur 30 à 40 ans. Valeur du jour, tout se fait au cas par cas. De toutes les façons, nous ne faisons que recommander aux patients qui ont le droit de refuser. J?ai beaucoup de patients qui refusent les ARV même si leur taux de CD4 est bas. Je ne peux que les voir régulièrement, leur conseiller le traitement et espérer leur faire changer d?avis.»

Pour la première fois cette année, le nombre de nouvelles infections diagnostiquées au VIH/sida est inférieur à celui des années précédentes à Edimbourg. La raison exacte est difficile à cerner. «A la fin des années 90, il y a eu en Grande-Bretagne une augmentation graduelle du nombre d?immigrants venant de pays où le VIH/sida est prévalent. Cette immigration s?est tassée ces derniers temps. De plus, on a noté une baisse des infections chez les homosexuels. Cela peut être dû à ces deux facteurs mais rien n?est certain.»

Et le rôle de la prévention dans tout cela ? «Les mesures préventives fonctionnent mais on ne peut les mesurer avec certitude car beaucoup de facteurs influent sur la dynamique du VIH/sida. Cela dit, il faut continuer à miser sur la prévention. En Grande-Bretagne, nous faisons appel aux vedettes comme exemples pour les jeunes. Il faut tout essayer.»

Pour ce qui est des malades du VIH/sida, souligne-t-il, ils doivent avoir facilement accès aux services. Ceux-ci doivent être confidentiels, délivrés par un personnel accueillant, qui sait soutenir et qui ne porte pas de jugements. «Il faut constamment éduquer les gens et leur faire se souvenir que les personnes séropositives n?ont pas choisi de l?être. C?est avec l?éducation qu?on viendra à bout de la discrimination et la stigmatisation.»

Même si sa spécialité le fait vivre à 100 à l?heure ? la semaine dernière, il était en Chine pour des causeries sur les traitements et sur la prévention au VIH/sida - Clifford Lam Shang Leen ne regrette pas d?avoir opté pour la médecine. «Je peux dire que je ne me suis pas trompé dans mon choix de carrière car j?adore le contact humain, l?établissement du diagnostic, le plan de traitement pour mes patients et tous les défis qui m?attendent.» Sacré Cronin va !

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