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Tout à l?égo
L?une des principales caractéristiques de la société moderne est la fascination de l?image qu?elle exerce sur les individus. En d?autres temps, ce furent les icônes, des représentations sacrées ou le sublimé de ses constructions mentales. Aujourd?hui, les références voyagent entre les lignes de partage. La matérialisation de l?aspiration cérébrale et l?humanisation du désir de Dieu ont rendu les hommes plus réceptifs aux modes contemporains de l?élévation par l?image. Certes, il faut récuser tout manichéisme. Ce n?est pas parce que les individus sont vulnérables aux possibilités subversives du téléphone portable ou de l?internet qu?il faut condamner ces outils de communication. Mais le problème vient justement du fait que les outils sont devenus des fins en soi. La société de l?image, dit-on souvent. Quelle est-elle en fait? Aux images de culte s?est substitué le culte de l?image. Aujourd?hui, l?initiation prend place dans une course effrénée à la déviance. Happy slapping ici, clips pornographiques là, ou encore d?autres images gratuites de violence, la société contemporaine vit à l?heure d?une spectacularisation des images qui consacrent des modes de vie où l?identité se décline dans la violence. La gadgétisation de la jeunesse est aussi à l?image de la sécularisation croissante d?une classe d?adultes qui vivent dans l?obsession de l?avoir. Aujourd?hui, les autorités religieuses sont inscrites dans un rôle de composition, de compromis, engagées dans des replis tactiques et des situations de concession pour être acceptées. Elles ne sont plus dans un rapport d?autorité, mais davantage dans celui d?adaptation. Là où elles intégraient les croyances, elles s?adaptent aux système de croyance et d?organisation sociale. C?est ainsi que naît la grande histoire de l?adaptabilité des institutions religieuses. Il faut être de son temps tout en s?inspirant des principes originels. Une équation, dans tous les cas de figure, difficile à établir. Il ne s?agit pas non plus de se laisser figer dans des préceptes anciens et cléricaux. Mais simplement d?être de cette hauteur qui est le fondement de la spiritualité. Autrement, c?est la soumission à la fatalité de l?image. D?une pensée iconique sauf que, derrière le signe, il n?y a souvent de vérité qu?en apparence. D?où une tentation de sacralisation de l?humain. Le conforter dans des certitudes que le sens précède de lui. Qu?il est à la source et que le pardon lui est promis, quoi qu?il fasse. Si la criminalité augmente, si le sens du respect de la vie de l?autre s?érode, c?est aussi parce que la foi qu?on a un devoir, qu?on a besoin de démontrer du respect et qu?on est tenu à vivre en transcendant son individualité sont en train de s?effacer. Dans cette nouvelle aventure, la divinisation de l?humain se conjugue bizarrement avec l?humanisation du divin. L?homme devenu dieu n?a plus de compte à rendre. Quoi qu?il fasse, le salut lui est promis. C?est ainsi que pour ceux qui sont bêtement bons, il n?y a qu?une posture possible : condamner à vivre selon les règles des médiocres qui consacrent la mode du tout à l?égo.
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