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Sur les traces de Vénus avec Amédée Nagapen
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Sur les traces de Vénus avec Amédée Nagapen
Des lecteurs ne sont pas contents. La précédente chronique détaille ce que le vécu du transit de Vénus du 8 juin 2004 doit à Amédée Nagapen mais ne dit mot, ou presque, sur son livre, présenté pourtant comme le déclencheur de tout un processus, débouchant sur un comité national, piloté par le ministre Anil Gayan et par Michael Glover, et dans un enthousiasme populaire tel qu?on peut légitimement parler de démocratisation de l?intérêt astronomique au sein de la population mauricienne, et de sa jeunesse plus particu-lièrement. Ces lecteurs mécontents ont parfaitement raison. Et quitte à donner l?impression de nous répéter, la présente chronique invite ses lecteurs à se mettre sur les traces des astronomes des XVIIIe et XIXe siècles. Notre guide demeurant bien sûr Amédée Nagapen.
Mais un mot préalable sur le guide de notre guide. Nous voulons, bien sûr, parler de son livre magistral, Le Transit de Vénus, racontant si bien la fébrile attente du rendez-vous séculaire entre un astre et son satellite. Il s?agit d?un livre de 250 pages. Le grammage du papier utilisé étant important et soigné, le livre, même broché, possède donc largeur, épaisseur et? auteur. L?en-cre d?imprimerie possède un bleuté qui repose les yeux et invite à la découverte d?un livre se lisant comme un roman. Chaque événement décrit et annonce d?au-tres événements, renvoie le lecteur aux suivants, entretient le suspense.
L?impression et l?édition sont particulièrement soignées. On sait déjà qu?elle est l??uvre des collaborateurs de M. Sylvio Empeigne au sein de la Government Printing. Ils ne siègent plus au n°1 de la Place d?Armes dans les bâtiments de l?ancienne Boulangerie du Roy ni dans les anciens magasins et entrepôts de la Compagnie des Indes. Leur exil à La Tour Koenig leur a toutefois permis de disposer de locaux plus vastes et de la modernisation de leurs équipements au point de rendre jaloux leurs concurrents du secteur privé. La mise en page est spacieuse et bien aérée. Elle rend agréable la lecture. Le papier choisi est plutôt mat et sent bon les livres d?antan. Le toucher de la feuille est un plaisir en soi. Il met en valeur les nombreuses illustrations de l?époque. Les plus belles sont des dessins effectués au trait et réalisés à partir de photographies prises sur le terrain. Certaines d?entre elles ont valeur d?estampes inédites. L?on songe plus particulièrement aux reproductions des installations de Lord Lindsay et de ses compagnons à Belmont, Saint-Antoine S.E., Goodlands. Elles suffisent à instiller en nous le rêve de voir un jour surgir de terre, en cet endroit, un centre national d?astronomie, édifié autant que possible sur les plans (même agrandis) des installations éphémères de 1874.
Belmont, capitale de l?astronomie à Maurice, saura émouvoir autant le million de touristes, que nous ne tarderons pas à recevoir annuellement, que les visiteurs locaux, hésitant entre deux émotions, l?une plus vive que l?autre, l?une due à l?émerveillement d?avoir ainsi accès au monde fabuleux des découvertes galactiques et l?autre répondant à une autre satisfaction d?être témoins d?une telle mise en valeur du patrimoine historique et scientifique mauricien. Il suffit de rêver. Un gouvernement plus intelligent que les autres finira bien par le transformer en réalité et combler ainsi nos v?ux les plus chers. Un rêve que nous devons en grande partie à Amédée Nagapen. Ne l?oublions pas.
Nous avons parlé des illustrations de Belmont. Il faudrait aussi parler de celles de Rodrigues et du Caudan (l?ancien observatoire de Charles Meldrum). Notre ?crainte? aujourd?hui est de voir Ro-drigues dépasser l?île Maurice en matière de transformation du rêve à la réalité. Les échos, qui nous sont parvenus de Rodrigues, concernant les préparatifs et le vécu insulaire du transit de Vénus du 8 juin 2004, sont malheureusement trop diffus et lointains pour nous permettre d?avoir une idée même élémentaire de l?enthousiasme d?une jeune population, ayant pleinement conscience du rôle joué par son île dans l?histoire des découvertes astronomiques de ce rendez-vous séculaire Soleil-Vénus, tenant à ne pas perdre la moindre miette de la présente répétition de cet événement rarissime et se préparant déjà pour 2012.
