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Turquie : Combien de temps l''économie peut-elle rester à l''abri de la crise?
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Turquie : Combien de temps l''économie peut-elle rester à l''abri de la crise?
Le pays a affiché 8% de croissance en 2011 et s''''avère très attractif pour les investissements étrangers, notamment européens, mais les scénarios pour l''avenir divergent, écrit la journaliste Ariane Bonzon dans Slate.fr.  Extraits.
Parfois surnommée la «Chine de l’Europe», la Turquie devrait connaître un taux de croissance de 8% pour l’année 2011 –contre environ 1,5% dans l’Union européenne. Son produit intérieur brut annuel par habitant en parité de pouvoir d''achat (PPA) est passé de 8 255 dollars américains en 2003 à 13 577 dollars en 2010. Elle occupe désormais la dix-huitième place dans le club des vingt économies les plus avancées du monde (G20). Son taux de chômage tourne autour des 9,8% en 2011, deux points de moins que l''année précédente. Et elle affiche un ratio dette publique/PIB de 39,8%: de quoi faire pâlir d’envie plus d’un pays européen dont le taux d’endettement public s''est envolé (85,2% pour la France et 82,2% en moyenne pour l''Europe des 27).
A la différence de la Chine et de la Corée, la Turquie ne devrait pas être trop affectée par la crise américaine. Mais très intégrée à l’Union européenne, son économie pourrait en revanche subir négativement la crise de la dette européenne.
Les marchés arabes sont insuffisants
Il y a dix ans, 14% des exportations turques partaient pour les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du nord. Cette part a sensiblement augmenté pour atteindre aujourd’hui les 20%. (…) Les perspectives avec l’Arabie saoudites sont prometteuses. Cependant, le vrai «boom» commercial s’est produit avec le voisin irakien, dont les commandes ont augmenté de 38% en 2011. Pourtant, ces nouveaux marchés arabes ne peuvent, ni par leur taille, ni par leurs capacités financières, se substituer aux marchés européens. Tout au plus constituent-ils une soupape de sécurité. Et pour qu’ils croissent, il faudra que la transition démocratique des «printemps arabes» s’y opère sans trop d’instabilité.
L’année dernière, l’Union européenne a attiré 46% des exportations turques, soit 9 points de moins qu’en 2007 mais 22% de plus en valeur absolue. Avec la perspective d’un taux de croissance européen proche de 0, l''économiste turc Seyfettin Gursel prévoit pourtant une baisse des exportations turques pour 2012. Cependant, à l’exemple des équipements d’électro-ménagers ou des téléviseurs Beko, de nombreux produits turcs se vendent très bien en Europe. De qualité moyenne, ils sont durables et peu chers, donc compétitifs, et répondent assez bien à la tendance structurelle imposée par la récession européenne.
Avec un marché intérieur de 74,7 millions d’habitants, l’économie turque est aussi tirée par sa consommation domestique, mais «n’a pas de véritable capacité d’investissements propre, à cause de l''épargne domestique insuffisante». De ce fait, les pays européens jouent un rôle clé car ils sont à l’origine de 75 % des investissements opérés en Turquie (contre 6,1% venant des Etats-Unis et 6,1% des pays du Golfe entre 2008 et 2011).
Avec un fort déséquilibre de la balance commerciale (la Turquie importe beaucoup et de plus en plus) et de son compte courant, l’économie turque est vulnérable si de l’argent n’est pas insufflé dans le système. Elle est donc très dépendante des capitaux étrangers, essentiellement européens mais parfois aussi arabes. Un ralentissement de l’activité en Europe risque de réduire la part des investissements en Turquie, de ne plus compenser le déficit du compte courant et donc d’altérer la marche en avant turque.
Deux scénarios qui s’opposent
Quant à l’avenir, deux scénarios s’opposent. Celui, optimiste, du gouvernement turc, de la Banque centrale et du Trésor prévoit certes une baisse du taux de croissance à 4%, mais un meilleur contrôle du déficit extérieur, l’augmentation des exportations plutôt que des importations et une baisse de l’inflation (laquelle vient pourtant de passer la barre des deux chiffres, 10,43% en février sur douze mois, selon l''Institut de la statistique Tüik).
L’autre scénario est plus pessimiste. Il est signé du Fonds monétaire international (FMI) qui table sur une croissance 2,3%  (mais proche de zéro pour l’Union européenne), ainsi que sur un ralentissement de la consommation intérieure, en raison de l’endettement grandissant des ménages (70% du PIB), et une baisse des exportations vers l’Union européenne.
En revanche, les deux scénarios s’accordent sur la forte attractivité de la Turquie. La France y occupe d’ailleurs la première place en terme de capitaux investis (400 entreprises pour 100 000 emplois). Et en temps de crise de la dette européenne, la Turquie comme d’autres pays émergents constitue une opportunité pour les acteurs internationaux qui cherchent des relais de croissance. Pour autant, du moins, qu’Israël n’attaque pas l’Iran voisin...
(Photo : Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan ( au centre) présente le symbole de la monnaie turque, le 1er mars 2012 à Ankara).
(Sources : Ariane Bonzon, Slate.fr)
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