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Terrorisme : les Etats-Unis accumulent les échecs

27 août 2003, 20:00

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La guerre contre le terrorisme, dans laquelle les Etats-Unis se sont engagés après les attaques du 11 septembre 2001 contre New York et Washington, aboutit, près de deux ans plus tard, à des résultats mitigés. Madeleine Albright, ancienne secrétaire d?Etat de Bill Clinton, écrit, dans le numéro de septembre-octobre de la revue Foreign Affairs, que le renversement de Saddam Hussein ?fait assurément du monde ou, en tout cas, de l?Irak, un endroit meilleur ?, mais qu?il est ?encore plus vital? de progresser dans le démantèlement du réseau terroriste Al-Qaida à travers le monde.

Or, observe-t-elle, non seulement Al-Qaida n?a pas été décapitée, puisque ses principaux dirigeants, à commencer par Oussama Ben Laden, n?ont pas été pris, mais encore l?occupation de l?Irak rend ?plus difficiles les choix que doivent faire les musulmans modérés, dont dépend la défaite de l?islamisme radical?. Si les camps d?entraînement d?Al-Qaida en Afghanistan ont bien été détruits, la situation, dans ce pays, est loin d?être stabilisée. Des groupes de talibans, alliés avec Ben Laden à l?époque où ils contrôlaient le pays, sont redevenus actifs.

Campagne contre les terroristes

L?attentat de Djakarta, début août, a montré que des groupes islamistes sont restés opérationnels en Asie. Au Proche-Orient, la destruction du régime de Saddam Hussein devait, selon les dirigeants américains, faire baisser le niveau du terrorisme et favoriser la recherche de solutions négociées aux conflits de la région.

Or, deux mois après le sommet d?Akaba, les groupes extrémistes palestiniens ont repris leurs attentats-suicides contre les Israéliens, et le plan de paix de la ?feuille de route? paraît aussi inopérant que ceux auxquels il a succédé. A Bagdad, les attentats commis contre l?ambassade de Jordanie, puis contre la mission de l?ONU indiquent que cette forme de terrorisme s?est maintenant introduite en Irak. ?De l?Afghanistan aux Philippines et ailleurs, nous menons campagne contre les terroristes et leurs alliés, où qu?ils se rassemblent, s?organisent et agissent?, a déclaré le président George Bush, samedi 23 août, dans son allocution hebdomadaire à la radio, et il a souligné que ?l?Irak est un front essentiel de cette guerre?. Sur diverses chaînes de télévision, dimanche, Paul Bremer, l?administrateur américain de l?Irak, a répété que ?plusieurs centaines, probablement, de terroristes internationaux? ont pénétré dans le pays depuis la guerre. ?Nous avons vu des combattants étrangers qui correspondent au profil ?Al-Qaida?? et qui voyagent avec des documents (d?identité) émis par la Syrie, le Yémen, le Soudan, parfois l?Arabie saoudite?, a encore dit M. Bremer. Il a également évoqué la possible reconstitution, en Irak, du groupe Ansar Al-Islam, qui était installé dans le nord du pays.

Une situation chaotique

L?administrateur américain met enfin en cause, de nouveau, la Syrie, ?qui devrait mieux contrôler sa frontière?, et l?Iran, dont des agents sont présents, selon lui, en Irak.

Pour Jessica Stern, maître de conférences à l?université Harvard et auteur d?un livre sur l?islamisme radical (Terror in the Name of God, éditions Harper & Collins, 2003), il ne fait aucun doute que des militants de groupes terroristes de diverses obédiences se sont regroupés en Irak. ?Il y a des gens d?Al-Qaida et d?une variété d?autres groupes. Le Hezbollah a envoyé des gens en Irak depuis deux mois, maintenant. Les contacts que j?ai dans ces milieux sont formels ?, dit Mme Stern. Selon elle, les divergences qui séparent ces groupes ne les empêchent pas d?unir leurs forces contre ?l?ennemi commun? que sont les Etats-Unis.

En désaccord avec la guerre en Irak, Mme Stern estime que celle-ci a abouti à créer précisément ce que le gouvernement Bush redoutait : ?Une situation chaotique, dans un pays qui n?est plus encadré et où l?Etat s?est effondré. Autrement dit, un contexte parfait pour les terroristes.? Les Américains doivent-ils partir, puisque leur présence en Irak donne aux mouvements islamistes une raison pour se mobiliser et pour faire de nouvelles recrues ? ?Ce serait pire que tout ! dit-elle. La seule solution, c?est l?engagement de la communauté internationale.? Selon un sondage publié par l?hebdomadaire Newsweek, les Américains sont partagés (48 % pour, 47 % contre) sur un retrait éventuel des forces américaines en Irak si les attaques contre leurs troupes continuent. Cependant, l?appel à d?autres pays, qui agiraient sous couvert d?une résolution de l?ONU, est écarté lui aussi.

