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Trois géants à Deauville

17 septembre 2004, 20:00

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30 ans qu'ils font le cinéma. 30 ans qu'ils le réinventent. 30 ans que leur génie cinématographique nous éblouit. Steven Spielberg, Francis Ford Coppola et George Lucas étaient à l'honneur la semaine dernière lors du Festival du film américain de Deauville. Chacun dans sa catégorie a bouleversé, à chaque nouveau film, le monde du cinéma américain et mondial. Parce que leurs grandes (et non grosses) productions savent aussi bien divertir que faire trembler ou qu'émouvoir. Parce que chacun de leur film est une réussite, voire un chef-d'?uvre. Parce que même avec d'importants moyens justement acquis, ils gardent leur indépendance d'esprit qui, depuis trente ans, fait leur renommée aussi bien critique que publique.

Deauville a rendu hommage à ces trois poids lourds du cinéma. A Steven Spielberg, qui venait présenter son dernier film, The Terminal, dont les critiques sont on ne peut plus élogieuses, le Festival a consacré une rétrospective, projetant pendant la quinzaine l'intégralité de sa riche filmographie. Son premier long-métrage, Duel, sorti en 1971, révèle un réalisateur puissant et ambitieux qui ne cessera de progresser. Son premier grand succès vient avec les terrifiantes Dents de la Mer. Spielberg secoue son public dans une eau turquoise et limpide mais tout aussi menaçante.

Son triomphe se prolonge deux ans plus tard avec Rencontres du Troisième Type. La science-fiction l'intéresse et il s'y replongera plus tard avec E.T., Intelligence Artificielle et Minority Report. Son nom est vite synonyme de succès public. Idée que conforte la trilogie des Indiana Jones, (série créée par un certain Georges Lucas) et des Jurassic Park. Fort de sa réussite, il a par la suite pu monter des projets plus personnels, ambitieux, plus profond. Dès La Couleur Pourpre, il démontre qu'il maîtrise avec toute autant de maestria le genre dramatique. La consécration de La Liste de Schindler, d'Amistad ou d'Il Faut Sauver le soldat Ryan ne fait qu'asseoir son statut de réalisateur le plus influent et le plus puissant d'Hollywood.

Il a pourtant encore bien d'autres facettes à faire découvrir. Récemment il a renoué avec la comédie. Arrête-moi si tu peux et aujourd'hui The Terminal sont de vrais petits bijoux. Et ce n'est encore pas tout. Car fort de sa casquette de réalisateur magicien, Spielberg est également un producteur prolixe. Avec Dreamworks, il a monté le génial Shrek, le Masque de Zorro et Men in Black, entre autres.

<B>ESPRIT RÉVOLUTIONNAIRE</B>

Ami de longue date, George Lucas est plus un cas à part dans le cinéma américain. Bien que présent dans tous les esprits, il est plus éloigné d'Hollywood et a surtout fait fructifier les recettes miraculeuses de son extraordinaire saga de la Guerre des Etoiles.

Depuis trente ans, il décline la franchise sous formes de jouets, jeux vidéo, série de dessins animés? Mais le père Lucas est également un scénariste et un producteur avisé. On lui doit la série des Indiana Jones, dont il finalise encore le projet d'un quatrième volet. Sa révolution a lui est aussi empreinte de technologie nouvelle. Dès son premier film THX 1138 en 1971, qui ressort en DVD, il propose un film d'anticipation.

Il sort par la suite American Graffiti qui prend tout le monde à contre-pied avec ce sujet de quatre jeunes étudiants. Mais c'est avec la sortie de La Guerre des Etoiles, (Un nouvel Espoir - L'Empire contre Attaque - Le retour du Jedi), qu'il fait sa révolution et qu'il prend la tête du meilleur box-office de tous les temps.

La saga fait partie intégrante de l'histoire du cinéma. Les effets spéciaux ravissent les yeux affamés de sabres lasers et de combats galactiques de l'époque.

Il est encore aujourd'hui à la pointe des nouvelles technologies comme l'ont prouvé les deux premiers épisodes de la nouvelle trilogie Star Wars. L'ultime épisode, La Revanche des Siths sortira l'année prochaine sur les écrans. Y aurait-il eu Star Wars s'il n'y avait pas eu THX 1138 et y aurait-il eu THX 1138 s'il n'y avait pas eu Francis Ford Coppola? Non.

En 1968, Francis Ford Coppola fonde avec Lucas la société American Zoetrope, destiné à s'éloigner du microcosme hollywoodien et acquérir davantage d'indépendance. «Quand j'ai fait THX, c'était le chaos dans l'industrie du cinéma», a déclaré George Lucas lors d'une conférence de presse à Deauville. «J'ai eu la chance que Francis se batte pour trouver un financement pour ce film, qui n'était pas commercial. Mais cela a bien failli sceller notre perte et celle de Zoetrope!»

Aujourd'hui les choses sont encore plus difficiles car l'argent contrôle tout ou presque. Dans les années 70, tout était encore possible. C'est cette liberté artistique qui a permis à Coppola de réaliser Le Parrain, film culte sur la mafia et portée par le regretté Marlon Brando.

Trilogie qui donneront deux suites, non moins fabuleuses, cette fois-ci portées par Al Pacino.

Le succès du premier volet du Parrain lui permet de réaliser une ?uvre plus personnelle, The Conversation, pour laquelle il remporte le Grand Prix du Festival de Cannes en 1974. Coppola a su prendre des risques et imposer ses idées. Le plus éprouvant et difficile film de sa carrière est sans doute Apocalypse Now, une vision artistique, mystique, géniale de la guerre au Vietnam, qui le place d'emblée au Panthéon du cinéma et qui lui vaut sa seconde Palme d'Or, en 1979.

Dans les années 80-90, il s'attaque à des projets de moins grande envergure, et sans retombées, tels que Cotton Club, Peggy sue s'est mariée, entre autres.

Aujourd'hui, après une carrière bien remplie, il préfère concentrer ses activités à la production. On lui doit notamment le gothique Sleepy Hollow de Tim Burton et le splendide Virgin Suicide d'une jeune réalisatrice, Sofia Coppola, qui a de qui tenir.

L'héritage laissé par les maîtres est colossal et aujourd'hui peu de jeunes réalisateurs peuvent se vanter d'accomplir ce qu'ont accompli il y a trente ans les jeunes qu'étaient Lucas, Spielberg ou Coppola, sans oublier Scorcese, De Palma de Lynch.

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