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Un Américain en cache toujours plein d'autres

14 août 2005, 00:00

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Dominer, étouffer, humilier la concurrence : pour les sprinters américains, c'est la routine, la norme. Justin Gatlin, Tyson Gay, Wallace Spearmon ou John Capel, les quatre adversaires de Stéphan Buckland en finale du 200m, avaient tous un défi en tête au moment de prendre l?avion pour Helsinki : se montrer dignes des exploits de leurs prédécesseurs.

Le plus illustre d?entre eux, Carl Lewis, n?a jamais vraiment aimé le 200m. Mais, dans la race des sprinters, il reste le King, aux yeux de tous. Il y a vingt-deux ans, en 1983, à l'occasion des tout premiers Championnats du monde en plein air à Helsinki déjà, Lewis, un jeune surdoué de 22 ans, s?était révélé au monde entier à la faveur d?un incroyable triplé en or ? 100m, 4x100m et longueur.

Depuis, nombre de ses compatriotes ont brillé sur l'une ou l'autre des trois disciplines, notamment Maurice Greene, stakhanoviste des 100m courus en moins de dix secondes ? près d'une cinquantaine tout au long d'une carrière désormais derrière lui. Mais personne n'a atteint la dimension iconique de Carl Lewis.

Ce statut lui a permis de ne pas être éclaboussé rétrospectivement par la grande lessive antidopage en cours dans le sport américain. Si Lewis a échappé à la curée, deux de ses plus brillants rejetons, englués dans le scandale Balco (du nom du laboratoire californien ayant fourni des stéroïdes interdits à plusieurs sportifs américains) n'y ont pas survécu.

<B>Jeremy Wariner : « Nos jeunes ont faim »</B>

En juin dernier, après bien des vicissitudes et contre-performances, Marion Jones et Tim Montgomery n'ont pas franchi le palier des sélections américaines organisées à Carson, dans la banlieue de Los Angeles. Le sort de l'ex-recordman du monde du 100m, supplanté par le Jamaïcain Asafa Powell (9.77), devrait être définitivement réglé par le Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne vers la fin du mois d'octobre. Celui de sa compagne reste plus indécis, même si l'agence antidopage américaine souhaite la même sévérité pour les deux : la suspension à vie.

La déchéance du couple de Raleigh, comme l'élimination des quelques autres athlètes atteints par l'affaire Balco, aurait pu annoncer des lendemains difficiles. C'est tout le contraire : les statistiques sont éclairantes. Parmi les 60 meilleurs athlètes masculins des douze derniers mois, aux trois premières places du classement de la fédération internationale d?athlétisme dans 20 disciplines, quinze viennent d'outre-Atlantique.

Un autre paramètre IAAF va dans le même sens : sur les 50 premiers athlètes, toutes disciplines confondues cette fois, les Etats-Unis en alignent 12. Le chiffre tombe à 9 sur 50 chez les femmes, moins impériales face à des Russes qui font mieux que résister.

En fait, les préretraites forcées de Jones, Montgomery ou encore de Kelly White, la championne du monde 2003 du 100m, correspondent symboliquement à l'émergence d'une nouvelle vague du sprint américain, dans tous les compartiments.

Sur le 400m hommes par exemple, la densité est tout simplement ahurissante : Jeremy Wariner, 21 ans, le champion olympique d'Athènes, surnommé le «White Johnson», Derrick Brew, 27 ans, et Otis Harris, 23 ans, trustent les trois premières places du classement IAAF.

Sur les 20 premiers, ils sont huit Américains, dont Darold Williamson, 22 ans, compagnon d'entraînement de Wariner sous la férule de Clyde Hart, l'ex- mentor de Michael Johnson, auteur des deux meilleures performances de la saison, ou encore LaShawn Merritt, 19 ans à peine, champion du monde juniors à Grosseto en 2004.

Wariner promet des records dans sa discipline : « Nos jeunes ont faim, bientôt l'un d'entre nous va descendre en dessous des 44 secondes », chrono que personne n'a réussi depuis celui victorieux (43'84) du maestro Johnson à Sydney, en 2000.

Sur les sprints courts, les Ricains font encore mieux, comme l?atteste l?ahurissant doublé du désormais légendaire Justin Gatlin, vainqueur du 100m et du 200m cette semaine en Finlande.

Même le « vieux » Mo Greene, 31 ans, paraît aujourd?hui dépassé. Déjà, le palmarès parle désormais pour Gatlin. Et puis, comment l?oublier, lors des Sélections US, il avait dû s?avouer vaincu sur la distance reine, battu par un inconnu, son pote Leonard Scott, de six ans son cadet.

Sur 200m, l?Amérique a réussi un extraordinaire quadruplé en plaçant juste devant Buckland, et dans l?ordre, Gatlin, Gay, Spearmon et Capel. Et dire que Mo Greene et Shawn Crawford n?ont pas participé à la course.

L'équipe américaine vient ainsi d'écraser les récents championnats juniors panaméricains à Windsor, dans l'Ontario canadien : 57 médailles en trois jours, trois fois plus que les Canadiens, précédents vainqueurs de la rencontre. « Jamais une équipe n'a à ce point dominé une compétition internationale », se réjouissait Tim Weaver, le patron de la délégation.

En 1983, à Helsinki, les Etats-Unis contestaient essentiellement les médailles à la RDA et à l'URSS. Le cercle de la compétition s'est élargi, les blocs ont sauté. Pas l'impérialisme de l'athlétisme américain.

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