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Tonalités électorales pour valse politicienne
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Tonalités électorales pour valse politicienne
La valse mauricienne se danse sur un air de politique. Le remaniement ministériel de samedi a été, pour le Premier ministre, Navin Ramgoolam, l?occasion de faire montre de ses talents de danseur? politique. Parce que le calcul électoral prend le pas sur les remises en question des politiques menées dans cet exercice. Alors, on prend les mêmes ? sauf un, Etienne Sinatambou, on en ajoute d?autres ? Jean-François Chaumière, Lormus Bundhoo, Balkisson Hookoom et Satyaprakash Ritoo, et on recommence. En changeant l?intitulé de certains ministères ou en créant de nouveaux.
Pour les observateurs de la scène politique, la musique annonçant la valse se faisait déjà entendre depuis plusieurs semaines. «Il a y eu des signes avant-coureurs. Depuis longtemps on savait qu?un remaniement se profilait. Le départ de Madan Dulloo laissant le maroquin des Affaires étrangères, qui est ministère important, sans chef, était le premier des signes. D?autres ont suivi et ont confirmé la venue, nécessaire, d?un remaniement, dont la perspective d?une éventuelle élection partielle qui pourrait précipiter des élections générales et le jugement déclaratoire de la Cour suprême sur l?anticonstitutionnalité de la nomination de trois vice-Premiers ministres», analyse l?historien Jocelyn Chan Low.
Ashok Subron de Rezistans ek Alternativ, estime que «le remaniement s?est fait sous la pression de différents facteurs», les mêmes qu?a détaillé Jocelyn Chan Low. Il évoque également la pression «des lobbies qui gravitent autour du pouvoir et qu?il faut contenter d?une certaine manière». Au final, il qualifie le remaniement de «non-event». C?est vrai, les signes annonciateurs se sont multipliés récemment et cet exercice s?avérait donc nécessaire.
Selon Jocelyn Chan Low, «un remaniement est nécessaire dans l?exercice d?un mandat» lorsque des évènements mettent en doute la politique gouvernementale. Ashok Subron justement voit dans la politique sociale et économique menée par le gouvernement actuel une raison du remaniement. Il déplore l?inanité d?un tel exercice qui ressemble à «un jeu de chaise musicale». «Il aurait fallu un audit des politiques et remettre en question les éléments négatifs de la politique économique et sociale. Il est incontestable qu?il y a une paupérisation de la population, une augmentation des inégalités sociales et des autres maux sociaux comme le banditisme, l?insécurité», martèle Ashok Subron.
Le professeur de science politique, Raj Mathur, partage le point de vue d?Ashok Subron lorsque celui-ci parle de jeu de chaise musicale. Selon lui, le remaniement s?inscrit dans une perspective électorale très nette. Pour autant, il reconnaît que «c?est un exercice extrêmement difficile et délicat. C?est la prérogative du Premier ministre seul». La difficulté du remaniement tient plus au contexte mauricien qu?au simple remaniement lui-même. «En Angleterre, il y a jusqu?à deux remaniements dans un mandat. Mais à Maurice, les remaniements sont rares. C?est plus difficile car nous sommes une société plurielle où chaque communauté joue un rôle et demande une part du gâteau national. Cette demande se matérialise par la représentativité dans le gouvernement. N?oublions pas que c?est tout un ensemble de représentativité qu?il faut respecter : géographique en fonction de la circonscription, castéiste, ethnique, religieuse. Le remaniement doit donc prendre en compte cet ensemble de facteur pour garantir l?équilibre.» Le remaniement, véritable jeu d?équilibriste en somme.
Autre facteur, le clientélisme si caractéristique de la vie politique mauricienne. «Le remaniement obéit plus à des exigences électoralistes avec des composantes communale et clientéliste», observe Ashok Subron. C?est pourquoi, Jocelyn Chan Low estime qu? il est difficile d?opérer un remaniement ministériel dans le contexte local. A chaque constitution de cabinet il est nécessaire d?observer des règles officieuses de respect des équilibres ethno-religieux. Le Premier ministre ne semble pas avoir envie de revoir sa politique ni même d?aller vers une réforme du système électoral, ce qui est pourtant essentiel. Il le prouve avec la composition d?un nouveau gouvernement qui s?inscrit dans la même logique clientéliste et électorale. L?échéance électorale est un point que relèvent nos trois interlocuteurs. «Avec la composition de son nouveau cabinet, Navin Ramgoolam cherche à redorer l?image de son équipe et apporter également du sang neuf. Il s?agit de gagner les prochaines élections», fait ressortir Raj Mathur. «La nomination des ministres répond à une volonté d?empêcher l?hémorragie de l?électorat traditionnel travailliste. Ce n?est pas une stratégie de conquête des bases», analyse Jocelyn Chan Low.
