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Tristan Bréville expose ses trésors photographiques

2 septembre 2008, 20:00

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Tristan Bréville n?est jamais à court de quêtes inaccessibles. Il ne sait que trop et par avance qu?aucune humiliation administrative ne lui est et sera épargnée bien que, depuis un quart de siècle, son épouse, Marie Noëlle et lui, portent à bout de bras, mais dans l?indifférence générale ou presque, surtout officielle et gouvernementale, l?écrasant fardeau de son musée de la Photographie. Ils ne sont pas même à l?abri de toute chute de pesants panneaux vitrés. Tout autre que lui aurait déjà baissé les bras depuis belle lurette et renoncé à tout nouveau projet, pouvant susciter davantage de scepticisme et d?indifférence que d?intérêt général et de soutien financier désintéressé. Tristan est d?un autre calibre. Il s?attaque présentement à l?établissement d?un répertoire de toutes les personnalités culturelles de l?île Maurice d?hier et d?aujourd?hui.

Si seulement nos principaux quotidiens et hebdomadaires pouvaient mettre gratuitement à sa disposition des espaces rédactionnels, lui permettant de solliciter fréquemment la contribution de tout un chacun. Il suffirait, en effet, que chaque famille mauricienne accepte de lui fournir gratuitement toutes les informations biographiques utiles, concernant tous ses membres, exerçant, ou ayant exercé de leur vivant, une quelconque activité culturelle (artistique, musicale ou littéraire), pour que ce répertoire devienne rapidement et aisément une référence précieuse et incontournable. Faut-il préciser, ici, que toute contribution familiale à ce répertoire sera davantage bénéfique à la famille qu?au promoteur. Ce dernier nous offre seulement l?occasion de retirer des oubliettes de l?histoire nos ancêtres s?étant livrés à une quelconque activité culturelle. Grâces lui soient rendues !

Nul n?osera mettre en doute les qualifications d?un Tristan Bréville pour s?atteler à une tâche aussi herculéenne, sans aucun espoir de reconnaissance nationale, bien sûr. Son projet de musée de la Photographie plaide en sa faveur, pour ne rien dire de ses autres musées en cours de constitution. Cela fait à présent plus d?un quart de siècle qu?il prêche, à temps et à contretemps, la bonne nouvelle de l?inestimable richesse de notre patrimoine pas seulement photographique.

Il suffit de se souvenir qu?en septembre 1983, il organise une exposition de ses meilleures trouvailles photographiques. Elle a lieu à la galerie Max-Boullé, à Rose-Hill, salle consacrée, à l?époque, aux seules activités culturelles. Il y expose près de trois tonnes de matériel photographique, qu?il parvient à faire assurer pour seulement deux millions de roupies (moins d?un million par tonne... On ne peut même pas parler, ici, d?assurance au poids. Les trafiquants de vieille ferraille ont déjà davantage de chances car ils font davantage le poids auprès de l?hôtel du GM que de simples défenseurs du patrimoine mauricien).

Tristan Bréville, jeune diplômé, en 1983, de l?Institut français de l?Audiovisuel, expose donc, à Rose Hill, les progrès de la photographie à Maurice de 1840 à 1940. L?île Maurice culturelle le connaît déjà fort bien car elle apprécie sa valeur et son courage. Elle se souvient toujours de son exposition de photographies dans les maisons historiques en ruines (à l?époque) de Trou d?Eau Douce, village oublié de tous, avant l?avènement du bonanza touristique.

A la galerie Max-Boullé, il expose donc les premiers appareils photographiques utilisés à Maurice. Il y a, entre autres, des daguerréotypes, les ?uvres, désormais historiques, du photographe Gentil, notamment sur l?accident ferroviaire à Richelieu. Il présente, à son public de connaisseurs, un agrandisseur à pétrole et un bon millier de photos, méritant amplement l?étiquette d?historiques. Une des pièces de sa collection à laquelle il tient le plus est le propre bureau du photographe Charles Drenning. Il fait de nouveau fonctionner un projecteur Pathé Baby, datant d?avant 1933.

Pour parvenir à ce résultat déjà prometteur en 1983, Tristan Bréville s?est transformé en véritable chiffonnier. Il a inspecté, pouce carré par pouce carré, d?innombrables caves humides et autres greniers surchauffés, proposant aux habitants des lieux la récupération patrimoniale de toutes ces antiquités abandonnées. D?aucuns et non des moindres ont exigé qu?il fournisse des reçus, authentifiant dûment ces legs, alors qu?en réalité, il n?a eu droit qu?à des cris de soulagement et de «bon débarras», saluant le départ inespéré de toutes ces vieilleries.

Dans le désert d?indifférence des Mauriciens pour la chose patrimoniale, à moins qu?un Premier ministre daigne s?y intéresser et encore, la précieuse goutte de rosée d?un oasis, nommé Mauritius Breweries. Une entreprise, épousant, en septembre 1983, la foi photographique de Tristan et de Marie Noëlle Bréville et acceptant de financer le coût de cette exposition rosehilienne. Il ne faut jamais désespérer de l?île Maurice aux ressources financières et à la générosité insoupçonnées. Une goutte de rosée, de temps en temps, permet parfois aux braves comme aux justes d?atteindre la Terre Promise, à défaut de gratitude nationale.

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