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Sucre : le nouvel or vert

10 décembre 2005, 20:00

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Le coup de massue infligé par la Commission européenne au sucre mauricien a provoqué une frénésie de cogitation sur l?après-sucre. La sucrochimie est le dernier concept en vogue depuis cette semaine. Préconisé par la Chambre d?agriculture dans le cadre de la préparation du plan stratégique pour le sucre il y a quelques années, le concept a été ramené au-devant de la scène cette semaine, par le professeur Matthias Rehann de l?université de technologie de Darmstadt, en Allemagne, qui en a fait le sujet d?une conférence.

La chimie verte, par opposition à la pétrochimie, se réfère à la conception, au développement et à l?élaboration de produits et de procédés visant à réduire ou à éliminer l?usage et la génération de substances nocives pour la santé et l?environnement. Elle revêt une importance particulière en ces temps d?amplification du phénomène d?effet de serre et de ses conséquences sur le climat, et d?inflation du prix du pétrole. Du reste, passer au vert devient un nouvel enjeu de concurrence industrielle internationale.

La canne à sucre tout comme le colza, la betterave ou le tournesol, se prête bien à cette science qui prend de l?essor en Europe et aux États-Unis. D?où l?intérêt pour Maurice.

Les cultures végétales sont traditionnellement utilisées dans les industries du bois, du papier et du textile. Il s?agit à présent de sortir des sentiers battus pour fabriquer des produits de revêtement, d?hygiène et d?entretien, un domaine qui repose lourdement sur la pétrochimie. La chimie verte met sur le marché des lubrifiants, fluidifiants, tensioactifs ? présents dans les produits d?hygiène, cosmétiques, pharmaceutiques et dans les détergents ? et des solvants qui sont efficaces tout en n?étant pas nocifs à la santé humaine et environnementale.

Le potentiel commercial pour ces produits est qualifié d?énorme. En France, le marché pour les seuls lubrifiants pèse 900 000 tonnes. Plus de cinq millions de tonnes en Europe. Les solvants sont de loin les plus dangereux pour la couche d?ozone et c?est là où la sucrochimie a son plus fort potentiel.

Les plantes ont déjà une forte pénétration dans le domaine cosmétique et pharmaceutique (25 % en Europe).

Les agro-matériaux représentent une autre gamme de produits à base végétale à forte valeur ajoutée. Ce sont généralement des matériaux biodégradables comme le plastique, combinant fibres naturelles et un faible pourcentage de matières synthétiques et pouvant, par exemple, servir à la fabrication de meubles à base de papier mâchés, comme au 19e siècle.

Le bio-plastique est de loin le produit qui a le plus fort potentiel. Il est léger et dégradable avec une résistance statique et acoustique optimale, hydrofuge et plus résiliente. L?industrie automobile en raffole, paraît-il. BMW, par exemple, travaille sur un projet qui consiste à réaliser des pièces d?intérieures et d?extérieures de voitures à base de matières premières renouvelables.

Construire une véritable industrie végétale

En Autriche, on parle de cadres, de profils de mur et de plafonds en Fasalfex, un granulé complètement biodégradable. Des clarinettistes y jouent sur des instruments en sciure de bois, résine naturelle et maïs. Leurs collègues pourront bientôt jouer des congas, guitares acoustiques, djembes et batteries, composés d?un matériau composite à base de cellulose de chanvre, de lin et de déchets de papiers. Ailleurs, l?industrie des jouets a déjà expérimenté les agri-matériaux.

La troisième branche d?exploitation végétale est aussi la plus connue. Il s?agit de la production de biocarburants et de bio-combustibles pour la fabrication d?énergie. Ceux-ci sont moins chers, moins nocifs à l?environnement et renouvelables.

La canne a tout le potentiel d?être l?or vert de Maurice comme elle l?a été pour le Brésil qui a misé sur l?éthanol comme substitut à l?essence et au diesel. Maurice pourrait en faire autant et cesser de subir les revers de l?inflation du prix du pétrole. Elle pourrait même envisager d?exporter dans la région. Exporter sur le marché mondial reviendrait à retourner à la case départ et à devoir subir la suprématie brésilienne dans le domaine.

Le développement des bio-produits implique un investissement conséquent dans la recherche et la technologie. Maurice pourrait s?en passer et entrer sur la scène au niveau de la fabrication industrielle. Mais il lui faudra encore réorganiser le secteur agricole en des filières agro-industrielles. Il s?agira de construire une véritable industrie végétale qui évoluerait progressivement vers un système de bio-raffineries.

Mais Maurice est encore très loin de ce scénario. Pourtant, les stratèges n?ont pas tort de préconiser l?exploitation de créneaux à forte valeur ajoutée pour garder la tête hors de l?eau, compte tenu de la baisse du prix du sucre. Malgré tous les efforts de restructuration et d?abaissement des coûts de production, il lui sera quasiment impossible de rivaliser avec l?Inde, le Soudan, la Thaïlande, l?Australie ou l?Afrique du Sud. Encore moins avec le Brésil.

Toutefois, les producteurs sucriers ne sont pas pressés d?enterrer le sucre. Leur priorité du moment c?est de réussir la restructuration de fonds qui leur permettrait de produire à moins cher.

À ce titre, ils se préoccupent surtout de savoir ce qu?ils percevront comme aide de la part de l?Union européenne.

La méthode qu?emploiera le gouvernement pour la répartition de l?enveloppe compensatoire entre petits et grands producteurs de sucre retient également l?attention.

Il faut savoir aussi que Maurice ne peut pas virer du sucre aux bio-produits du jour au lendemain. Elle s?est engagée à fournir les raffineries de Tate and Lyle jusqu?en 2009. À moins de rompre ce contrat et d?en subir les conséquences, il ne sera pas possible de produire de l?alcool ni du sucre raffiné sur place pour être commercialisé sous un label mauricien comme le veut FUEL.

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