Dans l?hebdomadaire Time, Donald Rumsfeld, ministre de la Défense, assure que l?armée de terre ?est déployée largement?, mais qu?il y a ?davantage de troupes? utilisables si besoin est. Le général Richard Myers, chef d?état-major interarmes, a répété que les forces présentes en Irak sont suffisantes. ?Nous sommes une nation en guerre, il est important de le comprendre !? a-t-il ajouté pour répondre à ceux qui craignent que les troupes ne soient trop sollicitées. Pourrait-il devenir nécessaire, dans ce cas, de recourir à la conscription ? Le général Myers a assuré que non. ?Il faut davantage d?hommes et il faut, surtout, davantage d?argent?, a déclaré quant à lui le sénateur républicain John McCain, ancien aviateur et prisonnier au Vietnam, en prévenant George Bush : ?Le temps n?est pas de notre côté.?

Résistance

Impuissants face aux talibans afghans

?Mollah Omar zindabad? (?Vive le mollah Omar !??). Tracé en lettres blanches sur la montagne, non loin de Miranshar, chef-lieu de l?agence tribale pakistanaise du Waziristan-Nord qui longe la frontière avec l?Afghanistan, cet hommage au chef des talibans n?est qu?un signe parmi d?autres du soutien qu?ont encore, dans ces zones pachtounes, les ?étudiants en religion? chassés du pouvoir à Kaboul, il y a près de deux ans, par la coalition internationale menée par les Etats-Unis. Le mollah Omar ainsi que nombre de ses ministres et responsables militaires courent toujours. Beaucoup d?entre eux ont récemment repris leurs activités en liaison avec les fidèles de l?ancien premier ministre pachtoune Gulbuddin Hekmatyar et les soldats perdus d?Al-Qaida qui se trouvent toujours dans le pays. Si les zones tribales pakistanaises constituent pour eux un refuge utile, beaucoup n?ont toutefois pas de difficultés à se déplacer en Afghanistan. Pour l?instant, les primes promises par les Etats-Unis ? 25 millions de dollars pour le mollah Omar et la même somme pour Oussama Ben Laden ? n?ont pas délié les langues. Les interrogatoires des centaines de prisonniers détenus sur les bases américaines de Guantanamo (Cuba) et Bagram (Afghanistan) ne semblent pas avoir fait beaucoup avancer les choses. Les Etats-Unis dépensent pourtant 900 millions de dollars par mois pour cette ?chasse aux terroristes? engageant

11 500 hommes et femmes, dont 8 500 soldats américains basés à Bagram (60 km au nord de Kaboul) et à Kandahar, l?ancien fief des talibans. Depuis près de deux ans, ces hommes fouillent des villages, arrêtent à tour de bras, combattent ceux qui les attaquent, sans remporter de victoire décisive, malgré une énorme disproportion des moyens. Au contraire, les talibans, réorganisés, mènent des attaques de plus en plus audacieuses, même s?ils sont loin d?être en mesure de s?emparer du pouvoir. Les Américains, d?abord bien accueillis par une population soulagée d?être débarrassée de l?ordre taliban, ont beaucoup perdu de leur aura. ?L?incapacité de leurs soldats à comprendre ou à respecter au minimum la culture locale leur vaut beaucoup d?inimitié?, affirme, à Kandahar, un professeur qui veut rester anonyme. ?Ils n?ont rien appris depuis deux ans?, affirme, pour sa part, un ancien haut responsable taliban, en allusion aux arrestations indiscriminées opérées sur simple dénonciation et souvent liées à des querelles tribales. Dans les zones pachtounes, les villageois se plaignent du comportement des soldats américains et cela n?aide pas la coalition à obtenir de bons renseignements. De leur côté, les libéraux reprochent aux Etats-Unis de s?être alliés aux ?seigneurs de la guerre? locaux, dont ils utilisent les troupes contre les ?terroristes?, au risque de leur conférer une sorte d?impunité. Washington n?a toujours pas résolu la contradiction consistant à vouloir un gouvernement central fort à Kaboul tout en apportant un soutien aux commandants locaux, leur donnant ainsi les moyens de tenir la dragée haute au gouvernement.

?La position américaine est toujours ambiguë et n?aide pas Hamid Karzaï?, affirme, à Kaboul, un proche du président. Honnis par la population, certains de ces commandants entretiennent, de plus, des contacts à la fois avec les Etats-Unis et leurs adversaires. L?absence du gouvernement central, le manque de développement et d?assistance ? et celle-ci ne fait que se réduire dans les zones pachtounes en raison de l?insécurité croissante ? créent une situation de plus en plus favorable aux talibans. Ceux-ci ont profité aussi du conflit irakien pour développer leur propagande d?un ?complot américain contre les musulmans?. Sur le marché central de Miranshar comme dans les souks de Kandahar, un dollar suffit à acheter des cassettes vidéo des attaques américaines contre l?Irak. ?Les jeunes aiment voir la guerre?, commente Sardar Wali, le propriétaire de l?échoppe, en nous offrant une autre vidéo exaltant la résistance des prisonniers talibans massacrés dans le fort de Qala-e-Jhangi, près de Mazar-e-Charif, en novembre 2001. ?Il est urgent de renverser la situation. Si les gens croient que les talibans peuvent revenir, ils vont de plus en plus leur apporter leur soutien?, note un expert. Le renforcement actuel des talibans est plus un problème politique que militaire. Sans rééquilibrage du gouvernement central en faveur des Pachtounes, sans une aide massive redonnant espoir à la population, sans un changement profond du mode opératoire des soldats américains, les talibans ou leurs émules vont encore accroître leur influence.

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