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Surprenants Revirements

19 septembre 2003, 20:00

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Si les amarres sont larguées à Rivière-du-Rempart avec le meeting de lancement de l?opposition, les thèmes qui seront privilégiés durant la campagne demeurent flous. Plutôt que d?y apporter un éclairage, l?intervention du leader du PTr, hier, est venue embrouiller davantage la question. Il a pris pour cible Sir Anerood Jugnauth, remontant même très loin dans l?histoire pour puiser ses arguments, alors que jusqu?ici seul Paul Bérenger était dans son collimateur.

Fini les discours sur la concentration du pouvoir économique, les critiques contre le grand capital, et les insinuations sur une connivence entre l?Etat et les possédants? Ce n?est pas si sûr, car Rama Valayden, l?allié de Navin Ramgoolam, reste présent sur ce terrain marécageux. D?autant plus qu?il joue de l?argument ethnique avec moins de finesse que Ramgoolam.

Il n?en reste pas moins que le discours du leader du PTr a surpris hier car l?on pensait qu?il allait sonner la charge contre Paul Bérenger, et inscrire son discours dans la logique de « pouvoir pé sappe dans ou la main ». On croyait qu?il allait faire rentrer la petite flottille, à l??uvre depuis des mois contre le leader du MMM, et sortir la grande armada dans une tentative finale d?arrêter la marche des événements vers le 30 septembre. Or, c?est le leader du MSM qu?il tient désormais dans sa ligne de mire. Ce changement de stratégie ne saurait être fortuit.

Harish Boodhoo a été le premier à man?uvrer pour se dissocier de l?attaque frontale menée contre la personne de Paul Bérenger. Il s?est expliqué autour de lui sur ce virage significatif. Il ressort de ses commentaires qu?il avait d?abord souhaité, comme les plus radicaux des travaillistes, empêcher la mise en application de l?accord Med Point. Il avait demandé à ses alliés travaillistes de se mobiliser pour déclencher des mouvements populaires. C?est quand il a réalisé que ce combat était perdu, et que l?échéance du 30 septembre se rapprochait irrémédiablement que sa réflexion s?est évoluée.

Il a fini par conclure que puisque Paul Bérenger sera de toute façon Premier ministre, il aura tort d?entraîner sa base traditionnelle, pendant deux ans au moins, dans une contestation de l?institution qui se trouve au sommet de l?Etat. Il a estimé que ce n?est pas dans l?intérêt du groupe dont il se considère comme un des symboles. Cela aurait exacerbé, selon lui, les antagonismes entre le pouvoir et une frange de l?électorat qui serait amenée à se placer résolument dans l?opposition.

Harish Boodhoo a partagé ses analyses avec Navin Ramgoolam et, quand il s?est rendu compte que sa thèse était mal acceptée, il s?est mis en congé de l?alliance sociale. Ne pouvant deviner que Ramgoolam allait , sur le tard, changer de stratégie, il s?éloignait de plus en plus de celui-ci. Il n?hésitait pas ces derniers jours à répéter des arguments déjà avancés en septembre 2000 contre le leader du PTr.

Les changements qui s?opèrent en ce moment vont permettre au futur Premier ministre d?avoir les mains libres pour gouverner, peu importe les mobiles qui poussent les uns et les autres à réorienter leurs stratégies. Si cette tendance se maintient, Paul Bérenger pourra engager les réformes qu?il souhaite ou prendre les mesures qu?il faut pour favoriser l?investissement, par exemple, sans être paralysé par le facteur ethnique, son talon d?Achille.

L?ironie de toute la situation, c?est que Sir Anerood Jugnauth est remis en selle alors qu?il avait abandonné l?arène et pensait avoir laissé derrière un punching-ball sur lequel ses adversaires prendraient du plaisir à s?acharner.

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