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Ugaadi ou le triomphe de la victoire

19 mars 2007, 20:00

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La victoire est au bout du chemin pour tout le monde. Tel est le message qu?apporte ce nouvel an telugu. Sarvajit Nama Ugaadi. ?C?est ainsi qu?a été proclamée cette nouvelle année qui débute ce 20 mars. Sarva signifiant tout entier et jit, victoire. Tout un chacun pourra conquérir ce qu?il veut. Encore faut-il qu?il le fasse convenablement?, annonce de bon augure Ramdass Ellayah, président du Mauritius Andhra Maha Sabha de Grande-Rivière-Nord-Ouest.

Mais le Panchangam, almanach sacré, prévoit, en amont, bien des obstacles et des tensions dans la société mauricienne avant d?atteindre cette fin heureuse. Il faudra ainsi faire preuve de beaucoup de compréhension, instaurer le dialogue et promouvoir une entente mutuelle parmi la population afin de bénéficier de la sarvajit. ?Ce jour d?Ugaadi est l?occasion pour chaque fidèle de renouveler sa décision de dédier sa vie à une certaine discipline spirituelle, abandonnant ainsi les mauvaises habitudes qui risquent d?interférer dans sa vie. Trouver, tout le long de l?année, le temps pour prier. Il doit en ce jour se résoudre à se défaire de ses vieux préjugés et de ses principes mités?, rappelle l?acharya (prêtre) Narasimha Siayaloo.

Pour le nouvel an, il ne suffit pas de se parer de nouveaux habits, mais il faut surtout cultiver de nouveaux idéaux et partager l?amour avec tout un chacun. Comme le rappelle Rajendra Appalsamy, jeune père de famille de 30 ans et président du temple Shree Saraswatee Aalyam à Piton : avant de pouvoir porter ces vêtements neufs, il faut qu?ils aient été bénis par les dieux et les parents et grands-parents décédés. Véritable devoir de mémoire qu?il incombe d?inculquer à la jeune génération.

?(...) pour susciter l?intérêt de la jeune génération, le programme culturel de ce jour de l?An démontre (la) réalité des choses. Les musiques traditionnelles en côtoient d?autres, un peu plus modernes. Des danseurs de pop succéderont aux danseurs de kuchipudi, danse traditionnelle qui évoque les dieux.?

?Le nouvel an est propice pour faire passer le message aux jeunes afin que les traditions perdurent. Il faut aussi promouvoir la langue telugu. Sinon j?ai bien peur que tout périclite dans cinq à dix ans?, rappelle Rajendra Appalsamy. Ce qui n?a pas été son cas, puisque ses parents lui ont montré très tôt le chemin du temple. Et c?est avec un réel bonheur que, dès sept ans, il se rend très souvent au mandiram, à la sortie de l?école.

Passionné de musique, il va suivre des cours de chant chaque vendredi. Aujourd?hui, c?est lui qui dispense ces cours. ?C?est un juste retour des choses. Il ne faut pas uniquement faire entrevoir aux jeunes un monde religieux, régi par une prédominance de la prière. La communauté telugu, ce n?est pas seulement à caractère religieux. C?est aussi une culture. Et sans culture, il n?y a pas de langue et sans langue, il n?y a pas de religion. Il faut attirer les jeunes avec des concours de chant, de danse et de théâtre?, suggère Rajendra Appalsamy.

Même constatation de Ramdass Ellayah qui, cette année, a pris les devants pour susciter l?intérêt de la jeune génération. Le programme culturel de ce jour de l?An démontre cette réalité des choses. Les musiques traditionnelles en côtoient d?autres, un peu plus modernes. Des danseurs de pop succéderont aux danseurs de kuchipudi, danse traditionnelle qui évoque les dieux.

?Il faut évoluer avec son temps. Préserver la culture et la tradition telugu parmi les jeunes sans les départir de leurs aspirations. Faire en sorte qu?il y ait un réel échange entre les différentes générations?, préconise Ramdass Ellayah. C?est ainsi que le Mauritius Andhra Maha Sabha a décrété l?année 2007, l?année de la famille. Car, si la famille n?est pas solide, intègre et harmonieuse, elle ne peut pas aspirer à la sarvajit.

