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Un chroniqueur XXL dans le bocal
Depuis septembre, la télé, que Guy Carlier a tant raillée, lui offre une place dans l?émission de Marc-Olivier Fogiel, On ne peut plaire à tout le monde, diffusée sur TéléRéunion tous les lundis à 22h10.
Le lundi matin, Guy Carlier est fatigué. S?il est fatigué en début de semaine, c?est en grande partie à cause de la télévision. La même qu?il a tant raillée. Pour nombre de ses admirateurs qui se sont délectés de son humour tantôt tendre, tantôt cruel, rarement méchant à la radio, la présence de Guy Carlier «dans le bocal», du nom de sa rubrique chez Fogiel, est ressentie au mieux comme une surprise, au pire comme une déception. Du vide, des paillettes, de la promo, des people qui quittent le plateau furieux, d?autres qui font mine de le faire ..., a priori tout ce que Carlier déteste.
Plusieurs animateurs avaient déjà tenté de s?attacher ses services humoristiques. « Je n?étais pas prêt à me voir à l?écran. » Jusqu?à la proposition de Marc-Olivier Fogiel. Pourquoi ce revirement ? Pour sa défense, Guy Carlier a un argumentaire bien rodé. Fogiel a su trouver les mots. « Il voulait une chronique dont les gens parleraient le lendemain, cela m?a plu.»
Le direct, mais surtout l?assurance de pouvoir dire ce qu?il veut, comme il le veut, ont également pesé dans la balance. « Ma seule limite, c?est ma responsabilité.» Et comme s?il voulait faire taire les dernières critiques, il s?empresse d?ajouter : « Au sujet de Marc-O., je suis en harmonie avec moi-même, je n?ai jamais rien dit de mal sur lui. Son style peut paraître excessif, mais il appuie là où ça fait mal. Il ne fait pas de la promo bête comme certains. »
Voilà pour les raisons officielles. Mais les vraies raisons sont à chercher du côté du c?ur. Quand Marc-Olivier Fogiel lui a proposé de travailler le dimanche, Guy Carlier a vu l?occasion de faire taire ses angoisses dominicales. On peut ajouter que la personnalité même de Marc-Olivier Fogiel, ancien boulimique, a su vaincre les réticences de cet homme tourmenté par un corps qui lui semble étranger. « Jeune, je ne voulais pas entrer dans un rapport de force avec les gens. Je me suis réfugié dans la nourriture. Quand tu ne peux pas manger les gens, tu bouffes. »
Il est comme ça, Guy Carlier. A l?image d?une corpulence qui l?envahit comme elle envahit l?espace, Guy Carlier s?expose, se livre avec douceur. Une chaleur surprenante dans un milieu où les animateurs parlent plus facilement de leurs chiffres d?audience que de leur vie personnelle. Guy Carlier aussi regarde avec une certaine angoisse les performances des émissions du dimanche soir. Mais c?est moins pour rassurer son ego que pour partager les affres de l?Audimat avec Marc-Olivier Fogiel. « Je ne cours pas après la notoriété. »
Après tout, la télé n?est qu?une nouvelle étape dans une existence peu commune. A 55 ans, cet indéracinable banlieusard traîne en effet pas mal de vies derrière lui. Celle d?abord d?un directeur financier d?une entreprise saoudienne d?aménagement intérieur. Changement de décor au début des années 1990. Guy Carlier tutoie alors les sommets du hit-parade en composant des chansons pour Julien Clerc, Michel Delpech, Adamo.
Aujourd?hui, il se dit heureux, mais «pas béat ». Une chose le tracasse pourtant. Il n?entend pas endosser l?habit du méchant de service. Flingueur sélectif, Guy Carlier ? « On pense toujours que je suis un mec engagé. Mais c?est faux. Je ne suis pas le José Bové de la télé. Ma seule hantise, ce sont les tartuffes, ces gens qui ont renoncé à aller vers la qualité. »
Guillaume Fraissard Le Monde
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