Approfondissant son propos, Jocelyn Chan Low met en parallèle le maintien de sir Anerood Jugnauth à Réduit. «La reconduction de SAJ à la présidence fait partie de la stratégie défensive du Parti travailliste. On cherche à empêcher SAJ de se replonger dans la politique active, d?autant qu?il jouit encore d?une popularité suffisant pour égratigner le PTr. L?objectif est donc de couper l?herbe sous le pied d?une éventuelle alliance MSM-MMM même si aujourd?hui, on le sait, le leader du MSM est bien Pravind Jugnauth. On laisse les options ouvertes, notamment à une alliance PTr-MSM. Si on n?avait pas reconduit SAJ, cela aurait été un obstacle à une alliance rouge-orange. C?est une preuve de la faiblesse du PTr comparé à 2005.» on seulement le calcul maintient un flou, voulu, sur les éventuelles tractations à venir mais il vise surtout à conforter l?électorat traditionnel, à le renforcer. Les nouvelles nominations vont dans ce sens, d?autant qu?il s?agit d?hommes de terrain.
Au final, le remaniement ministériel s?inscrit plus dans une stratégie électorale que dans la volonté de répondre aux défis posés, en réorientant notamment la politique actuelle. «Dans tous les pays le remaniement ministériel va de paire avec une remise en question de la politique menée. C?est une pratique courante dans le jeu de la démocratie parlementaire. Généralement, le remaniement a lieu alors que la politique gouvernementale ne va pas dans le bon sens, ou est controversée. Là, ce n?est pas le cas, seul la stratégie électorale compte. Du coup, on assiste à un musical chair bien ridicule», peste Ashok Subron.
La valse n?a duré qu?un temps. Celui d?une prestation. Mais la musique qui l?accompagne, elle, continue. Elle s?inscrit dans un temps plus long. Parce que l?échéance se rapproche à grand pas. De fait, les partis politiques, et le gouvernement donc, cèdent à la tentation électoraliste et clientéliste. La composition du nouveau cabinet en est, semble-t-il, la preuve. Les opérations de charme commencent. Et c?est en dansant la valse, qu?on entend le séduire, cet électorat.
Enjeu politique</B>
■ Un remaniement ministériel n?est jamais une chose facile. Pourtant Navin Ramgoolam donnait l?impression d?avoir fait le plus difficile. Ainsi samedi dernier à la cérémonie de prestation de serment des nouveaux ministres, le sourire des uns et des autres confortait l?idée de la grande cohésion de l?équipe de l?Alliance sociale. Mais l?unité de façade n?a pas fait long feu. Les mécontentements et frustrations à caractère sectaire ont vite fait surface. Derrière les discours de convenance, c?est la même rengaine de telle ou telle communauté qui aurait été oubliée lors de l?exercice de remaniement.
Il n?en demeure pas moins que le PM détient encore toutes les cartes. «Navin Ramgoolam demeure un charmeur qui a la chance à ses côtés. Il dirige le pays plus avec la chance qu?avec la connaissance», assure un observateur politique. Il profite aussi des divergences qui minent les deux partis d?opposition. «Malgré les scandales, les allégations de fraude et de corruption qui pèsent sur certains, Navin Ramgoolam s?en sort avec le moins de casse possible. En revanche, sa sérénité sera entièrement ébranlée si sa majorité n?arrive plus à produire l?image de l?unité qui l?a caractérisée», estime ce même observateur.
