Publicité
Tourisme : l?étape 2010 !
L?impression générale qui se dégage des interventions dans l?émission « Hôtellerie, moteur du tourisme » sur la MBC, c?est que l?objectif de 2 millions de touristes en 2015 n?est pas problématique.
Il paraît que tout est en train d?être mis en place pour l?atteindre. Vivement que ce soit le cas. Une stratégie claire, déclinée en un programme énonçant objectifs, priorités et moyens à mettre en ?uvre s?impose.
Quand un secteur comme le tourisme a autant d?atouts pour contribuer concrètement au développement national de manière aussi importante en termes de création de nouveaux emplois directs et indirects (25 000 et 40 000 respectivement), d?effets d?entraînement sur les autres secteurs de l?économie et de création de richesses, les architectes du développement de Maurice doivent réunir toutes les conditions pour réaliser ce potentiel.
Il faut passer par 2010 pour arriver en 2015. Veillons donc à ce qu?à mi-parcours on soit sur la bonne voie. En clair, cela signifie une croissance annuelle de 10,5 % dans les arrivées touristiques pour la période 2008-2010 pour atteindre 1,2 million de touristes en 2010. Moyennant l?hypothèse que la physionomie de la clientèle touristique ? durée de séjour moyen, part qui va dans les hôtels et saisonnalité ? ne change pas, il faudrait une croissance de 10 % du parc hôtelier pour la période 2008-2010, soit 3 000 chambres additionnelles d?ici 2010, pour équilibrer l?offre et la demande. On sait qu?à la fin de 2007, le déséquilibre actuel va s?accentuer ? moins de 5 % de croissance du parc hôtelier pour environ 15 % de croissance dans les arrivées. On sait aussi que même si tous les projets annoncés se concrétisent pour la période 2008-2010, le déséquilibre entre l?offre et la demande va se creuser. Avec une telle tendance pour 2010, il sera difficile d?atteindre l?objectif de 2015.
On ne peut se contenter de dire que l?offre va suivre la demande. Ce n?est pas du pilotage automatique.
La solution réside dans une politique volontariste de développement de la capacité d?accueil, donc du parc hôtelier. Et pour construire des hôtels il faut des sites ! D?où l?urgence d?une politique d?aménagement du littoral visionnaire axée, entre autres, sur un développement vers l?intérieur avec l?aménagement de zones ludiques conviviales, tant pour les touristes que pour les Mauriciens. Cela devrait être la priorité des priorités du nouveau « Tourism Master Plan » (TMP) annoncé pour mars 2008.
Il va sans dire que ce nouveau TMP devrait s?adresser à d?autres aspects fondamentaux tels que les infrastructures ? eau, réseau routier, congestion routière ? et les impacts environnementaux et sociaux. L?aménagement d?espaces de loisirs balnéaires pour la population mauricienne doit être une composante clé du nouveau TMP. En sus d?un « hardware » ? sites et infrastructures ? fiable et viable, il faut aussi disposer de « softwares » adéquats.
À commencer par la disponibilité en quantité et en qualité d?un personnel pouvant assurer des prestations et services de qualité qui constituent un des points forts du tourisme mauricien. Les données de l?équation sont connues : il faut former 3 500 personnes tous les ans, et l?école hôtelière ne peut en former que 1 800 à 2000, même avec le système d?apprentissage qui s?appuie sur les entreprises. Il y a besoin d?une stratégie pragmatique, dont les axes vont de la consolidation des partenariats existants à la démultiplication des initiatives du privé, en passant par l?inclusion dans le cahier de charges des nouveaux opérateurs d?une politique-programme de formation.
Car l?exigence de qualité est la règle d?or aujourd?hui.
Cette exigence s?imposera à tous les maillons de la chaîne touristique. Elle va de pair avec un état d?esprit qui valorise l?effort, la rigueur et la détermination de faire toujours mieux. Les opérateurs du secteur qui veulent réussir devront s?en imprégner fortement pour attirer, satisfaire et fidéliser la clientèle. C?est tout un programme car le culte de la qualité ne se décrète pas ! La qualité, c?est aussi la nature des rapports entre les touristes et la population du pays d?accueil. Notre sens de l?accueil et de l?hospitalité est un atout qu?il faut préserver précieusement. Et ce n?est pas en jouant à l?autruche qu?on y arrivera.
Trois problématiques demandent une attention particulière : le risque que se développe au sein de la population un sentiment d?aliénation et de rejet du développement touristique, la mentalité qui consiste à voir le touriste comme un pigeon à plumer, et qui donne lieu à des pratiques quasi mafieuses ou relevant de l?arnaque, et l?insécurité grandissante qui frappe les Mauriciens et les touristes. Est-il besoin d?insister sur l?effet destructeur d?une insécurité grandissante ? La réponse concrète à ces problématiques va déterminer si oui on non Maurice sera toujours perçue à l?étranger comme une destination accueillante, chaleureuse et sûre. C?est le « brand Mauritius » qu?il s?agit se soigner. Seule une synergie entre l?État, les opérateurs et la population permettra de relever les défis à venir du tourisme mauricien.
Si chacun joue sa partition on peut aspirer à une croissance fructueuse et harmonieuse allant dans le sens d?un développement soutenu à l?horizon de 2010 et 2015. Tout changement part d?une vision et de la décision d?agir pour la matérialiser. Saurons-nous prendre à temps les décisions qui s?imposent ?
Publicité
Publicité
Les plus récents