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Touristiquement Agalega
UN HÔTEL à Agalega ! La nouvelle offusque les écologistes. Elle fait même jaser les politiques. Tous disent préférer garder d?Agalega l?image d?un lieu idyllique, baigné de soleil et de tranquillité. Mais quel est ce projet qui suscite tant de vagues ?
François de Gersigny, directeur d?IBL Shipping et Suren Ramphul, son responsable de projets, expliquent. L?Agalega Island Integrated Resort Project date de trois ans. Il est question de construire 15 chalets de style créole et des facilités de loisir, autour de deux havres devant abriter des bateaux de pêche au gros. Si l?expérience s?avère payante, le nombre de chalets pourrait être augmenté à 25.
Le projet mobilisera environ Rs 150 millions d?investissement. Il créera une cinquantaine d?emplois. Mais surtout, il permettra à l?île de connaître un développement commercial et infrastructurel certain.
Actuellement, personne ne peut se rendre sur les îles jumelles sans l?autorisation de l?Outer Island Development Corporation. Le projet IBL rendra l?île plus ouverte au monde extérieur.
Investissement de Rs 100 millions
Les résidents de l?hôtel s?adonneront principalement à la pêche au gros. Thon, bécune, marlin? L?excédent des prises sera traité en atelier sur place. Les filets ainsi produits seront congelés sous vide avant d?être exportés vers Maurice. Cette activité parallèle est jugée nécessaire pour rentabiliser le projet.
IBL compte déployer un avion de 19 places pour assurer le transport de ses clients. L?appareil nécessite un investissement d?environ quatre millions de dollars (Rs 100 millions). Le promoteur a déjà déposé son dossier à l?Aviation civile. Il n?attend que le feu vert de celle-ci avant de confirmer l?acquisition.
Le Conseil des ministres a ava-lisé le projet IBL peu avant Noël, l?année dernière. Les promoteurs attendent à présent la lettre d?intention relative au bail du terrain qui leur permettra de déposer leur demande d?autorisation de l?Environment Impact Assessment Committee. Ce document, prêt depuis six mois, a été préparé par des consultants en environnement et en biologie marine.
Le tout Agalega s?étend sur 6 200 arpents. L?hôtel sera construit sur 25 arpents à l?endroit, dit Farfar, au sud-ouest de la Grande Ile. 25 arpents, c?est en moyenne la superficie louée par l?Etat aux promoteurs hôteliers depuis quelques années.
IBL souhaite disposer davantage d?espace. Pas pour la construction des infrastructures en tant que telles mais pour aménager des loisirs sur terre en complément à l?activité de pêche. Vu l?isolement d?Agalega ainsi que le caractère pionnier du projet, l?Etat a accédé à la demande d?IBL. Le promoteur disposera de 87 arpents pour créer, entre autres, jardins et promenades.
?Nous avons demandé à IBL de respecter l?environnement naturel de l?île lors de ce réaménagement. Les cocotiers seront conservés. Ces 87 arpents seront accessibles à quiconque se trouvant sur l?île. Ce sera un lieu public?, précisait le Premier ministre Paul Bérenger lors de sa visite dans l?île dimanche dernier.
L?Ile du Nord s?étend sur 26 kilomètres carrés. Le projet IBL en occupera environ un demi-kilomètre carré, dont seulement le quart sera consacré à l?hôtel. Le complexe jouira de 400 mètres des 12 kilomètres de plage sur le versant ouest.
Un Agaléen faisait remarquer, dimanche dernier, que les habitants de l?île n?ont pas nécessairement le niveau d?éducation pour profiter de l?emploi créé. Actuellement, ils sont tous des salariés de l?OIDC.
IBL répond qu?ils pourront, au départ occuper des fonctions comme entretien, skipper, traitement de poisson? Ils pourront également développer des services de support en produisant sur place fruits, légumes, volailles et oeufs ainsi que l?artisanat. Après tout, il faut bien commencer quelque part. IBL entend les encadrer à travers la formation.
Un gros défi
Le plus gros challenge pour les promoteurs reste encore d?amener jusqu?à l?île les équipements et matériaux nécessaires à la construction de l?hôtel et des marinas. Agalega est entourée d?un lagon peu profond, à peine navigable. Au-delà des brisants, ce lagon pique du nez abruptement et on est tout de suite en haute mer. Cela rend le déchargement des matériaux et des équipements lourds très délicat car il n?y a pas de port à Agalega.
Parmi ces équipements, il faudra compter un excavateur pour les fouilles sur terre et dans le lagon. Le projet compte deux ports de plaisance, un de chaque côté de l?île. L?hôtel tient à une certaine liberté de sortie pour ses clients, indépendamment du temps. Après tout, si on fait tout le chemin jusqu?à Agalega (une fois et demie la distance Maurice-Rodrigues), ce n?est pas pour rester cloîtré parce que le vent souffle du mauvais côté? L?accès au lagon se fera à partir d?une ouverture dans le brisant, qui existe déjà et qui demande à être élargie.
Ces travaux ne manqueront pas d?affecter l?environnement quasi vierge d?Agalega. Mais le tout est de savoir ce que veut Agalega... ou ce que Maurice veut pour elle.
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