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Sudhir Hazareesingh, Napoléon, De Gaulle et nos mythologies
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Sudhir Hazareesingh, Napoléon, De Gaulle et nos mythologies
Sudhir Hazareesingh, fils du Dr Kissoonsingh Hazareesingh, d?illustre mémoire, présentement professeur émérite de l?université d?Oxford, a donné trois conférences publiques, cette semaine, à l?invitation des services culturels de l?ambassade de France et de l?université de Maurice. Mardi, il a entretenu brillamment, les invités de l?ambassadeur de France et de Mme Nive Renaux en leur Résidence à Floréal, des « grands hommes (dont Napoléon et De Gaulle) qui font l?histoire ». Le lendemain, il a approfondi encore ce thème, au Centre culturel Charles Baudelaire, en exposant, au public présent, ses vues sur « l?Histoire et la mythologie politique, à propos de deux icônes politiques françaises ». Il s?agit toujours de Napoléon et de De Gaulle que tant de convergences et de divergences confondent et opposent à la fois.
Jeudi, à l?université de Maurice, le Dr Sudhir Hazareesingh devait parler de « l?Histoire politique face à l?histoire culturelle : enjeux, synergies et ruptures ».
Il convient tout d?abord de nous féliciter et de nous réjouir de savoir que de jeunes Mauriciens font partie de certaines intelligentsias mondiales et deviennent des références pour des chercheurs du monde entier. Sudhir Hazareesingh s?impose de plus en plus parmi ceux et celles qui consacrent le meilleur de leurs recherches à Napoléon, mais aussi à Charles de Gaulle.
Dans la même veine, nous pouvons et devons situer le Vacoassien Yoshi Gopaul, professeur à l?université de Nice, et un des nouveaux spécialistes mondiaux de l?histoire de la Perse et de ses grands hommes, les Cyrus, Darius, Xerxès, Artaxerxès, en attendant la conquête de la puissance des Achéménides par Alexandre le Grand.
« Tel père tel fils »Sudhir Hazareesingh a salué, en la personne de son père, la confluence triangulaire de l?île Maurice, de la France et de la Grande-Bretagne. Il s?agit plutôt d?une convergence rectangulaire car on ne saurait oublier ici l?Inde millénaire, suffisamment enracinée dans ses multiples civilisations pour s?émerveiller du meilleur de l?Occident sans rien perdre de ses attaches orientales et ancestrales. Qu?il sache seulement qu?il perdure à merveille cette heureuse et harmonieuse fusion.
Jamais le dicton « tel père, tels fils » ne s?applique avec autant d?exactitude que dans le cas de Kissoonsingh et de Sudhir et nous savons celui-là heureux de la gloire nouvelle rejaillissant sur celui-ci. Nous ne pouvons souhaiter qu?il demeure, comme son père, un homme-clé, un homme-pont facilitant, ici comme ailleurs, le passage d?une civilisation à une autre, la convergence de deux mondes, possédant chacun des valeurs et des trésors pouvant enrichir incommensurablement l?autre.
Sudhir Hazareesingh vient nous rappeler à bon escient que nous devons rester ouverts sur le monde qui nous entoure, avec ses merveilles et surtout son riche patrimoine historique.
Il y a pourtant un risque indéniable de dispersion de nos maigres ressources humaines qui doivent se concentrer sur la connaissance de Maurice et de son patrimoine, entre autres, historique. Comme disait un charpentier de Nazareth, il n?est pas toujours facile de servir deux maîtres à la fois. Il y a aussi la mauricianisation du débat puissamment éclairé, cette semaine, par l?éminent conférencier qui nous revient d?Oxford, y compris ces épopées napoléoniennes et gaulliennes qui lui sont si chères. Il existe un pendant connu mauricien de la mythologie napoléonienne et qu?illustre à merveille l?interminable poème à la gloire de l?empereur d?Hubert Lorquet (+1842) et tous les souvenirs attribuables à Mgr Antoine (comme Colonna) Bonavita.
Il serait bon que Hazareesingh profite d?un de ses prochains séjours pour regrouper les admirateurs locaux des deux icônes que sont à jamais Napoléon et De Gaulle. La démarche peut paraître passéiste à certains. Elle éclaire pourtant d?une lumière nouvelle un des fondements de la société mauricienne dans laquelle nous vivons. Celle-ci est la confluence de multiples réalités souvent inconscientes qui règlent pourtant nos modes de pensée et nos comportements. Nous sommes les produits de multiples mythologies qu?elles aient comme point de mire un Labourdonnais, un Pierre Poivre, un Tromelin, un Malartic, un Surcouf, un Decaen, un Farquhar, un Ratsitatane, un Adrien d?Epinay, un Louis Léchelle, un Maurice Curé, un Emmanuel Anquetil, un Seewoosagur Ramgoolam, un Gaëtan Duval, un Hossen Aumeer, un Razack Mohamed, un Affan Tang Wen? pour ne s?en tenir qu?aux disparus.