Comme toutes les autres à Maurice, la communauté telugu se sent concernée par tous les aspects du pays, qu?ils soient économiques, sociaux et politiques. Elle compte continuer à jouer pleinement son rôle pour le développement et le bien-être de tous. Mais est-ce que cette communauté trouve réellement sa vraie place dans la société ?

?Oui et non. Nous vivons, certes, dans un pays multiethnique et berçant plusieurs religions. Nous avons, bien sûr, notre place mais cela n?empêche que, parfois, nous nous sentons marginalisés?, répond Ramdass Ellayah.

<B>Lever une ambiguïté</B>

?Il faudra avoir un juste équilibre entre toutes les composantes de la société mauricienne concernant les activités sociales, professionnelles, commerciales et politiques.? Il est opportun, précise le président du Mauritius Andhra Maha Sabha, que cette communauté garde ses spécificités propres tout en s?ouvrant vers l?extérieur.

Cela se fait, notamment, par la transmission de l?écriture et le parler telugu. ?Notre source demeure tout de même le sanskrit et la religion, l?hindouisme?, souligne Rajendra Appalsamy, lui-même enseignant de telugu dans une école primaire et animateur radio dans cette langue.

Parfois, un amalgame se fait entre certains groupes de la population mauricienne, notamment entre les Tamouls et les Telugus. Ambiguïté qu?il incombe de lever. ?Le Tamoul est originaire de Tamil Nadu et le Telugu de l?Andhra Pradesh. Les deux États se trouvent dans le sud de l?Inde. D?où, quelquefois, une certaine confusion. Certes, il y a certains aspects en commun mais la culture, la langue et les coutumes diffèrent?, précise Ramdass Ellayah.

Aujourd?hui, l?esprit est au partage et à l?ouverture. L?ugaadi pachadi (voir hors-texte) est distribué à tous ceux qui rendent visite aux familles telugu. Une fois goûté, ce mélange de saveurs se révèle un excellent vaccin contre tous les maux de la vie. Les aléas de l?année 2007 seront, alors, envisagés avec calme et sérénité.

<B>Premila DOSORUTH</B>

<B>Origine et sens</B>

Ugaadi, le nouvel an telugu, est célébré par les Indiens qui vivent dans l?État de l?Andhra Pradesh et dont la langue est le telugu. Selon les Telugus, le calendrier lunaire hindou commence avec l?Ugaadi. C?est le jour où Brahmâ a commencé à créer l?univers, les planètes, les étoiles, les saisons, les mois... Le mot, scindé en deux, signifie ère (yuga) et commencement (adi). Les Telugus le célèbrent comme le premier jour de l?existence. C?est une nouvelle opportunité pour eux de progresser dans leur quête spirituelle et d?exprimer, obligatoirement, leur gratitude au Divin pour tous ses bienfaits. Le jour d?Ugaadi, on prend ainsi la ferme résolution de tendre vers la réalisation de soi, ou, de façon plus terre-à-terre, d?accepter les douceurs et les amertumes de la vie. Avec la même sérénité, la même paix de l?âme, en signe de soumission à la volonté divine. Au-delà d?une nouvelle année qui commence, c?est une nouvelle façon de vivre qu?il importe de rechercher. Pour que la transformation s?opère, il suffit de regarder en soi et non les années qui passent. Méditer et se tourner vers Dieu. Ce n?est qu?à ce prix que les désirs des fidèles se réaliseront.

<B>La venue à Maurice</B>

La communauté telugue à Maurice s?élève aujourd?hui à environ 100 000 individus. Originaires de l?État de l?Andhra Pradesh, dans le sud de l?Inde, leurs ancêtres, au nombre de 936, ont foulé le sol mauricien dans les années 1830. La Mauritius Andhra Maha Sabha, depuis 2000, est l?institution officielle représentant la communauté telugu. Elle gère les temples telugu à travers l?île et promeut la vie sociale des Telugus tout en ouvrant cette culture à toute la population mauricienne. La fête d?Ugaadi a été introduite à Maurice par le pandit Dharmanand Gunnay, après ses longues études dans l?Andhra Pradesh. Ce n?est qu?en 1962 qu?elle est célébrée à Maurice. Et, en 1965, un jour férié est décrété pour marquer cet événement social et spirituel.

