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Tant qu?il y aura Nancy Dérougère
«Mo?alle dans la fwar a soir, a soir ? » Vous souvenez-vous? C?était il y a sept ans. Une chanson pleine de saveurs locales, interprétée au son du tambour, de la ravanne, du triangle et de la maravanne. La chanson séduit le jury et prend de court le public ainsi que son interprète. Nancy Dérougère évoque ce moment dans un grand éclat de rire.
Trois mois avant le début du concours, elle avait donné naissance à son fils Jean-Denis et n?éprouvait à l?époque, aucune envie de participer à un concours de chant télévisé.
Il a fallu toute la ténacité de son cousin, Gaëtan, auteur de la chanson, pour la convaincre. Quand elle se présente aux éliminatoires, il lui suffit de pousser la voix sur le «ti la hé», refrain entêtant de la chanson, pour taper dans l?oreille du jury. Elle en rit. Encore et toujours. Depuis, on parle beaucoup d?elle. «Mo la vi ine changé, c?est vrai, mais moi, mo pane changé !»
Ce qui a changé, c?est le regard des autres. On la complimente, la félicite, lui fait des déclarations d?amour. Un bonheur, pour elle qui ne savait pas trop ce que la vie avait en réserve pour elle. Nancy s?étonne presque qu?on s?intéresse à elle. Elle souhaite que tout n?aille pas trop vite afin qu?elle puisse, avec sa voix et sa musique, chanter sa vie.
Sa légende, elle a commencé à l?écrire sur l?écran de télé de Sofé Ravanne. «ça c?est vrai ! Si pas ti éna sa l?émission là, mo pas conné ki mo ti pou été zordi !»
C?est la raison pour laquelle elle soutient totalement l?initiative de la MBC de reconduire pour la quatrième fois cette émission populaire. «C?est seul tremplin pou banne artistes mauriciens !» Aujourd?hui, Nancy Dérougère soutient que sans Sofé Ravanne et sans Mario Justin et le groupe ZotSa, elle ne serait pas là. «Mo croir tou salà c?est travail Bon Dié».
Pour une chanteuse qui a fait ses premières armes dans la paroisse de son quartier, sur les bancs de la chorale de l?église, Dieu occupe une place de choix. «San li nannien pas possible, » explique-t-elle en levant les bras au ciel.
Mais revenons au début de notre rencontre. Elle était sur le point de sortir. Elle pensait que notre rendez-vous avait lieu une heure plus tôt. Elle se confond en excuses, vous tutoie, vous propose à boire et vous invite à vous installer dans son confortable salon. Avec Nancy Dérougère, le rendez-vous prend rapidement des allures de confidences entre amies. C?est que la chanteuse est généreuse et terriblement bavarde. Dans son salon, l?air frais du dehors apporte une sérénité qui transpire totalement sur la maîtresse de maison.
Et même si à l?extérieur les cousins et les petits voisins font du vacarme, Nancy ne s?en offusque pas. Ils sont en vacances ! Sur les murs du salon, les photos de Nancy sur scène et cette autre photo d?elle au pied de la tour Eiffel, ont valeur de fierté et de mémoire. Parce qu?avant sa percée remarquée dans la musique, Nancy n?avait jamais quitté sa Petite-Rivière natale.
Elle l?avoue sans complexe, avec ce sourire qui se transforme rapidement en éclat de rire. «Mo kontan riyé, pas capav reste sérié, sinon la vie trop dir». Serge Lebrasse l?a surnommée affectueusement et avec raison, Miss Sourire. Elle vous le confie avec un sourire amusé, presque comme celui d?un enfant. Nancy a un tempérament d?hypersensible.
Elle ne cherche d?ailleurs pas à le cacher. Pourtant, sa vie n?a guère été un long fleuve tranquille.
Elle a perdu très tôt sa mère et a eu à s?occuper de ses frères et s?urs. Aujourd?hui, qu?elle est entourée d?amour, sa candeur ne s?est guère altérée. Nancy a foi dans la vie et surtout foi dans l?amour des siens et de son prochain.
Nancy fait partie des chanteuses, peu nombreuses, à faire carrière dans le séga. «Mo contant chanté. Quand mo chanté, mo chant avek mo lé ker !» Ce qu?elle offre procure un plaisir simple, un rythme, une mélodie. Quand tambour batté, le nouveau morceau, en est le parfait exemple.
Et quand d?aventure, vous lui dites que sa voix et ses chansons, sont sans doute les plus appréciées de Maurice, elle sort sur le ton de l?interrogation, ponctué de son rire franc : «Vous croyez ?»
Sa modestie n?est pas feinte car Nancy croit encore nager en plein rêve. On imagine qu?elle a dû être une enfant timide, rêveuse. ça n?a guère changé aujourd?hui. Elle trouve son compte dans Les feux de l?amour, feuilleton rose bonbon qui tourne et tourne depuis des lustres sur la chaîne française TF1.
Nancy a indéniablement écrit une page du séga typique chez nous. Née dans une famille de musiciens qui comptait en son sein une certaine Josiane Cassambo, Nancy Dérougère porte aujourd?hui le séga comme on porterait un enfant. Toujours attendrie, jamais en deçà de ce qu?on attend d?elle, elle fait figure de référence dans le monde de la chanson locale.
Aboutissement logique, d?une carrière commencée à la télévision, grâce à Sofé Ravanne. Aujourd?hui, forte d?une carrière ponctuée de trois albums solo et d?un chapelet de compilations, elle prépare un DVD sur lequel figureront ses passages sur les scènes londoniennes et un autre album pour le début de l?année prochaine. Qui dit mieux ? ?
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