Fanatisme aveugle
Sudhir Hazareesingh sait parfaitement nous inviter à séparer la vérité historique de la vérité mythologique, tout en nous faisant comprendre que ce que celle-ci a de plus inexact, par rapport à celle-là, possède cependant une consistance historique indéniable, propre à elle et n?ayant plus rien à voir avec le modèle désormais transcendé.
Ainsi les adorateurs de Napoléon ou de De Gaulle estompent bien volontiers les inévitables zones d?ombre les concernant et que leurs détracteurs conspuent comme autant de défauts inacceptables, pour mieux mettre en exergue les qualités qu?ils lui reconnaissent et même les inventent.
L?exercice, pourtant fréquent et même inconscient, n?est pas sans danger car grands sont les risques de fourvoiement. Hazareesingh nous invite par conséquent et à bon escient à une adulation, restant en permanence sous le contrôle de notre intelligence et de notre maîtrise. Nous échappons ainsi au fanatisme aveugle pouvant nous conduire aux pires folies. Nous demeurons sur la bonne voie quand nous pouvons supporter avec patience et intelligence les arguments des détracteurs de nos idoles, en essayant de tirer le meilleur parti de leurs remarques même désobligeantes pour approfondir davantage la fascination que nos idoles humaines exercent sur nous, en cherchant à comprendre comment en dépit de leurs défauts réels, leur grandeur peut continuer à exercer sur nous leur fascination bénéfique.
Si la fascination, qu?exercent durablement les épopées napoléoniennes et gaulliennes, peut paraître impertinente par rapport aux multiples problèmes que rencontre aujourd?hui notre société mauricienne, il n?en va pas de même pour la mythologie néonaziste en train de se créer devant nos yeux horrifiés et éberlués. Inquiétants sont les jeunes Mauriciens à vouloir adhérer à la vénération d?un aussi sinistre individu qu?Adolf Hitler.
Tout est factice et irréel dans leur démarche. Ils ne sont pas des membres des Jeunesses hitlériennes comme l?ont été les plus jeunes soldats de la Grande Armée, ni maquisards, ni Résistants, ni encore moins Compagnons de la Libération. Ces néonazis, ces crânes rasés, glorifient Hitler davantage par réaction contre la société mondiale actuelle qui tient pour tabou ce monstre.
Le danger est pourtant réel, car il conduit inéluctablement au fanatisme, au racisme dans ses formes les plus hideuses et les plus inacceptables, ou pire encore au terrorisme le plus aveugle, prônant finalement la violence pour la violence.
Les conférences de Sudhir Hazareesingh nous rappellent enfin que nous sommes en train de créer de toutes pièces à Maurice deux nouvelles mythologies en faveur (i) des esclaves et de leurs descendants et (ii) des travailleurs engagés et de leurs descendants. Comme pour les épopées napoléonienne et gaullienne, le meilleur côtoie le pire et les avantages les inconvénients.
Il y a avantage et enrichissement mutuel quand les tenants de ces épopées cherchent honnêtement à approfondir leurs recherches et à les étendre pour le profit de tous, y compris de ceux qui ne sont pas parties prenantes. Il y a des risques quand ces recherches se font dans un but de confrontation et de division, dans le but de déplaire pour le plaisir de mettre mal à l?aise d?autres personnes, injustement et inutilement blessées dans leurs convictions profondes.
Une plus grande compréhension mutuelleNapoléon et De Gaulle ne sont pas les seuls à peupler l?imaginaire français des XIXe et XXe siècles. Ils ont leurs adorateurs et leurs détracteurs sans compter les multitudes qui suivent de loin le débat jusqu?à ce qu?il y ait une brèche dans leur indifférence, dans un sens ou dans l?autre. De même, l?histoire de Maurice ne saurait être peuplée des seuls esclaves, coolies et de leurs descendants.
Dans un cas comme dans l?autre, seul un sentiment de rassemblement et de partage, dans le respect de l?autre, peut nous aider à progresser collectivement et socialement dans une plus grande compréhension mutuelle. Et c?est peut-être là le meilleur de l?enseignement de Sudhir Hazareesingh que nous ne saurons jamais assez remercier pour sa visite et pour ses conférences, dont nous attendons les transcriptions avec grande impatience.
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