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Sur les traces de mes ancêtres

20 août 2006, 00:00

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Depuis mon plus jeune âge, je voulais connaître mes origines, mes racines et certains secrets familiaux. Je voulais surtout savoir pourquoi mes ancêtres avaient quitté la Grande péninsule pour venir ici à l?île Maurice.

Tout d?abord, il m?a fallu faire des recherches dans mon arbre généalogique. Pour cela, je devais retrouver le numéro d?identité qui identifiait les coolies qui arrivaient à Maurice. Une vieille malle, que mon arrière-grand-père conservait soigneusement, me fut très utile pour mes recherches. Elle contenait des photos et de vieux documents. Une fois les noms trouvés, je suis allé à l?état civil, puis dans le registre du cimetière.

Mes efforts ont été fructueux ; j?avais en ma possession les extraits de naissance, les actes de décès et de mariage de mes aïeux. L?étape suivante fut les archives nationales, la bibliothèque municipale et l?institut Mahatma Gandhi. J?avais accumulé ainsi un certain nombre de documents et des informations inédites sur eux.

Mon c?ur palpita lorsque j?eus un document qui m?apprit que mon arrière-grand-père s?appelait Choto et venait de l?état du Bihar appelé aujourd?hui Jharkand ; il habitait le village de Bundu, dans le district de Ranchi. À 18 ans, le 6 février 1855, il a pris le bateau Prince Albert. Il portait le numéro 148780. À son arrivée, il a travaillé dans l?établissement sucrier de Montocchio.

Il appartenait à la caste ghasi, c?est-à-dire les coupeurs d?herbe, et son père s?appelait Baunsint. Mon arrière-grand-mère se nommait Luckhee Devi et a voyagé sur le Futta Salam. Elle a d?abord habité Bel Air Sans Souci Estate, Trois-îlots, avant d?être transférée à l?établissement sucrier de St-Félix. Toutes ces découvertes représentaient un trésor pour moi.

Je suis aussi tombé sur une lettre datée du 10 septembre 1834, et émanant du chef magistrat, D. M Farlan, adressé à G. F Dick, chef secrétaire du gouvernement de Maurice, où il était écrit : « 36 coolies for a period of 5 years to work in the sugar cane plantation in the colony of Mauritius, the pay of the natives shall be Rs 5 per month 2 lbs of rice, 2 lb of dholl, 2 oz of salt, and some tamarino per day, 8 yards of kaliko for 4 dhoties ?langoustis?one sheet, 2 blankets, one jacket and 2 caps each year. »

Chaque découverte était exaltante

Chaque découverte était exaltante et passionnante. Le rôle de mes ancêtres était important dans l?immigration indienne à l?île Maurice et ils ont laissé leurs empreintes. Aujourd?hui, je fais partie de la troisième génération. Je suis fier de leur contribution à la construction de notre île.

Mon père disait : « Quand on boit l?eau d?une rivière, il ne faut pas oublier sa source. » S?il est bien de savoir où l?on va, il faut savoir d?où l?on vient. C?est primordial pour mieux cerner et comprendre le présent pour s?orienter vers le futur qui nous est inconnu. « Pa kapav nek manz dal puri tel ou tel manyer, san ki ou koner fifer ou pe fer li ».

Je crois fermement que lorsque l?arbre oublie ses racines, le tronc commence à pourrir. Pour approfondir mes recherches, je suis allé à l?ambassade de l?Inde à Maurice. J?y ai déposé les documents prouvant mes ascendances indiennes. J?ai obtenu ma carte de P.I.O (Persons of Indian Origin). Cette carte vous donne le droit d?entrer en Inde, sans visa, et vous garantit le même statut qu?un résident indien, mis à part l?achat de terres agricoles et le droit de faire de la politique active.

Dans un deuxième temps, je me suis rendu sur place, d?abord à New Delhi, puis à Ranchi. J?ai quitté Maurice le 5 mai 2006. Cela m?a fait chaud au c?ur d?entendre parler le bhojpuri sur le quai de la gare. Cette langue ne m?était pas étrangère car je la parle aussi. Les gens me comprenaient et je me sentais proche d?eux.

Mon c?ur palpitait de joie

Mais la réalité a vite repris ses droits : il n?y avait pas de transport public disponible pour accéder au village natal de mes ancêtres. Je ne pouvais en aucun cas renoncer après avoir fait tout ce chemin. J?ai alors demandé de l?aide au poste de police. Un agent m?a expliqué qu?il n?y avait qu?un unique camion, transportant du charbon, qui allait à Jamshedpur en traversant Bundu. Ce moyen de transport pour le moins original m?a permis de me rendre à Bundu.

Et quelle ne fut pas ma surprise de constater qu?il n?y avait pas d?hôtel, d?hôpital, ou d?école. Fort heureusement, j?ai rencontré le Deputy Superintendant of Police, M. Sing, responsable du poste de police de Bundu. Ce dernier m?a offert son hospitalité et m?a proposé de passer mes nuits au poste tant que je serai dans le village. Puis il m?a transporté à moto dans le quartier Phoolwar Toli à Bundu.

C?était le lieu même où mon arrière-grand-père habitait. Dès que je suis arrivé là, j?ai ressenti quelque chose de très fort en moi. Mon c?ur palpitait de joie, et une voix me disait « Swagatam », ce qui signifie « bienvenue ». Personne à Bundu n?était au courant de mon arrivée. C?était comme un pèlerinage en terre sainte.

L?astronaute américain Amstrong avait dit : « Un petit pas pour l?homme, un bond de géant pour l?humanité ». Moi, je venais de découvrir mon univers. Je ne pouvais plus retenir mes larmes. Mais la joie fut de courte durée quand j?ai vu des gens qui, en l?an 2006, vivaient sans eau et sans électricité. De même, j?étais éc?uré de voir des petits qui ne pouvaient pas profiter de leur enfance. Ne pouvant pas recevoir d?éducation, faute d?école, leur avenir est compromis. Le pire, c?est que certains de ces petits naissent et meurent dans la rue.

Un appel à la générosité des Mauriciens

C?est ainsi que, pendant mon bref séjour à Bundu, j?ai voulu faire quelque chose pour eux. J?ai mis en place la Kitchri School. Pourquoi ce nom ? Parce que le kitchri est un potage à base de riz et de dholl. Et tous les jours, ce plat est servi aux enfants qui viennent à l?école. J?ai été très ému lorsque j?en ai vu un qui transportait sa part de kitchri dans un bout de tissu pour son frère handicapé. Je me suis dit qu?il fallait continuer.

J?ai dû d?abord trouver des ardoises et des crayons, puis j?ai organisé un mini-spectacle pour les enfants. Dans la foulée, un réseau international m?a apporté son aide et un dispensaire mobile a été mis à leur disposition pour les soins. J?en profite pour faire appel à la générosité des Mauriciens pour aider ces villageois en donnant des chaussures, des jouets, vêtements, etc.

Marcher sur la terre de mes ancêtres était un rêve de jeunesse. Mais peut-être ai-je eu de la chance que mon arrière-grand-père soit venu s?installer à Maurice. Sinon, j?aurais pu faire partie de ces démunis ou être en train de pousser un rickshaw en Inde. Le dernier jour de mon pèlerinage, les habitants de Bundu ont fait une cérémonie d?adieu pour moi. Et c?est avec un pincement au c?ur que je suis retourné à Maurice, la tête remplie de souvenirs.

Gooroduth CHUTTOO

(Goorooduth Chuttoo souhaite aider bénévolement tous ceux qui veulent retracer leurs ancêtres en Inde. Vous pouvez le contacter au 522.09.99.)

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