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Taux de change : le bonheur des uns et le malheur des autres

8 décembre 2004, 00:00

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On en avait rêvé. C’est maintenant une réalité. Le dollar est faible tandis que l’euro ne cesse d’atteindre de nouveaux sommets. Cette situation paraît idyllique pour l’économie qui importe majoritairement en dollars et exporte principalement en euros. Il y a effectivement une majorité de gagnants mais il y a aussi ceux qui paient les pots cassés : les consommateurs.

L’euro a touché hier un nouveau niveau record à 1,3469 contre le dollar. A Maurice, la monnaie européenne s’échangeait à Rs 38.40 hier après avoir établi un record de Rs 38.50, lundi.

Ce qui a provoqué la récente poussée de fièvre de l’euro, les commentaires venant de la Chine et de la Russie. La première a annoncé qu’elle augmenterait la part de l’euro dans ses immenses réserves en devises tandis que la seconde a expliqué que dorénavant elle facturera ses exportations de pétrole en euros également.

En fait, en une année, l’euro a progressé de 15 % environ après une croissance tournant autour des 20 % l’année dernière. Cette conjoncture est favorable aux principales industries d’exportation notamment le sucre, le textile et le tourisme.

Grâce à l’appréciation de l’euro, le prix moyen du sucre est en hausse passant de Rs 15 200 l’année dernière à Rs 15 900 cette année, selon les dernières estimations du Syndicat des Sucres.

L’industrie sucrière va donc engranger Rs 700 de plus par tonne de sucre sur un quota d’exportation de 507 000 tonnes sur le marché européen. Ce qui représente un “windfall gain” de Rs 3,5 milliards comparé à l’année dernière.

Mais le sucre ne pourra bénéficier des derniers niveaux records de l’euro. A décembre, elle aura déjà recueilli 80 % des recettes d’exportation versées à chaque cargaison.

De plus, avec la politique de “ hedging” adoptée par le Syndicat des Sucres, une bonne partie des recettes avaient déjà été vendues en avance entre décembre 2003 et juin dernier car l’euro était déjà élevé.

La hausse de l’euro est aussi la bienvenue dans l’industrie touristique. Les Européens représentent effectivement 65 % de la clientèle touristique du pays. Sans compter les 65 000 touristes en provenance de la Réunion qui ont débarqué entre janvier et septembre.

Bouffée d’oxygène

L’euro a contribué à la bonne performance des grands groupes hôteliers. Les résultats publiés lundi par New Mauritius Hotels (NMH) – Rs 851 millions de bénéfices – sont éloquents. Si globalement les recettes sont en hausse de 27,2 % alors que le nombre de touristes stagne, c’est aussi un peu grâce à l’euro.

Au niveau de l’industrie du textile-habillement, la hausse de l’euro est une bouffée d’oxygène. Malgré la crise et les licenciements, les industriels ne parlent plus de la politique du taux de change. Cela veut tout dire.

Malgré tout, l’appréciation de l’euro n’a pas fait de miracle. Elle a tout au plus permis à l’industrie de maintenir les recettes globales au même niveau. Mais comme il y a moins d’usines, cela implique qu’il y en a davantage pour celles restantes.

L’euro explique en partie les Rs 1 milliard de bénéfices de la Compagnie mauricienne de textile ou encore les Rs 300 millions de bénéfices de Ciel Textile après trois années de déficit.

“Globalement, l’industrie textile est gagnante surtout pour les gros exportateurs vers l’Europe. Mais tout n’est pas si simple”, explique Harol Mayer, Chief operating officer de Ciel Textile. “Aquarelle qui importe en dollars et qui exporte en euros bénéficie d’un windfall gain. Mais pour Tropic Knits qui importe en euros et qui exporte en dollars, c’est le contraire”, poursuit-il.

Harol Mayer ajoute qu’une entreprise peut enregistrer un bénéfice sur le taux de change sur une commande seulement. Le client intelligent qui suit le mouvement des changes renégociera les prix à la baisse pour la prochaine commande.

Surtout que nos compétiteurs asiatiques facturent en dollars. Ce qui amène certains industriels à préférer une appréciation du dollar pour rendre la concurrence plus chère.

Pour RS Fashion qui exporte ses pantalons sur le marché américain, la faiblesse du dollar n’est pas une bonne nouvelle. Elle a néanmoins la chance de pouvoir acheter la majorité de ses intrants en dollars, limitant ainsi les pertes sur le change.

Mais elle doit néanmoins convertir ses dollars pour payer la main-d’œuvre. “Si je convertis 200 000 dollars par mois et que le dollar a perdu trois roupies, cela voudrait dire que j’ai un manque à gagner de Rs 600 000 chaque mois”, explique Ram Mardemootoo, patron de RS Fashion.

Les importateurs et les consommateurs subissent, eux, les conséquences de la remontée de l’euro. Quelque 30 % de nos importations sont facturés en euros.

“Le plus gros de nos importations – pétrole, ciment, riz – sont facturées en dollar heureusement. La hausse de l’euro n’affecte donc pas trop la note d’importation même si elle l’affecte quand même. Mais de toute façon, la hausse de toutes les devises avec lesquelles nous payons nos importations va finir par se répercuter sur l’inflation qui remonte déjà”, commente Mahmood Cheeroo, secrétaire général de la Chambre de commerce et d’Industrie.

“Cela peut effectivement causer l’inflation mais je ne suis pas inquiet. Tout est sous contrôle”, soutient le gouverneur de la Banque de Maurice, Rameshwurlall Basant Roi.

Un important importateur de la capitale n’est pas aussi serein. Car il n’y a pas que l’euro. “C’est une catastrophe. Le rand sud-africain a augmenté de 60 % cette année et presque doublé en deux ans. Comment voulez-vous qu’on double nos prix ? On doit rogner sur nos marges ”, dit-il.

Malgré tout, les prix des conserves, de la margarine, du jus, du vin et des fruits en provenance de l’Afrique du Sud ont pris l’ascenseur. Il y a un processus de remplacement. Les produits européens tels que les biscuits ou le fromage disparaissent progressivement “car les gens ne peuvent plus payer.”

En gros, et les dernières statistiques du bureau central des statistiques le confirment, les ventes augmentent en valeur et en roupies mais en termes de volume, elles baissent. Il faudra se faire à cette situation pour un bon moment encore. Car selon les spécialistes locaux et internationaux, l’euro restera fort et le dollar faible pour encore douze à dix-huit mois.

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