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Un braconnier éjecté tout nu à Goodlands
En ce début de mai 1981, la presse militante (article non signé mais rédigé par un témoin prétendument oculaire) raconte ce fait divers particulièrement choquant, s?il s?avère. En pleine journée, les passants vont et viennent le long de la route principale à Goodlands, vaquant à leurs occupations professionnelles et à leurs achats. Ils sont alertés par l?arrivée, à toute vitesse, d?un véhicule. Arrêt brutal au milieu du village. Une portière s?ouvre, un individu est éjecté du véhicule et choît sur la chaussée. Il est nu comme un ver. Le véhicule repart aussitôt sur les chapeaux de roue et disparaît dans la nature.
Le nudiste malgré lui raconte sa mésaventure. Il confesse être un braconnier notoire mais plaide les circonstances atténuantes : 55 000 chômeurs inscrits au ministère de l?Emploi, un PNB qui régresse de 9 %, productivité en baisse de 5 % par rapport à 1979, des usines textiles qui ferment faute de commandes, bref une misère noire, si bien décrite par Suresh Moorba. Donc, il braconne pour faire bouillir la marmite familiale. Tout va bien pour lui jusqu?au samedi 2 mai 1981. On le surprend en train de braconner. Il supplie qu?on le laisse partir. Il promet qu?il ne recommencera pas. Rien à faire. On le tient en joue, le temps de prévenir Grand Missié. Il s?amène ivre de colère. Il le roue de coups. Exige qu?on le déshabille de la tête aux pieds. Ton Willie supplie qu?au moins on le livre à la police. Rien à faire. ?Mo pou zette toi touni dans Goodlands !? Sitôt dit, sitôt fait. On ne braconne pas impunément dans l?île Maurice de 1981.
La même localité vient de faire l?objet d?un hold-up terrifiant pour l?époque. On a vu pire depuis. Trois bandits armés s?en prennent au responsable de la paie d?une des annexes de l?établissement sucrier de Saint-Antoine. Ils lui soutirent les Rs 100 000 qu?il vient de retirer d?une succursale bancaire. Il est en route en direction de l?annexe où l?attendent les employés en quête de leur salaire d?avril. Soudain, il doit arrêter son véhicule. De grosses pierres obstruent la route. Il descend de la voiture et essaye de déplacer les obstacles devant lui. Trois hommes masqués surgissent et le tiennent également en joue. Ils s?emparent de son véhicule et de la sacoche contenant la sainte paie du mois écoulé. Pas de strip-tease en règle cette fois-ci. On peut être bandits sans être sadiques ni prendre plaisir à humilier un être humain.
Le véhicule sera retrouvé quelques kilomètres plus loin. Mais les bandits et la sacoche, bourrée de billets de dix et de cinq roupies, se sont volatilisés dans la nature. La police enquête et espère avoir la main aussi heureuse que lors du hold-up de Bonne-Mère, Flacq, quand l?alerte put être donnée rapidement et la chasse aux bandits se révéla fructueuse.
Les relations entre la communauté hindoue et certaines sectes, allergiques aux statuettes religieuses, demeurent plutôt tendues, en ce début de 1981. Le classement ministériel des religions, comportant les meilleurs pratiquants par rapport aux autres, n?est pas pour ramener le calme. Le zèle religieux de dirigeants politiques excite le fanatisme de certains. Bassin, par exemple, est en ébullition en raison de la profanation d?une statue d?Hanuman. Des habitants sont très remontés contre les adeptes d?une secte religieuse, prônant la destruction des idoles. ?Les manifestants, chantant des kirtans, armés de jhal et de dholok, protestent énergiquement contre la décapitation d?une statuette et la dégradation d?un chowtra.? Le groupe ?Deen Bandhu? lance un mouvement de conscientisation et procède à une distribution de prières à Hanuman et de drapeaux rouges.
La fédération des temples tamouls passe également à l?action pour contrecarrer le prosélytisme de certaines sectes. Elle rejoint ainsi le secrétaire général du PTr, Kher Jagatsingh, qui craint que le prochain recensement de la population mauricienne n?établisse que la communauté hindoue n?est plus majoritaire, autrement dit ne dispose pas d?un pourcentage supérieur aux 50 %. Une campagne de sensibilisation sera menée plus particulièrement dans les régions de Mont-Roches, Stanley, Plaisance, Camp-Levieux, Trèfles.
Ce début de mai 1981 est aussi le théâtre d?un autre cas de vandalisme mais dont est victime, cette fois, la séculaire Biscuiterie Rault, ?Les Délices?,Ville-Noire, Mahébourg. Mme Sénèque raconte. Un autobus, bondé de collégiens, fait son entrée dans la cour de l?usine qui est aussi celle d?une résidence privée. Personne n?a pris rendez-vous au préalable, ni la peine de prévenir les occupants des lieux de cette visite inattendue. Nulle demande de permission de visiter la biscuiterie, bien sûr. La meute de collégiens débarquent et pénètrent sans vergogne dans l?usine qui ne fonctionne plus tous les jours, en raison d?une pénurie persistante de matière première, le manioc. On fait comme chez soi. On se permet même de monter sur les tables surmontant les fours où brûlent normalement des brassées de feuilles de canne. On fait main basse sur les biscuits en train d?être empaquetés. On éventre les paquets prêts pour la vente afin d?en vérifier le contenu. On manque même de choir dans le puits familial. Pour toute excuse, l?enseignant, responsable de cette horde de vandales, dit en souriant : ?Désolé mais nos collégiens sont plutôt indisciplinés.?
?Qu?ils restent chez eux dans ce cas?, lui rétorque alors la maîtresse des lieux.
La remarque est fondée mais, hélas, n?a pas plus d?effet qu?une goutte d?eau sur une feuille de songe. C?est peut-être moins grave que d?éjecter un braconnier dénudé sur la voie publique.
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