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Surmonter les séquelles d?un viol
«Mo pas conné si ène zour mo ti fi pou réprend ène la vie normale. Li fine traumatisé par ça viol là. Guette zordi (NdlR. : mardi dernier) kine arrivé? li fine alle l?école mé li pane capav resté. Li senti li sale, humiliée, li né pli couma avant, li honté. Li pé renfermé li lor li même », confie Ranjeeta, la mère d?Hanisha, 13 ans. Cette jeune fille, qui assistait à une fête organisée par un voisin dans la nuit du 31 décembre 2003, a été sexuellement abusée par ce dernier mais également par trois autres jeunes hommes. Vers 1 heure du matin, alors que ses parents viennent la récupérer à quelques pas de chez eux, ils découvrent leur fille, dans un état comateux, soutenue par les quatre présumés agresseurs. En voyant les parents, ces derniers prennent la fuite. « Mo pas ti pé comprend ki fine arrive li mé ler mo fine trouve so fermeture pantalon ouvert ler là mo fine gagne soupçons », poursuit Ranjeeta. Après avoir consigné une déposition au poste de police, c?est à l?hôpital qu?elle apprend que sa fille vient d?être violée : « Nou ti fer zot confiance parski nou conne zot dépi zot l?enfance. Guette ki zot fine fer nous. Mo zenfant pé souffert mé nou aussi nou pé souffert. Mo pas coné ki pou arrive li, ki nou capav fer pou nou aide li. »
Les mots qui s?échappent de la bouche de sa petite fille, les larmes qui glissent le long de son visage en racontant son cauchemar, Rangeeta aurait préféré ne jamais les entendre, les effacer de sa mémoire, de son c?ur de mère aussi. Elle ne peut pas panser cette blessure qui vient de briser l?innocence de son enfant.
Ce sentiment d?impuissance, de désespoir face à une personne qui vient d?être aussi sauvagement souillée, meurtrie au plus profond d?elle-même, est ressentie profondément par les proches de la victime. On aura beau se dire qu?il suffit de ne plus y penser. Mais l?oubli est impossible. La peur, la honte accablent la victime. Elle voudra sans doute s?enfuir et subira plusieurs phases traumatiques. Les répercussions d?un viol peuvent être désastreuses. « Dans le cas d?une mineure, la victime sera affectée moralement, elle va avoir peur de tout, elle s?estimera plus. Elle se culpabilisera et se réfugiera dans son propre monde », explique un psychologue du ministère des Droits de la femme. « La victime peut aussi avoir des tendances suicidaires. Il faut avoir conscience que la famille est une entité, et lorsqu?un de ses membres a subi un traumatisme à la suite d?un viol, c?est toute la structure familiale qui en ressent les effets », ajoute la psychologue Sarah Dieazanacque.
Cette douloureuse épreuve n?est pas uniquement l?affaire de la victime. Le comportement, les réactions des membres de la famille, des amis, de l?entourage doivent contribuer à la sortir du cercle infernal qu?est l?après-viol. La première étape pour aider à surmonter un viol est d?en parler.
Lourd et pénible secret
La victime doit se confier à une personne fiable pour partager ce lourd et pénible secret. Le viol étant un délit, il ne faut pas hésiter à le dénoncer. Il faut porter plainte à la police, en dépit de la crainte des représailles, d?une récidive ou tout simplement de croiser son agresseur au coin de la rue. Le coupable, c?est le violeur, pas la victime. Surtout il ne faut pas se débarrasser des preuves. S?il s?agit de vêtements que la victime portait le jour de l?agression sexuelle, il faut les conserver dans un sac en papier et les remettre aux enquêteurs.
Si l?une de vos proches a été violée, il faut l?épauler, la soutenir pour qu?elle puisse retrouver l?estime de soi, le goût de vivre, la confiance, la capacité à éprouver des sentiments tendres et aussi de l?intérêt pour les autres. N?accaparez surtout pas la victime. Il faut lui accorder beaucoup d?attention sans se focaliser sur ce qu?elle a subi. Cela pourrait l?étouffer et la faire régresser. « Par exemple, si tous les membres de la famille se concentrent sur le viol subi par la victime, sur ce qu?elle ressent et ce qu?elle a enduré, le conjoint ou l?enfant se sentira mal si la victime est mal », explique Sarah Dieazanacque. Ne pensez pas que la famille à elle seule suffit à aider la victime à sortir de cette impasse. N?hésitez pas à consulter un professionnel si besoin est. D?ailleurs, la Family Unit du ministère a mis en place un service d?écoute où les victimes peuvent bénéficier d?une assistance psychologique. « Des officiers et des psychologues encadrent la victime mais nous aidons aussi les proches qui peuvent également être traumatisés par cet événement. Dans les cas extrêmes, nous allons aussi rendre visite à la famille pour les soutenir », souligne un fonctionnaire du ministère.
45 viols recensés en 2003
Selon les statistiques de la police, 45 cas de viol ont été recensés en 2003. En 2002, il y en avait 37 et en 2001, 41. 103 cas de relations sexuelles avec une jeune fille âgée de moins de 16 ans ont été répertoriés en 2003, 98 en 2002 et 83 en 2001. En ce qui concerne les attentats à la pudeur, la police a enregistré 77 plaintes en 2003, 69 en 2002 et 66 en 2001. De son côté, le ministère des Droits de la femme a recensé trois cas de viols sur mineurs de janvier à septembre 2003. Depuis le début de l?année, 1 cas - celui de l?adolescente de 13 ans, victime d?un viol collectif - a été enregistré
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