TÉMOIGNAGE

<B>Chandrawtee Dristima Appadoo 21 ans</B>

En ce jour du nouvel an, Chandrawtee Dristima Appadoo, jeune femme de 21 ans, se lève aux aurores pour se rendre au Shri Rama Mandiram à Camp-de-Masque-Pavé. ?Ma maman me réveille avant quatre heures du matin pour que je puisse me préparer. Je prends un bain purificateur avec de l?eau safranée, ou je m?enduis le corps de dholl broyé. Ensuite, je me vêts de mes nouveaux habits dont la grande jupe traditionnelle. Puis, je fais mes premières prières à la maison avec la famille.? Trois jours auparavant, elle aura aidé ses parents Meni et Souriadev à faire le grand ménage à la maison, pour accueillir le nouvel an. Souriadev place une corde sacrée sertie de 18 feuilles de manguier au seuil de la porte pour faire barrage contre le mal. Autre gage de protection, un muggu, motif à base de riz coloré, est dessiné devant la porte principale.

C?est aussi l?occasion pour Hema et Prema, ses deux s?urs aînées mariées, de se retrouver dans la maison familiale. Tous ensemble se rendent au mandiram. En ce premier jour du calendrier lunaire hindou, Chandrawtee commence le Ram Navni, un jeûne qui durera neuf jours. Après le hawan, le feu sacré allumé, et les prières au temple, la jeune femme et d?autres fidèles du Shri Rama Mandiram parcourent les rues de la localité en entonnant des chants religieux, le Bhajanam et le Kirtanam. ?Cette procession vise à faire savoir au public que l?année nouvelle commence. Avec d?autres filles de l?association du Shri Rama Mandiram, nous interprétons des danses, les kolatam dans les rues. Nous sommes toutes parées de fleurs et de longues jupes multicolores.?

Le partage de pachadi, un mélange d?aliments aux six saveurs (l?aigre, le sucré, l?amer, le salé, l?acidulé et le pimenté) est fait en ce jour. ?C?est pour nous rappeler que, durant l?année, nous serons empreints de sentiments divers, telles la colère, la peur. Le pachadi nous prépare à faire face à toutes ces expériences, bonnes ou mauvaises?. La journée d?Ugaadi se termine par la visite aux grands-parents.

Petite déjà, Chandrawtee fréquentait le mandiram chaque vendredi. Aujourd?hui, elle se dit heureuse que ces grands-parents et parents ont su lui insuffler toutes ces valeurs. ?Je ferai en sorte de perpétuer ces traditions à mes futurs enfants, pour que notre culture perdure?. En attendant, Chandrawtee prépare sa deuxième année de diplôme de telugu au Mahatma Gandhi Institute. Elle-même dispense des cours dans cette même matière au Mauritius Institute of Education.

<B>Calendrier des festivités</B>

Aujourd?hui, au Mauritius Andhra Maha Sabha à Grande-Rivière-Nord-Ouest6 h à 10 h 30 : Abishekham pour Lord Venkateswara 10 h 30 à 12 h 00 : Panchaga Sravanam. Lecture de l?horoscope de l?année. A partir de 17 h : Grande fête culturelle à l?auditorium du Mahatma Gandhi Institute à Moka, animée par une troupe venue de Potti Sriramulu Telugu University d?Andhra Pradesh, dirigée par le vice-chanchelier Dr A. Manjulata.

<B>Samedi 24 mars. </B>

19 h : Fête culturelle au SSS Droopnath Ramphul, à Calebasses, par la Pamplemousses Telugu Federation en collaboration avec le Mauritius Andhra Maha Sabha 19 h : Fête culturelle à la salle des fêtes de Moka-Flacq District Council à Quartier-Militaire, par la Moka Telugu Federation en collaboration avec le Mauritius Andhra Pradesh Sabha

<B>Dimanche 25 mars</B>

A partir de 16 h 00 : Fête culturelle de l?Andhra Youth Wing avec la collaboration du Mauritius Andhra Maha Sabha au Indira Gandhi Cultural Centre for Indian Culture à Phoenix.Se déroulent, dans toute l?île, des manifestations qui ont commencé le 10 mars et qui se termineront le 25 mars.

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