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Un budget bon enfant cachant la “Sales Tax”

7 juin 2005, 00:00

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Le budget 1980-81 imposera à la population des impôts indirects de Rs1,5 milliard. Les contribuables paieront, pour leur part, Rs414 millions de taxes directes. Cette somme de Rs1,5 milliard ne comprend pas une Sales Tax simplement annoncée et qui peut entrer en vigueur à n’importe quel moment. Elle permet de taxer les consommateurs selon leurs achats et dépenses et pas seulement le nombre, plus restreint, de contribuables.

Le fisc veut surtout toucher ceux qui travaillent à leur compte sans déclarer leurs revenus. Une telle mesure toucherait donc les planteurs de légumes et divers intermédiaires. Elle pourrait encourager les consommateurs à restreindre leurs dépenses à l’achat des seules denrées essentielles et réfréner leur envie d’acheter des produits de luxe. Elle affecte énormément ceux qui n’ont pas les moyens d’accroître leurs revenus ni d’empêcher cette érosion de leur pouvoir d’achat. Se trouvent dans cette catégorie les retraités et les personnes dépendant de la pension de vieillesse et des autres allocations sociales.

Philippe Forget ne se gêne pas pour accorder un gros zéro à Sir Veerasamy Ringadoo. Il reconnaît que ce dernier s’améliore en ce qui concerne l’exercice de communication qu’est tout discours budgétaire. Jadis, ce dernier était le grand rendez–vous par lequel contribuables et consommateurs apprenaient à quelle nouvelle sauce ils allaient être tondus pendant la prochaine année financière. Rien de tel avec le discours budgétaire du 3 juin 1980. Le pire a déjà été annoncé, hors Parlement, le 23 octobre 1979, à l’occasion de la dévaluation de 30 % de la roupie mauricienne. Depuis Ringadoo, échaudé par la journée de désobéissance civile de juin 1979, a appris à dédramatiser la présentation annuelle du budget national.

On ne peut guère commenter, à ce stade, le budget 1980-81 car les indications données sont incomplètes. Il est certes question d’une surcharge générale de 10 %, d’une compensation salariale encore dans le vague, sinon dans le doute, d’un boni de fin d’année incertain, d’une Purchase Taxe de 20 % aux modalités indéfinies. Ringadoo est peut-être un habile tacticien en se défilant de la sorte pour ne pas devoir croiser le fer avec ses critiques. Est-il un bon ministre des Finances pour autant ?

Philippe Forget poursuit ses observations. Un budget est un exercice de comptabilité mais c’est aussi l’occasion d’exprimer une volonté politique de solutionner des problèmes économiques fondamentaux rencontrés dans une situation donnée. Ces problèmes exigent de toute urgence qu’on rende productives la plus grande part des dépenses prévues dans un budget donné. Or la réalité politique mauricienne permet à une masse de parasites d’épuiser les ressources financières que s’efforcent de produire un nombre plus restreint de travailleurs productifs. La politique crée volontiers et pour des raisons électoralistes une fonction publique hypertrophiée qui ne se gêne guère pour abuser d’un scandaleux système d’heures supplémentaires incontrôlées et partiellement improductives, pour ne rien dire des gaspillages et du “coulage” sous toutes leurs formes connues et secrètes. On abuse de circonlocutions au lieu d’avoir le courage politique d’appeler un chat un chat, tout parasite un gaspilleur de fonds publics et les politiciens de tous bords des budgétivores et autres vampires suçant l’argent puisé dans la poche de la grande masse des consommateurs et des contribuables.

Toujours pour des raisons de clientélisme politique, on subventionne exagérément des importations au lien d’encourager la production locale. On subventionne de ce fait des travailleurs étrangers au lieu d’encourager la création d’emplois productifs locaux. Il y aura toujours des centaines de millions de roupies pour subventionner des achats, à l’étranger, de riz et de farine et jamais assez de fonds pour subventionner la production locale de denrées alimentaires, de viande et de lait.

Pierre Dinan veut demeurer optimiste car il n’y a pas de place, estime-t-il, pour des défaitistes dans une économie saine. Tant qu’il y aura des Mauriciens sur cette île nommée Maurice, il y aura des raisons d’espérer et d’avoir foi dans l’homme et dans la population mauricienne. L’économiste qu’il est se méfie d’un gouvernement composé essentiellement de technocrates. La société est faite pour l’homme et non l’homme pour la société. Le politicien conserve donc une place de choix pour veiller à ce que l’homme demeure toujours le but ultime de tout développement économique. Il appartient aux politiciens d’empêcher aux technocrates de ne pas prendre suffisamment en considération l’homme et ses aspirations les plus légitimes comme principal objectif de toute vie en société. Il réaffirme donc avec force que le but ultime de tout développement économique demeure le social.

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