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Subash Gobin raconte la fondation du MMM

15 septembre 2004, 20:00

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Septembre 1969. Une poignée d?étudiants ?militants? qu?un Club réunit. Certains d?entre eux sont en fait des enseignants. Comprenne qui pourra. Premier macadam ? pas encore coaltar ? certains ne font pas la différence entre ?militants? et ? ?militaires?. Paul Bérenger a terminé ses études en Europe. Dans sa tête résonnent encore les vociférations de mai 1968. Tirath Ramkeesoon, Jooneed et Chafeek Jeerooburkhan viennent d?être limogés du Collège New Eton que dirige un futur militant démissionnaire, Vijay Venkatasamy. Ahken Wong et Subash Gobin complètent le Club des Etudiants Militants (CEM) ayant pris charge du City of London College. L?institution compte une vingtaine d?élèves. Pas encore de PSSA pour troubler la quiétude des responsables. Elle porte un nom colonialiste mais dispose des permis requis par l?Education du ministre Jomadar. Paul se charge de l?horaire des cours. Le City of London College a la particularité d?accueillir, en dehors des heures de classe, des adultes, chômeurs ou pas, qui veulent rattraper le temps perdu en matière de formation académique. Autre innovation, les cours incluent une initiation au marxisme, à la décolonisation, à la libéralisation du tiers monde. On y lit assidûment la ?Peking Review? que distribue généreusement l?ambassade de la Chine populaire. Les élèves ont eux droit à un jour de congé et de deuil à l?occasion du décès de l?oncle Ho Chi Minh. Dev Virahsawmy y enseigne le kreol fonetik et syantifik. Les seules cigarettes autorisées sont Mat?lot, Quatre Aces, Rio. Seuls les petits bourgeois osent griller des cigarettes plus bourgeoises.

Une royale personnalité de la City of London, la princesse Alexandra, l?épouse d?Ogilvy, un des principaux propriétaires de la Lonrho (la future Illovo), arrive à Maurice en septembre 1969. Elle nous doit la visite qu?elle n?a pas faite en mars 1968, par peur des troubles pré-Indépendance. Le CEM projette de manifester contre cette visite, symbole même du néo-colonialisme économique. La manif ne fait pourtant pas l?unanimité. Une tendance craint l?ire populaire en raison de l?attachement des Mauriciens à la famille royale des Windsor (ex-Hanovre). Le CEM décide d?utiliser les photos encadrées des membres de cette famille royale et de Winston Churchill, portraits qui ornent les murs du collège. Côté pile des slogans anti-monarchistes, côté face de royales effigies. Le CEM possède déjà l?expérience des manifestations. Le maire de Quatre-Bornes, Oomashankar Hawaldar, en a fait l?expérience après avoir refusé la tenue d?un forum à l?hôtel de ville. La visite de Michel Debré, celle qui devait sceller la coalition Ramgoolam ? Duval, après une poignée de main historique, a eu aussi droit à sa manif. Certains ont parachevé leurs études supérieures sur les barricades du Quartier Latin et se sont frottés aux CRS de la Ve République.

A l?aéroport la poignée de manifestants ne fait pas le poids face à une police musclée qui étouffe dans l??uf toute velléité de faire comprendre à Alexandra qu?elle n?est pas la bienvenue en raison, entre autres, du caractère ?réchauffé? de sa visite. Ils parviennent in extremis à déjouer la vigilance policière, à courir derrière la voiture princière, à la marteler de coups de poing et à transformer le sourire figé de la royale visiteuse en une grimace d?effroi.

Au rond-point de Saint-Jean, en revanche, la manif connaît un succès inespéré. La police est débordée par la présence de milliers de jeunes manifestants courant dans tous les sens, occupant les ressources du terrain. Des projectiles sont lancés sur le cortège officiel. Paul Bérenger sera lâchement agressé à la rue du Vieux-Conseil par des tapeurs patentés du PMSD. Des militants seront arrêtés.

Le jour de gloire est arrivé. Du jour au lendemain, le Club des Etudiants Mauriciens passe du statut de cellule embryonnaire à celui de Mouvement Militant Mauricien, jouissant d?un soutien populaire spontané sans précédent peut-être depuis Maurice Curé (février 1936). La presse lui accorde désormais une place de choix et continue, aujourd?hui encore, à couvrir la moindre de ses activités. Rien ne sera désormais pareil. Le pays cherche un nouveau souffle politique après le vide créé par la coalition Debré. Il y a un créneau de taille à remplir de toute urgence. Le MMM à naître ne laissera pas passer sa chance.

Qu?est-ce qu?on dit ? Merci Alexandra !

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