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Tout en Voix

24 mars 2007, 00:00

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Y en a un qui est arrivé en retard, mais on ne vous dira pas lequel. Evoluant dans des sphères différentes, rien a priori, ne réunissait Vincent Brasse, Christophe Rey et Percy Grenouille. Leader (non avoué des Crossbreed Supersoul), ces fous jouants qui font du rock en live principalement, Vincent Brasse compose comme Christophe Rey.

Christophe, lui, adepte de Bob Dylan, derrière sa barbe flamboyante, ses grands yeux verts et son allure de bohème, est poète à sa manière. Croqueurs de l?époque, ces deux garçons de vingt-cinq et vingt-huit ans, jouent de la guitare depuis de longues années. L?un oeuvrant dans un rock électrique, parfois acoustique, l?autre préférant les ballades tantôt folk, tantôt jazzy.

Puis, il y a Percy. 33 ans, grand et mince, frère de Stellio Grenouille, danseur émérite de la David Academy of dancing. Lui écume ses nuits dans les hôtels du littoral, épluchant tous les répertoires.

Rien, ne semble les réunir, que le mot «artiste», d?abord, la scène ensuite, la fougue aussi, la passion enfin. En faisant leur musique, ils voudraient hacher l?idée reçue qu?à l?île Maurice on ne puisse faire que du séga. Pas qu?ils s?y refusent.

« L?île Maurice est tellement riche de diverses cultures, que l?on peut, à côté du séga ou du seggae, faire autre chose,» explique Vincent Brasse. Une évidence. Ce n?est pas parce qu?on chante en anglais et/ou en français que l?on refuse son identité. «Quand je crée, c?est d?abord mon amour pour l?art qui a besoin de s?exprimer. C?est ce besoin de créer qui je pense sincèrement, fait de moi un artiste, » explique Christophe Rey.

«Je suis constamment à la recherche de ce même état. Je crois que j?aurais aimé n?avoir que l?envie de créer, mais à côté, je suis confronté aux contraintes de la réalité, du travail, de la vie de tous les jours. Pour être totalement artiste, il me faudrait seulement créer. Or il m?est impossible de vivre loin des réalités,» se navre Vincent Brasse. Pourtant, la vie de tous les jours peut parfois être source d?inspiration, car chanson rime avec inspiration.

L?île Maurice offre des conjonctures particulières pour la création. « Ici, on confond souvent culture et tradition,» regrette Vincent Brasse. «Les artistes sont considérés comme des citoyens à part, souvent comme des bons à rien, » fait ressortir Percy Grenouille. Et le succès dans tout cela ? Ce besoin de plaire, qui bien souvent passe au-delà même de la reconnaissance, est-il source d?angoisse ? « Quand je compose, je le fais d?abord pour mon plaisir personnel. Quand le public se reconnaît dans une chanson et qu?il la reprend, c?est un moment de bonheur unique. »

Le besoin de plaire à un public est donc inhérent à ce métier, mais il n?est pas tout. Il n?est pas forcément garant de respect voire de reconnaissance. Se produisant souvent en live, le groupe Crossbreed Supersoul, bien installé dans le giron du nitelife du pays, commence à déclencher l?hystérie surtout auprès des jeunes filles. « C?est un état pour moi, mais ce n?est sûrement pas de la reconnaissance, » déclare Vincent Brasse penaud.

«Quand le public se reconnaît dans une chanson et qu?il la reprend, c?est un momentde bonheur unique. »

Sur scène, ce dernier se révèle, sort de lui-même devient presqu?un autre. «Sur scène, je fais ce qu?il me plaît. Je suis totalement libre ! » Plus en retrait, Christophe Rey lui, égrène presque timidement ses mélodies. « Je suis un amoureux des vieux sons. J?évite de trop parler de peur d?ennuyer le public. »

Quant à Percy Grenouille, il peut aligner des chansons de toutes les générations, des heures durant, sans se casser la voix. « Dans les hôtels, on ne joue pas la musique que l?on veut. On est payé pour faire plaisir, pas pour se faire plaisir. » Petite pointe de regret vite dissipée. Chanter à l?hôtel est un vrai métier. On y gagne son pain quotidien.

« Mon père me dit toujours que si je chantais à l?hôtel, je gagnerai bien ma vie. Mais je ne suis pas prêt à mettre de côté ma liberté créatrice pour de l?argent,» ajoute Vincent Brasse. Christophe Rey a tourné quatre mois dans les hôtels. L?expérience fut belle pour lui mais pas forcément joyeuse. «Une fois que j?étais sûr que je ne voulais vivre que de la musique, l?argent a eu très peu d?importance. Mon but ultime c?est de créer. »

Avec un album en préparation, pour les Crossbreed Supersoul et un autre, fait de mélodies folk-rock pour Christophe Rey, la liberté créatrice de ces deux artistes est loin d?être un vain mot. La pression du deuxième disque est pesante. L?exercice est délicat. Faire de la musique, c?est à chaque fois comme remettre son ?uvre à l?ouvrage. C?est travailler et encore travailler. Etre artiste c?est aussi savoir prendre des risques, pour créér, inventer, imaginer, rêver et déconner aussi. Le reste dans ces moments-là, a si peu d?importance.

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