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Tourisme : Nando Bodha veut traire la vache à lait

2 décembre 2003, 20:00

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AMBITIEUSE mais chiche. Maurice, en tant que destination touristique, se prête parfaitement à cette description. Alors que l?île veut s?ériger en référence mondiale en termes de tourisme de qualité, l?Etat se montre avare en termes d?allocation budgétaire pour le marketing. Nando Bodha, ministre de tutelle, a trouvé une solution : l?industrie devrait contribuer 5 dollars US par touriste.

La proposition, on ne peut plus sérieuse, fait tiquer l?industrie. Il faut dire qu?elle est peu conforme à la tendance mondiale. Partout ailleurs, les gouvernements soutiennent massivement ce secteur, très touché par une crise internationale qui perdure : conflits armés, épidémies, contre-performances économiques. Le gouvernement fédéral américain, par exemple, a voté 50 millions de dollars supplémentaires pour la promotion sur le seul marché allemand.

Maurice, elle, semble préférer taxer davantage des vacanciers déjà perturbés. ?Il ne faut pas s?attendre à grand-chose de l?Etat?, a prévenu Bodha. Il s?adressait aux principaux partenaires du tourisme, réunis hier au Domaine Les Pailles, pour un atelier de travail sur le défi de croissance pour l?année prochaine.

Chiffré à quelque Rs 140 millions actuellement, le budget de l?Etat pour le marketing de la destination pourrait augmenter tout au plus par 5%, a indiqué le ministre. Cela n?est guère suffisant et nous avons besoin d?argent, fait-il remarquer.

Maurice s?attend à recevoir 700 000 touristes cette année. Si la proposition Bodha est acceptée, elle générerait 3,5 millions de dollars, soit environ Rs 105 millions. Le ministre suggère que la moitié de ce montant soit consacrée à améliorer l?offre mauricienne. L?autre moitié irait à la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) pour mieux vendre la destination.

Réagissant à chaud, Sen Ramsamy, directeur de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (AHRIM), dit sa désapprobation. ?Le tourisme est déjà très taxé. C?est la seule industrie à verser 1% de son revenu annuel à l?Etat en guise de taxe pour l?environnement. Justement, cet argent est censé servir à l?amélioration du produit. Pourquoi nous taxer de nouveau alors que nous sommes déjà très secoués par la crise internationale ??

Bissoon Mungroo, président de l?Association des petits hôteliers, est plus catégorique. ?Ce n?est pas nous qui allons payer.?

Industrie folklorique

Karl Mootoosamy, directeur de la MTPA, rationalise. ?Le touriste nous oblige à observer un niveau de qualité de l?environnement qu?un pays comme Maurice ne peut pas toujours soutenir. Il est juste qu?il nous aide à le satisfaire.?

Nando Bodha, lui, appelle à un changement radical d?attitude. ?Pendant longtemps, le tourisme a été une industrie assez folklorique. Il y avait une approche superficielle à la promotion. On se limitait à des dîners dansants. Maintenant vous savez à quel point c?est un secteur complexe. Les réflexes et les analyses traditionnelles sont dépassées.?

Outre la taxe, le ministre appelle également à un recours modéré aux expatriés. Il s?est engagé à être plus rigoureux lorsque sollicité pour accorder des permis de travail. ?Je serai très dur. J?examinerai chaque demande avec attention afin d?être sûr qu?elle est justifiée. Je pense que, dans bien des domaines, l?industrie peut se passer d?expatriés. Les Mauriciens sont parfaitement capables de pendre la relève. Il faut leur donner leur chance.? Sinon, cela n?aurait aucun sens d?investir dans la formation et de jumeler l?école hôtelière de Maurice avec celle de Lausanne pour atteindre des seuils d?excellence.

Cette prise du position du ministre répond à un cri du c?ur de nombreux professionnels mauriciens du tourisme qui estiment être condamnés à jouer le second rôle. Les postes clés, notamment celui de chef exécutif, qui est aussi très souvent le directeur du département de Food and Beverages, restent hors de leur portée.

Nando Bodha invite les hôteliers à donner une nouvelle orientation à l?industrie du tourisme. ?Il faut investir, créer des emplois, absorber les licenciés du textile. Il n?y a pas de place ici pour la mentalité des sucriers. Nous ne pouvons nous attendre à couper la même canne durant sept ans.?


Diversification

Marchés porteur à creuser

  • La crise perdure. L?industrie mondiale du voyage ne s?y attendait pas trop. Les vacanciers continuent à se montrer circonspects à l?égard des destinations lointaines et cherchent toujours des vacances moins chères. En outre, ils prennent souvent la décision de voyager à la dernière minute.

Chacun s'adapte à sa manière à cette nouvelle configuration et Maurice ne cède pas à la pression de baisser les prix. Elle tient à son label d?exclusivité. Au contraire, les hôteliers auraient augmenté les prix d?environ 8 % pour cette fin d?année.

La stratégie de survie pensée par la MTPA repose sur la diversification. Et c?est vers l?Allemagne, un des marchés européens les plus convoités, qu?elle lorgne. Anne Reusch, représentante permanente de cet organisme à Berlin, a hier exposé les perspectives. La population allemande est vieillissante, friande de voyage et en quête de destinations reposantes. Maurice répond à ces critères. L?objectif de croissance sur ce marché pour 2004 est de l?ordre de 10 000 touristes alors qu'ils sont 40 000 actuellement.

Mais il n?y a pas que l?Allemagne. La MTPA veut aussi toucher les dix futurs membres de l?Union européenne. L?idée est d?être parmi les premiers à attirer leur attention. L?Autriche et la Suisse sont aussi des marchés prometteurs mais peu exploités.

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