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Suzanne, séropositive et mère de cinq enfants

29 novembre 2003, 20:00

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« Banne là dire banne étranger ki amène sa maladie là, mo panne pensé ki en place oussi capave gagne ça et voilà, sé ki pas ti bizin arrivé inne arrivé. » Suzanne, on l?appellera ainsi, n?a rien vu venir.

Pourtant le fait d?avoir changé de partenaires sexuels, d?en avoir eu quatre au total aurait pu lui mettre la puce à l?oreille. Rien. Comme ce n?était pas pour le plaisir qu?elle changeait d?hommes, et que c?était dans le but bien intentionné de trouver le mari idéal qui ne la battrait pas et qui l?aimerait, elle s?est crue à l?abri. « Mo ti pé gagne tracas mo banne cousine ki prostituée mais mo même monne alle tombe ladans. »

Malgré son physique décharné, Suzanne a le caractère solide. Visiblement, elle a perdu de sa naïveté il y a un an. Sa voix est ferme et coupante, elle s?exprime avec aisance, parle même abondamment. Elle cherche probablement à compenser les deux mois où elle s?était repliée sur elle-même après avoir appris la nouvelle qui allait bouleverser sa vie.

Certes tout a basculé, il y a un an, alors qu?elle allait à un rendez-vous médical après une prise de sang. Le médecin lui demande de cesser d?allaiter son enfant de six mois et de se rendre au centre Bouloux. Le déclic n?a toujours pas lieu. Suzanne ne se doute de rien. C?est le docteur Joy Backory qui lui annonce qu?elle est atteinte du virus du sida. D?abord, c?est le coup de massue. Des images de sa vie défilent sous forme de flash. Elle cherche une explication sensée à cette catastrophe, le responsable de son sort.

Ce qui importe tout de suite après, c?est de savoir si son bébé de six mois est atteint. Soulagement. Il n?a rien, mais ses quatre autres enfants auront à subir des tests. Suzanne se néglige alors et s?occupe de leur faire effectuer le test. « Mone pensé moi mo grand, pas faire nanrien, mais mo banne zenfants enne banne innocents. » Ouf, ils n?ont rien, eux non plus. S?ensuit seulement alors la période d?autodestruction. La jeune femme plonge dans le désespoir le plus noir. Elle refuse de s?alimenter, veut juste dormir, dormir pour oublier cette terrible épée de Damoclès qui pèse sur elle. De temps en temps, une décision radicale lui traverse l?esprit : le suicide. Elle ne parle plus, choisit d?être seule face à sa maladie, un moyen de l?exorciser.

Son entourage, qui a appris entre-temps la nouvelle, la soutient et Suzanne petit à petit s?ouvre de nouveau à la vie. Exit la déchéance parce qu?après tout, elle est encore jeune et elle n?est pas malade. Suzanne transforme alors ses tourments en une obsession, celle de gâter ses enfants, de suivre leur éducation. « Mo espéré ki zot pou vinne intelligent, ki zot la vie pou meilleur. » C?est la seule fois pendant l?interview où Suzanne versera une larme. Elle ne peut pas travailler parce qu?elle ne peut pas payer la garderie pour son enfant en bas âge.

Elle dépend de la pension que le gouvernement donne aux séropositifs et de l?aide de PILS qui loue une maison pour elle.

Mais si elle est en forme pour le moment, Suzanne ne se fait pas d?illusions. Elle connaît par c?ur les phases de la maladie. La mort ne lui fait pas peur car elle l?a d?ailleurs déjà frôlée. « Avec dernier-là mo ti pou trouve la mort. Bizin dire monne trouve li. Ene coute lance lor la tête mo ti pou alle gagné. »

Quoiqu?il en soit, elle refuse de se prendre la tête avec sa maladie. « Mo bizin pas prend tracas pou mo CD4 pas baissé. Quand mo banne zenfans pou vinne in pé plis grand mo pou capave amizé in pé. Mais selma, mo pas lé gagne enne lot zom. Monne gagné assez are zot. » Dans sa voix, on la sent débordante de vie. Mais en pratique, Suzanne reste ligotée. Elle a tout juste de l?argent pour survivre et s?occuper de ses enfants lui prend déjà tout son temps et son énergie. Mais comme le dit le dicton, tant qu?il y a de la vie, il y a de l?espoir.

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