Le remaniement ministériel est intervenu à un moment où le PM devait créer un électrochoc. L?image de son gouvernement était écornée avec les scandales et les mésaventures politico-financières de certains proches de son parti. Il fallait donc donner l?impression de faire du neuf. D?où la réorganisation du gouvernement. «Cependant, cela a provoqué quelques effets inverses. D?une part, il y a le mécontentement d?une partie de l?opinion qui voit d?un mauvais ?il la désignation de ministres supplémentaires alors que le mot d?ordre reste les sacrifices à faire. D?autre part, il n?avait pas prévu la frustration grandissante de certains de ses proches collaborateurs. Stratégiquement, il n?a aucun intérêt de déplaire les ministres symboles de l?équilibre ethnique qu?il se vante d?avoir instauré», constate l?observateur politique. L?affaire se corse lorsque la perception s?accroît que le PM ne pense qu?aux Travaillistes. La nouvelle statue de sir Satcam Boolell résonne comme un nouveau culte au travaillisme. Un de trop ? Entre-temps, le PM et son gouvernement entrent dans une période confuse où négociations pourraient bien rimer avec chantage. Ce n?est toutefois pas le seul PTr qui connaîtrait une situation délicate. Avec maintien de sir Anerood Jugnauth à la «State House», c?est toute la question du positionnement du MSM qui se pose.
Même s?il a déclaré lors de sa conférence de presse que la décision de SAJ n?influe pas sur la stratégie politique de son parti, Pravind Jugnauth aura du mal à convaincre les électeurs sur les ambitions réelles de la formation soleil. Parti d?appoint qui se veut national, le MSM est pris dans la tourmente mauve-rouge. Il ne peut pas trop s?avancer du côté mauve car il court toujours le risque de voir ce dernier se jeter dans les bras du PTr. Avec les rouges, un rôle de subalterne pour son leader ne réjouit pas véritablement le «Sun Trust». C?est tout l?empire des Jugnauth qui est aujourd?hui sous les feux des projecteurs. Dans un tel contexte général, les spéculations enflent. L?Alliance sociale est en train de se renfermer sur elle-même. L?Etat travailliste commence à gêner. Le MSM ne trouve toujours pas la bonne posture pour marchander en position de force. Le MMM reste dans une stratégie trop lisse pour entraîner un élan qui séduirait les électeurs.
<B> Véritables défis ou étiquettes ?</B>
■ Le remaniement ministériel n?aura pas touché que les hommes et femmes du gouvernement. Les ministères eux-mêmes changent, pour certains, d?appellation. De fait, les ministres qui ont pris hier leurs fonctions doivent composer avec leurs nouvelles attributions. Pour Raj Mathur, «c?est une nécessité de créer de nouveaux ministères, notamment pour s?aligner avec le jugement de la Cour suprême sur l?attorney General.» Et puis, il y a des défis que le gouvernement semble vouloir traiter en priorité. C?est pourquoi il y a des ministères qui aujourd?hui répondent clairement à ces défis qui n?étaient pas aussi clairs il y a quelques années». Les conjonctures internationales et locales justifient donc la création de nouveaux ministères ou du moins l?adjonction de nouvelles prérogatives à certains. «On est dans la continuité de la politique gouvernementale en vérité». Pour Ashok Subron, «la création de nouveaux ministères est une bonne chose. C?est bien que le ministère de l?Agro-Industrie soit aussi dénommé comme celui de la production et de la sécurité alimentaire. Le contexte l?exige. Toutefois, la politique économique actuelle n?est pas compatible avec cela car il n?y pas de remise en question des systèmes de production». On l?aura donc compris, que l?on parle d?«economic empowerment», d?énergies renouvelables, de sécurité alimentaire ou de charte citoyenne, l?objectif est bien de mettre l?accent sur les grands chantiers du gouvernements. C?est à une volonté ferme de résultat en la matière que s?engage le cabinet. Cependant, il y a un élément fondamental de la politique gouvernementale qui est passée à la trappe selon Jocelyn Chan Low. «La suppression du ministère des Arts et de la culture, qui aujourd?hui est rattaché à l?éducation, est incompréhensible ! Or, c?est nier l?importance de la culture, de sa fonction sociale, alors même qu?il y a travail de mémoire et que Le Morne vient d?être érigé patrimoine mondial de l?UNESCO. Un tel ministère est d?une importance capitale pour la construction de la Nation. Pire, on parle de la création d?un observatoire de la diversité culturelle alors que des représentants de l?UNESCO nous rendent visite sur ce thème. Quel signal lance-t-on? Je ne comprends pas, car en plus il est question observatoire sur la diversité culturelle. Le 21e siècle est soit le siècle de l?interculturel ou soit celui des conflits. C?est donc grave qu?on ait abolit ce ministère. Sans faire dans le catastrophisme, il y a un risque de repli identitaire», analyse, plein d?incompréhension et de verve, Jocelyn Chan Low.
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