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Tempête dans le port
LES COMPAGNIES maritimes tirent la sonnette d?alarme. Elles sont inquiètes de la baisse de la productivité sur certains quais, de la hausse du fret. Elles craignent qu?une situation de congestion portuaire ne se répète. Les agences maritimes rencontrent les autorités portuaires demain pour exprimer leurs doléances et trouver des solutions appropriées.
?La situation portuaire ne s?améliore pas. Une compagnie maritime vient de réduire le nombre de ses navires qui desservent Port-Louis. Une autre s?apprête à lui emboîter le pas?, affirme Eric Mard, directeur de la compagnie Maersk et président de l?Association professionnelle des agents maritimes mauriciens (APAMM). ?C?est bien, dit-il, que la Cargo Handling Corporation (CHC) ait décidé d?acquérir deux nouveaux portiques mais cela n?est pas suffisant. Il y a des mesures immédiates à prendre.?
Selon Eric Mard, il faut introduire dans les plus brefs délais un système qui permet au navire de savoir, bien en avance, quel jour et à quelle heure, il va accoster le quai pour opérer. ?Ce système de berthing window permettra aux navires de mieux planifier leurs escales à Port Louis. Ainsi, ils réduiront leurs coûts d?opération et augmenteront leur productivité.?
Sur ce point, Archimède Lecordier, directeur général de la CHC, répond que la corporation est ouverte à toutes les propositions car ?le volume de transbordement a nettement dépassé nos prévisions?.
?Actuellement, explique Eric Mard, c?est le principe de first come first serve, qui est appliqué. Avec ce système, des navires font parfois queue en rade pour attendre leur tour.? Vu les coûts d?opération très élevés (US$25 000 par jour), un bateau ne peut se permettre d?attendre longtemps avant de commencer ses opérations. Avec la hausse du fret, ces coûts augmenterontencore.
Archimède Lecordier, lui, est moins catégorique et estime que le volume transbordé en hausse a aidé à atténuer le taux d?augmentation du fret.
De un à quatre jours d?attente
La situation, soutient le président de la l?APAMM, ne semble pas s?améliorer. Ces derniers temps, des navires ont attendu entre un et quatre jours en tête de rade avant d?accoster et commencer les opérations de déchargement.
Il souhaite donc que les conditions de travail et les tarifs de manutention des conteneurs au Terminal II (celui des anciens quais) soient les mêmes que ceux en vigueur à Mer-Rouge au New Container Terminal. ?Certains armateurs se plaignent de la faible productivité au Terminal II où les coûts d?opération sont relativement plus élevés. Il faut un level playing field pour l?allocation des quais aux navires.?
Au Terminal II, la moyenne des conteneurs manipulés serait de quatre à cinq par équipe à l?heure, contre dix, il y a quelques mois. Archimède Lecordier se défend : ?Le Terminal II n?est pas un terminal à conteneurs. C?est un terminal conventionnel. La productivité dépend donc de la capacité des grues dont sont dotés les navires qui déchargent sur ce quai.?
Robert Hungley, de la direction de l?Association des Transitaires, maintient que depuis janvier ?la situation dans le port ne s?est pas améliorée. Un manque d?équipements se fait sentir, surtout avec les transbordements. Sans compter, que des entreprises de la zone franche ont souffert quand des navires ont quitté le port sans charger leurs produits.? Interrogée à ce sujet, Danielle Wong, directrice de la Mauritius Export Processing Zone Association (MEPZA), répond qu?on note une certaine amélioration depuis quelques semaines.
?Tous les conteneurs qui avaient été laissés sur les quais ont été chargés pour leurs destinations. Nous avons proposé au gouvernement et à la CHC que les conteneurs des entreprises de la zone franche soient traités en priorité?, ajoute-t-elle.
Dans une lettre adressée fin mars à Anil Bachoo, ministre des Infrastructures publiques, du Transport maritime et de la Navigation, la directrice de la MEPZA avait attiré son attention sur les problèmes ?énormes? que rencontrent les entreprises de la zone franche depuis février en raison de la situation dans le port.
Escale de Port-Louis évitée
?Ces difficultés, souligne-t-elle, ont entraîné de gros retards dans l?importation et l?exportation de marchandises. Ils se sont accumulés avec l?interruption des opérations portuaires due aux conditions cycloniques en février et mars, d?où la congestion.? Une autre cause de ces retards est la panne d?une des trois grues du port qui opère à seulement 50 % de sa capacité.
Durant cette période, plusieurs navires ont brûlé l?escale de Port-Louis, préférant décharger dans d?autres ports les matières premières destinées aux entreprises de la zone franche. D?autres ont laissé à Port-Louis des marchandises vouées à l?exportation, entre autres des conteneurs de produits textiles destinés à New York, Los Angeles et Madagascar.
?Les entreprises de la zone franche se battent pour obtenir de nouvelles commandes et de nouveaux clients. Il est essentiel que les cargaisons de produits textiles soient livrées à temps. C?est indispensable pour la survie du secteur?, précise la lettre adressée au ministre Bachoo.
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