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Tripartites : c?est reparti pour un tour
À la fin de la première réunion tripartite sur la compensation salariale organisée à Maurice le 25 février 1980, les syndicalistes sont sortis de la salle avec peu d?illusions. Selon eux, les tripartites n?avaient pas d?avenir. Ils avaient bien tort. Jeudi dernier, syndicalistes, gouvernement et représentants du patronat ont bouclé leur réunion d?échauffement dans une ambiance cordiale. Mais plus que jamais, les tripartites font l?objet de critiques. Les réaménager, les remplacer, on en parle sans cesse. Mais l?institution ne vacille pas face aux assauts répétés des syndicalistes et des patrons.
Les arguments de ces derniers sont à l?opposé l?un de l?autre. Tandis que la Mauritius Employers Federation remet en question le principe d?une allocation annuelle pour compenser la perte du pouvoir d?achat, les syndicats voudraient qu?elle soit automatique. Indexé sur le taux d?inflation, le montant des compensations serait calculé sans intervention, du patronat, des syndicats ou encore du gouvernement.
« Une compensation basée sur le taux d?inflation s?effrite invariablement. Quand elle est fondée sur la hausse de la productivité, l?employé en bénéficie plus longtemps », maintient Azad Jeetun, le directeur de la MEF. Hausse de productivité est un mot qui fait bondir parfois les syndicalistes. Mais Toolsiraj Benydin, le secrétaire de la National Trade Unions Confederation (NTUC), se montre plutôt conciliant face à la proposition du représentant du patronat.
« Il est évident que les salariés souhaitent une hausse de productivité. Cela leur profite directement, mais ce n?est pas une raison pour ne pas les compenser pour la perte de leur pouvoir d?achat », explique Toolsiraj Benydin. Il va même plus loin. « C?est au Pay Research Bureau et au National Remuneration Board de prendre en compte la productivité, en déterminant les nouvelles grilles salariales. C?est ce qu?ils font déjà. »
Le National Economic and Social Council (NESC) a été perçu, pendant un temps comme étant l?institution qui mettrait tout le monde d?accord. Mais deux ans après sa naissance, elle est loin de jouer à l?arbitre entre patrons et employés. Azad Jeetun et Toolsiraj Benydin sont tous deux membres du conseil et ont des positions qui se rejoignent quelque peu. Azad Jeetun considère qu?il est « prématuré de prétendre que le NESC pourrait devenir la nouvelle plate-forme des négociations des compensations salariales ».
Toolsiraj Benydin explique, quant à lui, que le NESC n?est pas encore prêt pour cette tâche. La représentation syndicale n?est pas assez élevée (ils sont quatre pour le moment). Il ne manquerait plus que le patronat demande une meilleure représentation au sein du NESC, et on serait reparti pour un tour. Mais personne ne ferme la porte à cette solution. Les négociations salariales demeurent à l?agenda du NESC. Mais combien de temps sera perdu en études et en conciliations avant que le conseil ne se prononce concrètement sur le sujet ?
Restent les négociations collectives. Et encore une fois, les appréciations divergent, selon les camps. Les syndicalistes ne sont pas opposés à des négociations collectives, patronat-employés. Mais ils y attachent des conditions qui font bondir les patrons. « Nous avons besoin de plus de liberté dans le droit de grève, car il nous faut avoir un outil de pression », dit Toolsiraj Benydin.
De plus les syndicats, bien que favorables aux négociations collectives, n?en négligent pas moins l?importance des compensations salariales basées sur la perte du pouvoir d?achat. Mais les patrons ont un point de vue totalement différent. Ils perçoivent la plate-forme de la négociation collective comme le one-stop shop pour décider de la politique salariale des entreprises, mais aussi des compensations salariales. Une autre voie sans issue.
La solution pourrait en fait venir d?ailleurs. Du ministre des Finances peut-être ? Pravind Jugnauth semble accorder davantage d?importance aux tripartites que Paul Bérenger. Il préside désormais la réunion, à la grande satisfaction des syndicalistes et des patrons. Mais maintenir un système établi est facile, alors que proposer ou même imposer des solutions nouvelles est une toute autre affaire.
<B>« Il est évident que les salariés souhaitent une hausse de productivité. Cela leur profite directement »</B>
<B>« Nous avons besoin de plus de liberté dans le droit de grève, car il nous faut avoir un outil de pression »</B>
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