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Terminator 3 requiem pour Schwarzenegger

26 septembre 2003, 20:00

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En 1990, quelques mois avant la sortie de Terminator 2, l?hebdomadaire américain Time estimait qu?Arnold Schwarzenegger était «le symbole le plus patent de la domination américaine sur le cinéma mondial». En effet, jamais un comédien n?a à ce point incarné, et stigmatisé, la volonté de puissance de l?industrie hollywoodienne.

La carrière de Schwarzenegger, surhomme surgi des légendes germaniques pour nourrir une mythologie américaine en devenir, est, dès son origine, placée sous l?égide de Nietzsche.

Dans Conan le Barbare (1982), John Milius citait la célèbre phrase du philosophe : «Ce qui ne te tue pas te rend plus fort» pour présenter l?ex-M. Univers dans son premier grand rôle au cinéma.

De son côté, Schwarzenegger invoquait à plusieurs reprises dans des entretiens sa propre volonté de puissance. Son fameux «I?ll be back» ? délivré de sa voix métallique d?androïde dans le premier Terminator, possédait des accents d?éternel retour.

Terminator 2 poussait encore plus loin cette notion, avec un Schwarzenegger plus performant, passé dans le camp du bien, et désormais défenseur d?une race humaine menacée par les machines.

Dans Terminator 3, «I?ll be back» est devenu «She?ll be back» ? prononcé par Schwarzenegger en personne, en référence au T-X, androïde féminin d?un modèle plus récent, ennemi juré du Terminator à la technologie dépassée et qui, pour la première fois, prend acte de son déclin. La star d?origine autrichienne a atteint à 56 ans la limite d?âge.

Son lifting (ses rides auraient même été retouchées numériquement au moment de la postproduction de Terminator 3), l?opération à c?ur ouvert qu?il a subie en 1997 et qui l?empêche de réaliser la plupart de ses cascades, ainsi que l?échec de ses récentes productions, A l?aube du sixième jour et Collateral Damage, montrent à quel point l?acteur a du mal à conserver son statut.

LE FITNESS DÉPASSÉ

Les premiers résultats de Terminator 3, quoique honorables (140 millions de dollars pour un mois d?exploitations en Amérique du Nord) ne sont pas à la hauteur des attentes de ses commanditaires. Les conditions qui ont permis l?émergence de l?acteur autrichien dans les années 1980 ne sont tout simplement plus réunies.

Pour devenir une star, Schwarzenegger a bénéficié de la vogue du fitness, du triomphe républicain, pour imposer son image d?un athlète soucieux de sa santé (d?où ses campagnes gouvernementales, durant le mandat de George Herbert Bush, en faveur de la culture physique), doté d?un corps parfait. Time qualifiait très justement ce corps d?«effet spécial».

Un corps machine, produit des dernières merveilles de la biotechnologie, dont James Cameron a perçu avec Terminator 1 et 2, mieux que n?importe quel autre metteur en scène, l?immense potentiel.

Dans Terminator 3, la longue séquence où Schwarzenegger parachuté du futur débarque nu sur notre Terre veut nous rappeler, avec des accents dignes de Leni Riefensthal, en examinant l?athlète de la tête aux pieds telle une statue grecque, à quel point sa perfection physique est impressionnante.

C?est pourtant l?effet inverse qui se produit. Elle nous renvoie au Schwarzenegger culturiste, et au ridicule d?un corps hypertrophié par les anabolisants.

Ce corps est aujourd?hui obsolète. A l?époque de Matrix, les adolescents s?identifient plus facilement au visage androgyne de Keanu Reeves et à son corps fluet. Le corps sculptural du T-X interprété par Kristanna Loken dans Terminator 3 répond au même canon : maigre, élastique, en opposition radicale avec la lourdeur de l?acteur.

Jusqu?au milieu des années 1990, Schwarzenegger était, avec raison, mis en concurrence avec Sylvester Stallone. Le talent de Stallone a consisté à se bâtir des alter ego, Rocky, puis Rambo, qui prouvaient leur force en subissant la douleur physique, quand le corps de Schwarzenegger reste exempt de heurt.

Stallone porte en lui le traumatisme du Vietnam, quand Schwarzenegger, homme nouveau, ne véhicule aucune mémoire. Celle-ci lui est d?ailleurs implantée dans Total Recall de Paul Verhoeven.

CARRIÈRE POLITIQUE

Cette absence de mémoire est précisément ce qui rend aujourd?hui l?acteur hors sujet. Il arrivait à point lorsqu?à la fin de la guerre froide son pays pouvait songer à une paix perpétuelle et se croire intouchable. Mais le Schwarzenegger indestructible n?est plus pertinent dans l?Amérique de l?après- 11 septembre, alors que le conflit en Irak n?en finit pas.

Au début de sa carrière, Schwarzenegger prétendait avoir choisi le body-building aux dépens du ski ou du football car il s?agissait d?une discipline populaire aux Etats-Unis. Schwarzenegger s?est toujours imaginé un destin à la Frank Capra, avec une carrière politique en ligne de mire, après le cinéma.

Il ne lui suffisait pas de faire fortune, il fallait aussi marquer l?histoire de son pays d?élection. Après avoir songé à se présenter en 1992 pour le poste de sénateur de Californie, Schwarzenegger a fait savoir qu?il briguera le poste de gouverneur de Californie, occupé actuellement par le démocrate Gray Davis.

Le Monde 2003

distribué par

The N. Y. Times Syndicate

par Samuel Blumenfeld

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