Les communications passant mieux et plus vite à Rodrigues entre les secteurs public et privé, les chances de faire de Pointe-Vénus la capitale astronomique de Rodrigues sont d?autant plus bonnes que le nouvel occupant du lieu, l?hôtel Pointe-Vénus, du groupe Mauritours, de Patrick Leal, est fermement décidé d?exploiter à fond ce patrimoine historique particulier pour accroître encore la part de rêve à mettre à la disposition de sa clientèle, que nous souhaitons la plus nombreuse qui soit. La mer, la plage, le soleil existent sous toutes les latitudes et longitudes à condition de ne pas trop s?approcher des pôles. Mais pouvoir raconter au retour aux amis et collègues ébahis qu?on a pu observer le ciel austral à la suite même de Gui Pingré, de Le Gentil de la Galaissière, du lieutenant Neate, de Charles Meldrum, de Lord Lindsay, de David Gill et pouvoir raconter en détail les moindres faits et gestes de ces astronomes connus dans les cercles scientifiques du monde entier, voilà qui n?est pas donné à toutes les destinations touristiques. Avoir cette chance et ne pas l?exploiter ne nous fait guère honneur.
<B>Un rassemblement de 15 000 personnes</B>
De même, les responsables du Front de Mer du Caudan pourraient, avec l?aide des sociétés de Météorologie et d?Astronomie, y installer un point permanent d?observation astronomique. Quinze mille personnes, à Belmont, ont patiemment attendu leur tour d?observer, pendant quelques secondes, le grain de beauté que forme la planète Vénus quand elle passe devant le Soleil, voilà qui devrait donner des idées à quelques décideurs. D?autant plus que le Front de Mer du Caudan fait quand même bien moins caro canne que Belmont. Pardon ! carro z?étoiles puisque c?est le savoureux nom donné, depuis des lustres, par des laboureurs de l?endroit, au monticule sur lequel se sont tenus fiévreusement Lord Lindsay, David Gill et compagnons, en cette inoubliable journée du 9 décembre 1874. Et pourquoi pas L?Aventure du Sucre ou encore la State Investment Corporation, n?imaginerait pas l?aménagement d?un parc de loisirs à vocation scientifique et astronomique, à Beau Plan ou à l?arrière de l?hôpital du Nord, autour du thème de la reconstruction à l?identique du Royal Alfred Observatory, rien que pour faire oublier la regrettable erreur de l?inutile démolition de ce bâtiment historique dans les années 1960. Il suffit de rêver. La réalité finit toujours par suivre.
Mais ces rêves nous le devons aux pages du livre d?Amédée Nagapen, pleines d?histoires et d?anecdotes, les unes plus savoureuses et instructives que les autres. Il nous dit, par exemple qui est Alexandre Gui Pingré, un savant tous azimuts dont il est difficile de concevoir l?ampleur de son savoir, de ses connaissances scientifiques et de sa puissance de travail intellectuel. Modeste avec cela. On lui demande d?aller à Rodrigues et il va à Rodrigues, aussi simplement que si demain on nous demandait de prendre place à bord d?une navette spatiale ou d?aller à la recherche des dernières tribus de coupeurs de tête dans les fins fonds de l?Amazonie. La devise de Pingré est : ?Ce que Science veut, Pingré le veut aussi !? Il explique à Amédée Nagapen l?importance, au milieu de l?océan Indien, de Rodrigues et de Maurice dans le champ des observations astronomiques. Rodrigues ferait bien d?installer sur l?un de ses sommets un totem bardé de flèches indiquant le nombre de kilomètres séparant cette île de Perth, Singapour, Bangkok, Pékin, Tokyo, Kalkata, Bombay, Aden, Paris, Londres, New York, Mexico, La Havane, Maurice, Réunion, Madagascar, Mozambique, du Cap de Bonne-Espérance, de la Terre de Feu, et enfin des îles Crozet et Kerguelen. Cyril Nicolin n?est plus pour indiquer aux Rodriguais la bonne direction mais ses neveux se feront un plaisir de leur rendre le même service.
