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Tension à la prison centrale
Il y avait de la pression dans l?air, hier, à la prison centrale de Beau-Bassin. Huit suspensions en deux jours ont fait l?effet d?une douche froide. Face à la crise qui règne et qui s?amplifie à l?administration pénitentiaire, les spéculations vont bon train. Le commissaire des prisons, Bill Duff, va-t-il démissionner ?
Dans la matinée d?hier, ce dernier décide d?interdire deux officiers de leurs fonctions pour cause d?erreur sur l?identité d?un détenu à être relâché. Ils sont l?assistant surintendant Mohungoo et un Prison Officer Grade 1, Ram Oochit.
Vers 15 heures lundi, les démarches administratives sont en cours pour relâcher Jean-Denis Mandarin qui a purgé une sentence de quatre jours pour n?avoir pas payé une amende. Quand l?officier de la prison va chercher l?intéressé, il appelle son nom : ?Mandarin?. Mais c?est Jean-Clarel Mandarin ? en détention préventive pour une affaire de vol avec violence et qui n?a pas encore été condamné ? qui s?approche au lieu de Jean-Denis Mandarin.
Le garde-chiourme laisse partir Jean-Clarel Mandarin sans autre forme de procès. Lorsque l?erreur est constatée, on s?attelle à relâcher Jean- Denis Mandarin. Entre-temps, l?autre Mandarin court toujours.
?Jean-Denis Mandarin n?était à la prison que pour quatre jours et nous n?avons pas eu le temps de le photographier?, argue-t-on à Beau-Bassin, tout en admettant que ?c?est une erreur, une négligence et c?est grave?. Le hic, c?est que c?est la deuxième ?négligence? en l?espace de quelques jours.
Déjà lundi, l?administration pénitentiaire suspend six officiers. Il se chuchote qu?en fait, il ne devait s?agir que de deux mais que ?des autorités supérieures? insistent pour davantage de têtes... C?est ainsi que l?assistant surintendant des prisons Clency Emilien, le Principal Officer Auzine, le Chief Officer Saman et trois officiers Grade 1 de la prison, à savoir Sookrajowa, Ganga et Dabideen, sont interdits de fonction à la suite des conclusions du rapport remis par les autorités pénitentiaires au Prime Minister?s Office.
Ces suspensions ont trait à la disparition et à la mort en détention préventive d?un homme. Il s?agit de Jean-Pierre Ismael retrouvé dans un état de décomposition avancée, dans une cellule au Bloc A, grâce aux odeurs nauséabondes qui en proviennent. Sa disparition, depuis six jours, est miraculeusement passée inaperçue à la prison.
Cette énième crise à la prison vient mettre en exergue la fragilité de l?institution constamment sous les feux des projecteurs. Cela explique aussi les questions qui taraudent plus d?un concernant les intentions du commissaire des prisons. Démissionera, démissionera pas ?
<B>?Ingérences du GM et de la police?</B>
Si Bill Duff refuse tout commentaire, on apprend des milieux proches du Britannique qu?il ?n?est pas homme à reculer devant les défis mais qu?il y a une limite à tout?. Mais s?il semble qu?il n?y ait aucune velléité de démission; son entourage parle volontiers de l?exaspération du commissaire devant l?attitude des autorités ?qui croient tout savoir sur la gestion carcérale et qui pensent qu?on peut tout régler à coups de baguette magique?. Il s?avère aussi que l?ingérence du commissaire de police dans les affaires de la prison entravent toute tentative d?un redressement de la situation.
Alors que se joue ce bras de fer à peine visible au sommet, ce sont les gardes-chiourme qui en paient les conséquences de même que les détenus. ?Nous n?avons plus de contrôle sur les détenus, s?insurge un officier de la prison, et comment pouvons-nous travailler dans ces conditions ?? Il ajoute que les membres de la Prison Supportting Unit (PSS) n?ont plus accès à l?intérieur des blocs depuis la découverte du cadavre de Jean-Pierre Ismael.
?Quelques prisonniers, considérés comme des têtes brûlées, ont allégué que les PSS les ont brutalisés et ont menacé de se venger au cas où ils s?approcheraient de leurs cellules. Et le chantage a marché !? dit-on d?autre part. Résultat : des détenus interviennent en direct sur les ondes des radios au vu et au su des officiers mais les membres de la PSS ne peuvent intervenir pour saisir les objets défendus. ?Et on s?étonne après qu?il y ait négligence ??, estiment ces derniers.
Comment réagiraient-ils à une éventuelle démission de Bill Duff ? ?Est-ce que cela va changer les choses ? Remplacer Bill Duff par qui ? Quelqu?un qui ne s?y connaît pas ? Il y a trop d?ingérence du gouvernement et de la police dans la gestion des prisons. C?est la raison pour laquelle nous en sommes là.?
Sans jeu de mots, les prisons se retrouvent de plus en plus dans un carcan. Pourront-elles s?en libérer à temps ?
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