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Sucre : le Msiri appelé à assurer l?avenir de l?Industrie

2 octobre 2003, 20:00

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Ce qu?il y a de certain dans l?avenir de l?industrie sucrière, c?est que la compétition sera atroce. Comment assurer la survie de ce secteur contraint à évoluer avec de lourds handicaps ? Le Mauritius Sugar Industry Research Institute (Msiri), aujourd?hui cinquantenaire, est parmi ceux qui devront trouver des réponses à cette question.

C?est donc dans une ambiance dominée par la perspective d?un avenir plutôt fade qu?ont démarré, hier à Réduit, les célébrations du jubilé d?or du Msiri. L?institution a reçu les félicitations du Premier ministre, Paul Bérenger et de Pravind Jugnauth, vice-Premier ministre et ministre des Finances et de l?Agriculture, pour le travail accompli jusque-là. Mais ces derniers lui ont aussi rappelé les défis qui l?attendent.

?La globalisation prendra de la vitesse?

L?institut, il faut le reconnaître, en est pleinement conscient. Il a consacré l?essentiel des célébrations, un symposium international, à trouver des réponses pour l?avenir. Le thème choisi : Forger à travers la recherche et le développement, une industrie sucrière productive et durable pour le 21e siècle.

Les travaux, qui ont démarré hier à l?auditorium Octave-Wiéhé, dureront trois jours. Deux autres manifestations sont au programme : une journée portes ouvertes pour la communauté scientifique et une fête de la famille pour le personnel.

Pravind Jugnauth, qui est aussi le porte-parole des pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique pour le sucre, a rappelé les difficultés auxquelles est confrontée l?industrie sucrière. Celles-ci se résument en deux mots : globalisation économique.

?Il est évident que la globalisation continuera à prendre de la vitesse en dépit de tous nos efforts en faveur du maintien des préférences qui sont pourtant vigoureux et structurés?, a dit Pravind Jugnauth.

L?Union européenne (UE) et l?Organisation mondiale du commerce (OMC) reconnaissent l?importance des préférences pour des Etats dépourvus en ressources. Cela ne les empêche pas d?éroder ces mêmes préférences, a constaté le ministre.

Il faisait allusion aux options arrêtées par la Commission européenne pour la réforme du régime sucrier. Celle qui a la préférence du bloc ACP, soit le retour au système des quotas, n?y figure pas. Or, le Protocole sucre, sous lequel les ACP écoulent leur sucre sur le marché européen, a des liens ombilicaux avec le régime sucrier de ce continent.

Loi sur la modification génétique

En revanche, les choix arrêtés par la Commission épargnent le secteur agroalimentaire, dominé par des multinationaux. Pravind Jugnauth a affirmé que les alliés européens des ACPs continueront à être activement sollicités pour empêcher aux multinationales de leur enlever leurs parts de marchés. Mais parallèlement, des efforts devront être faits localement pour faire face à plus de compétition.

?Nous sommes conscients de l?importance de la recherche pour la viabilité à long terme de l?industrie?, a soutenu Pravind Jugnauth. ?Sans le Msiri, l?industrie sucrière ne serait pas ce qu?elle est aujourd?hui. Et sans le soutien de l?institut, elle ne pourra relever le défi de l?avenir?, a renchéri Paul Bérenger. Tous deux ont affirmé que l?Etat encouragera toutes les initiatives dans ce domaine.

Le signal a déjà été donné dans le plan stratégique sur le sucre, introduit il y a deux ans. Un projet de loi sur la modification génétique sera introduit sous peu pour faciliter l?utilisation de la technologie de pointe, à savoir la biotechnologie. Ceci devrait permettre des avancées plus rapides dans le domaine de la recherche.

Il est attendu que le Msiri propose des moyens pour rendre la production du sucre la moins coûteuse possible. Cela par le biais de variétés encore plus performantes, une utilisation optimale des ressources en terre, une rationalisation des pratiques culturales et une efficience rehaussée à l?usinage.

L?autre domaine où on attend beaucoup de l?institut n?est autre que l?exploitation des produits dérivés. La gamme déjà exploitée est composée essentiellement de sucres spéciaux, d?électricité, de mélasse et de rhum. Mais d?autres possibilités attendent d?être explorées sur le sol mauricien. La production de l?alcool pur en est une. La manufacture de l?éthanol aussi. Le rhum agricole a un plus valu comparé à celui qui est actuellement fabriqué.

