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Succès xénophobe

25 octobre 2007, 00:00

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Les sondages l?avaient laissé entendre, et pourtant le choc est rude : les électeurs suisses ont placé en tête des élections législatives du 21 octobre l?Union démocratique du centre (UDC), dont l?homme fort, Christoph Blocher, ne cache pas ses idées xénophobes. Avec 29 % des voix, l?UDC gagne près de trois points, conforte sa place de premier parti de Suisse, loin devant les socialistes, et étend son influence au-delà des cantons alémaniques pour s?implanter chez les Romands.

Depuis que Blocher en a pris la direction, ce parti n?a plus de centriste que le nom. Le fils de pasteur qui a réussi dans l?industrie a fait de la dénonciation des étrangers et de la menace qu?ils sont supposés représenter pour l?identité et la tranquillité suisses son fonds de commerce. Avec succès. Le pays qui a vu naître Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge, et qui abrite nombre d?organisations internationales a cessé depuis longtemps, il est vrai, d?être un havre pour les réfugiés du monde entier.

Depuis plusieurs années, les lois contre les demandeurs d?asile ont été durcies. Une grande partie de l?opinion helvétique trouve de toute évidence que les contrôles restent insuffisants, encouragée dans son hostilité aux étrangers par une dégradation de la situation économique. Jadis îlot de stabilité, la Suisse a connu la dépression, l?inflation et le chômage, à l?instar de nombreux pays du Vieux Continent. Toujours dans la veine xénophobe que son parti a exploitée, Blocher est un farouche adversaire de l?Europe, celle de Bruxelles et des ?bureaucrates?. Les Suisses ont refusé plusieurs fois de la rejoindre, même s?ils sont bien obligés de composer avec elle, ne serait-ce que pour des raisons géographiques.

La victoire de l?UDC ne semble pas devoir remettre en cause la ?formule magique? selon laquelle la Confédération helvétique est gouvernée depuis les années 1950. Quatre partis se distribuent les sept postes de conseillers fédéraux (ministres), et l?un d?eux est désigné, à tour de rôle, président de la Confédération pour un an. Ce sera le tour de Blocher en 2009. On voit mal comment pourrait être évitée cette nomination qui ne fera pas honneur à la Suisse et qui risque de lui causer des déboires sur la scène internationale. Le parti ?libéral? de Jörg Haider n?avait pas atteint le score de l?UDC, et l?Autriche s?était pourtant retrouvée, pour un temps, au ban de l?Union européenne

Le caractère feutré de sa vie politique et son goût de la modération assuraient à la Suisse une place à part. Elle va rester une exception, mais pour des raisons opposées. ?Y en a point comme nous? : cette fière revendication des Romands est en passe de se vérifier pour toute la Confédération. Mais ce qui était une prétention à l?excellence n?est plus, cette fois, à son avantage.

© Le Monde 2007

Distribué par The New York Times Syndicate (Editorial paru le 24 octobre)

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