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Théâtre politique
La classe politique n’est pas une confrérerie où l’on s’entraide. Ainsi beaucoup s’interrogent sur les raisons qui ont poussé le leader de l’opposition à offrir ses bons offices pour faciliter les négociations entre le gouvernement et les syndicats sur la réforme à la douane. Si l’on diverge sur la manière d’interpréter son geste, chacun reconnaît toutefois que Navin Ramgoolam a effectivement permis de désamorcer une bombe.
L’opposition aurait été dans son rôle si elle avait cherché à mettre son grain de sable dans la machine et avait exacerbé les tensions existantes. C’est de bonne guerre, aurait-on alors commenté. Mais ce n’est pas la stratégie qu’elle a choisie. Devant le durcissement et l’intransigeance des deux parties en conflit, le leader de l’opposition a réclamé le report des débats, ce qui a permis de trouver une issue à la crise.
Il serait absurde de penser qu’une opposition politique, quelle qu’elle soit, puisse agir par maturité et avec le sens de responsabilités dans le but de calmer le jeu. Au contraire, sa vocation est de provoquer l’affrontement, de créer l’instabilité et de semer le chaos. Or, mardi dernier au Parlement, Navin Ramgoolam a donné l’impression de favoriser l’apaisement.
Derrière cette apparence de médiation se cache peut-être un opportunisme cynique. Le leader de l’opposition a probablement cru déceler des différences de sensibilité de la part du Premier ministre et du vice-Premier ministre sur l’attitude à adopter vis-à-vis des syndicalistes. Il a pu chercher à exploiter la situation. En proposant le renvoi des débats, il avait sans doute espéré voir s’approfondir la présumée brouille au sein de la majorité. Mais les deux dirigeants du régime se sont entendus sur la suite à donner aux événements et le scénario d’une bagarre au sommet ne s’est pas concrétisé.
Si l’intervention de Navin Ramgoolam visait à donner le sentiment qu’il est si proche de la reconquête du pouvoir, que le chaos dans le pays ne peut servir ses intérêts, le calcul n’est pas si mauvais. En tout cas, il sort renforcé de l’épreuve.
Dans le contexte politique actuel, il était évident que bien des observateurs allaient s’engager, à l’issue de la démarche surprise de l’opposition, dans de nouvelles spéculations sur des permutations électorales. Ceux qui font et défont des alliances imaginaires chaque jour ont vite fait d’évoquer un rapprochement entre le PTr et le MMM. Il n’existe, bien entendu, aucune information vérifiée pour soutenir la thèse qu’il y a des pourparlers en vue d’une nouvelle alliance électorale.
Ce théâtre politique joué par des acteurs dont nous ignorons les véritables motivations laissent néanmoins découvrir le progrès auquel une entente entre les politiciens est susceptible d’aboutir. Si, par exemple, sur la question sensible de la réforme du système des retraites les deux camps politiques se mettaient d’accord pour ne pas en faire une polémique politicienne, une autre bombe serait désamorcée.
Mais la politique est dominée par les calculs et tactiques électoralistes, pas par la recherche d’un consensus pour appliquer des solutions difficiles. Concernant les autres dossiers pressants, il est plus réaliste de croire que le conservatisme syndical et la démagogie politique prendront le dessus sur l’intérêt national.
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