Ces produits dérivés peuvent être vendus sur des marchés de niche ou Maurice peut avoir un avantage comparatif. Du reste, ils sont plus rémunérateurs ayant un plus-value appréciable.

HISTORIQUE

La recherche à travers le temps

Le sucre fut produit pour la première fois en Inde, dans l?Etat de Bihar, 700 ans avant Jésus Christ. La canne était alors arrivée de la Nouvelle Guinée, son pays d?origine, en Asie, depuis 300 ans déjà.

C?est toutefois de Java que la canne à sucre atteint les côtes mauriciennes un 8 novembre 1639. Les Hollandais qui habitent l?île alors l?utilisent pour fabriquer de l?arak. Ils emploient un procédé de fermentation du jus qui, selon le Jean-Claude Autrey, directeur du Msiri, relève de la biotechnologie. Ce n?est qu?en 1696 que le sucre est introduit à Maurice par Jan Bockelberg, un chirurgien de la colonie.

Au départ des Hollandais, il y a très peu de canne sur l?île. Le climat et les ravageurs ont eu raison des cultures. Cependant, de Maurice, la canne avait atteint les côtes africaine et brésilienne.

Au début de l?occupation française, les épices, le coton, l?indigo et le café font oublier le sucre. Ce n?est qu?en 1745 que Mahé de Labourdonnais réintroduit la canne et fait construire la première sucrerie.

En gestionnaires avisés, les sucriers mauriciens s?organisent dès 1893 pour investir dans la recherche. Ils créent la Station agronomique bien avant les géants sucriers d?aujourd?hui. Ils en confient la gestion à Philippe Bonâme, agronome français. Celui-ci dispense aussi une formation en agronomie, jetant ainsi la base du Collège d?agriculture, qui sera le noyau de la création de l?université de Maurice.

La recherche transite pendant 40 ans, de 1913 à 1953, au département de l?Agriculture avant d?être de nouveau prise en charge par les producteurs avec la création du Mauritius Sugar Industry Research Institute.

L?institut a rendu hommage hier à ces hommes et femmes qui, depuis Octave Wiéhé, son premier directeur, ont fait et font encore sa réputation. Des médailles ont été remises à une bonne quinzaine d?entre eux, dont, à titre posthume, à Octave Wiéhé et à Zeel Peerun, ancien député.

Agronomie

Maurice a du retard dans la technologie sucrière

Il y a encore du chemin à parcourir en matière d?avancées technologiques dans le domaine agricole. Tel est le constat dressé par Jean-Claude Autrey, directeur du Mauritius Sugar Industry Research Institute (Msiri), lors d?un symposium sur la recherche et le développement dans le secteur sucre. ?Malgré la croissance spectaculaire en productivité enregistrée ces 50 dernières années, nous sommes toujours à l?aube du progrès technologique.?

La biotechnologie a été l?un des thèmes forts de l?intervention du Dr Autrey. Les applications agricoles de la biotechnologie moléculaire et de l?ingénierie génétique ne sont plus une possibilité théorique : ?Les avancées de la biologie moléculaire ont ouvert de nouvelles perspectives dans l?amélioration de la productivité de la canne à sucre. La biotechnologie aura un impact conséquent sur l?agronomie de la canne.?

Le Dr Autrey a aussi élaboré sur les utilisations des technologies de l?information et des communications dans l?agriculture. La Precision Agriculture, dit-il est une technique utilisée dans la gestion des terres sous culture dans le contexte de la variabilité du sol. Les technologies du Global Positioning System (GPS) et de yield mapping en sont les principaux outils.

On collecte au préalable les données pour dresser une carte (yield maps) qui démontreront les variabilités du sol. Celles-ci servent de base à la segmentation des terres agricoles. ?Une fois établies les causes de la variation des rendements, on détermine les traitements appropriés et l?implication économique de ces traitements?, explique le directeur du MSIRI.

Des meilleures techniques d?irrigation engendrent une hausse de productivité : avec des équipements plus performants, 75 % de l?eau atteignent les racines de la canne contre 40 % avec le ?wild flooding?. L?application des fertilisants et des pesticides n?est pas toujours pratiquée de manière efficiente, les substances se dégradant trop rapidement dans le sol. Pour contrer ce problème, une technique a été développée pour prolonger la dissolution de ces matières. Ces produits ne sont toutefois pas encore accessibles à la communauté des planteurs.

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