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Un arbre miracle peut-il intéresser les Mauriciens ?
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Un arbre miracle peut-il intéresser les Mauriciens ?
Des Mauriciens s?enthousiasment volontiers quand on leur parle de formes imaginaires, auxquelles des esprits particulièrement féconds, attribuent des interprétations divines ou encore lorsque des fruits ou des légumes manifestent de vagues similitudes avec des attributs divins ou religieux. Ils n?hésitent pas alors à crier au miracle et se déplacent en grand nombre pour constater de visu ces bizarreries négligeables. Mais que des chercheurs de l?université de Maurice tentent d?introduire un arbre-miracle et de promouvoir sa culture sur grande échelle afin de susciter de nouveaux créneaux économiques, il n?y a personne pour s?intéresser à ce bonanza.
Des politiciens et autres dirigeants politiques ne s?abaisseront jamais à s?intéresser aux recherches de simples universitaires même si, hier encore, ils partageaient avec eux quelques chaires professorales. De hauts fonctionnaires expliqueront doctement que, leurs anciens maîtres anglais et colonialistes ne s?étant pas intéressés à cet arbre-miracle, il ne saurait être question de s?y intéresser après leur départ car le faire pourrait être considéré comme une insulte à leur intelligence. Le secteur privé de matière grise fait preuve d?une clairvoyance encore plus maladive que la fonction publique. La presse accorde une page entière audit arbre-miracle aux fins d?archivage, c?est-à-dire d?oubliettes. La messe est dite. Les parties concernées ont toutes la bonne conscience que procure la satisfaction du devoir accompli. On ne reparlera plus de l?arbre-miracle avant un quart de siècle. Où irions-nous s?il fallait croire aux possibilités de développement économique et autres promesses dont nous parlent de temps en temps nos meilleurs journaux ? Imaginons le ridicule du conseil de direction d?un puissant groupe de compagnies, d?un Conseil des ministres, ou encore d?un politburo, inscrivant à l?agenda de sa prochain réunion : ?Examen du contenu de l?article de tel journal de telle date, vantant les mérites d?un arbre-miracle ou suggérant une quelconque amélioration d?une situation donnée !? Faute de pouvoir susciter une réaction digne de ce nom, c?est le journal qui finit par devenir ridicule.
Ces amères réflexions effleurent l?esprit quand nous relisons un article consacré, à la mi-juillet 1982, à un arbre-miracle, connu comme le leucaena. Il est présenté comme une plante prodige pouvant aider à équilibrer notre balance commerciale. Il peut croître de plus de cinq mètres en seulement sept mois et fournir un volume appréciable de fourrage et d?énergie renouvelable. De plus, il produit une gomme, prisée sur le marché mondial mais ayant disparu en raison de la désertification du Sahel. Un officiel de la Banque mondiale s?écrie même à son sujet : ?Si l?argent poussait sur un arbre, à coup sûr il pousserait sur le leucaena?. Cette légumineuse peut, en effet, créer des forêts en seulement deux ans. L?île Maurice se désintéresse, depuis, du leucaena qui enthousiasme pourtant des pays comme le Sri Lanka, les Philippines, l?Inde (toujours présente quand une aubaine se présente devant elle) et même les Etats-Unis.
Le mérite de s?intéresser au leucaena revient, entre autres, à Azad Osman de l?université de Maurice. Un panel d?intellectuels performants, dont Swalay Kasenally et Jagadish Manrakhan, s?intéresse à ses expériences et le soutient. Il a acclimaté avec succès le leucaena à Maurice. Les plants, qu?il a mis en terre au Réduit, ont atteint cinq mètres en seulement sept mois. La production de bois, de fourrage, de biomasse, est particulièrement prometteuse. Le leucaena fait l?objet de publications scientifiques favorables dans les magazines les plus respectés au monde. L?Académie des Sciences des Etats-Unis s?y intéresse. Le Time du 10 décembre 1979 lui consacre un article. Il dit que le leucaena peut atteindre 65 pieds en un lustre (le temps d?une législature).
Déjà en 1982, Maurice souffre d?une ?sahélisation? prononcée, des forêts entières ayant été détruites pour qu?on plante d?abord du thé, de la canne à sucre et puis des complexes industriels ou informatiques. Quand nos réservoirs de surface et nos nappes phréatiques se vident, à la fin de chaque saison sèche, nos dirigeants politiques s?en vont au temple prier qu?il nous viennent quelques bons cyclones pour les remplir de nouveau afin de prévenir une éventuelle émeute. La sécheresse de 14 mois de 1998-99 est, bien sûr, une invention journalistique pour déstabiliser le gouvernement du jour, connu pour faire un bon travail sans précédent.
Selon Agribusiness Worlwide d?octobre 1980, le leucaena peut produire vingt tonnes de bois par hectare par an au bout de seulement un lustre, contre une dizaine de tonnes au bout de 10 ans pour cette éponge qu?est l?eucalyptus, jouissant pourtant des faveurs gouvernementales et bureaucratiques. De plus, le leucaena fixe l?azote. Il fertilise son sous-bois, le rendant propre à d?autres cultures.
Le grand prétexte pour ne pas planter le leucaena à grande échelle serait le manque de terres (même à Ebène, la capitale des terrains vagues). Il se pourrait que les flancs de la montagne des Signaux soient earmarked pour le mode de transport alternatif.
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