Alexandre-Gui Pingré est aussi le deuxième intellectuel à décrire Rodrigues des origines, sa faune et sa flore indigènes. Il raconte aussi à Amédée Nagapen, qui nous en fait part fidèlement, les jours d?angoisse d?une mini-occupation anglaise mais ô combien arbitraire, tyrannique et peu respectueuse des conventions scientifiques de l?époque. On savait donc déjà que le transit britannique, sinon aux Mascareignes, mais du moins à Maurice et dans ses dépendances, se prolongerait sur une durée d?au moins un siècle et demi. Ce qui s?est passé ailleurs, notamment aux Antilles le confirme. La part du lion à John Bull et quelques miettes et autres confettis à la France de l?Ancien Régime, de la Révolution, du Consulat, de l?Empire napoléonien, de la Restauration, et de la République laïque et même gaullienne.
Mais nous ne sommes pas encore là car Amédée Nagapen s?embarque à présent, ô combien imprudemment, en compagnie de Guillaume Joseph Hyacinthe Jean Baptiste Le Gentil de la Galaissière. Il est gentil mais plutôt brouillon. Il a, en tout cas, de la suite dans les idées. Ce n?est pas pour rien qu?il est né à Constances, France, le 12 septembre 1722, selon Amédée Nagapen (à Coutances, Normandie selon le Dictionnaire de Biographie Mauricienne). Il débarque à Port-Louis des mois avant Pingré. Apprenant son arrivée imminente, on lui conseille d?aller observer Vénus à Pondichéry. Les alizés éloignent son navire de la Grande Péninsule. Il est encore en pleine mer à la date du 6 juin 1761 et essaye tant bien que mal d?observer le transit de Vénus. L?observation est malaisée et ses résultats médiocres. Echec sur toute la ligne. Il décide de demeurer dans l?hémisphère Sud pour attendre le prochain transit du 4 juin 1769. Glissons sur ses différentes pérégrinations et parvenons tout de suite et enfin à Pondichéry, en ce 3 juin 1769. Tout est prêt pour l?observation du retour de Vénus devant l?astre solaire. Survient un gros nuage qui rend inutile une attente astronomique, vieille de neuf ans.
<B>Moins d?anecdotes</B>
Le lecteur a aussi amplement le temps d?accompagner l?auteur sur les traces des équipes d?astronomes-observateurs de 1874 tant à Belmont, au Caudan, à Pamplemousses, à Solitude, Plaine-Magnien qu?à Rodrigues. Ce qu?on gagne, au XIXe siècle, en précisions scientifiques par rapport aux incertitudes subies par Pingré et Le Gentil, on le perd quelque peu en anecdotes savoureuses. Il suffit de savoir que même la photographie est là pour fixer sur la pellicule les différents aspects du Transit de Vénus du 9 décembre 1874. Plus glacé que ça, tu meurs? Mais la photographie nous montre une île Maurice qui n?est plus mais qu?Amédée Nagapen fait revivre avec habileté et bonheur pour notre plus grande plaisir.
Ce n?est pas là le moindre des qualités du Transit de Vénus que de nous faire découvrir de grandes avancées scientifiques et astronomiques ayant eu Maurice et Rodrigues comme théâtre et nous permettant parallèlement de nous retremper dans des temps et des périodes autrement plus durs et plus incertains que les nôtres. Ils font partie de notre héritage collectif, de notre patrimoine national et nous devons le sauvegarder et l?exploiter de façon optimale pour le mettre à la disposition de tous, visiteurs étrangers ou fils du sol. Mais pour cela, il faut le connaître à fond. Et où s?instruire auprès des meilleures sources, sinon en prenant connaissance du Transit de Vénus d?Amédée Nagapen. Il nous aidera, mieux que tout autre document, à nous hausser au niveau de cet événement séculaire.
<B> ?Les échos qui nous sont parvenus de Rodrigues, sur les préparatifs et le vécu du transit de Vénus, sont trop diffus et lointains pour nous permettre d?avoir une idée de l?enthousiasme d?une jeune population, ayant conscience du rôle joué par son île dans l?histoire des découvertes astronomiques.? </B>
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