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Stratégie touristique
Il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, ni de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Les responsables de l’industrie touristique adoptent la politique de l’autruche. Et cela ne date pas d’hier.
La recherche de prétextes pour expliquer les mauvais résultats de notre industrie touristique a commencé en 2001. Après une progression de 13,6 % du nombre de touristes en 2000, l’année du Millenium, la croissance avait chuté à 0,6 % en 2001. Les attentats du 11 septembre avaient bon dos.
Personne n’avait voulu relativiser l’importance de ces attentats aux Etats-Unis par rapport à la contre-performance de l’industrie touristique locale. Rares étaient ceux qui osaient chuchoter que ces attentats étaient intervenus au neuvième mois et que visiblement l’année 2001 avait déjà été mal engagée.
En fait, le nombre de touristes avait commencé à stagner avant les attentats. Les statistiques le prouvent : entre janvier et août 2000 le pays avait accueilli 425 199 touristes contre 425 986 entre janvier et août 2001.
Après les attentats de septembre 2001, d’autres évènements internationaux ont été brandis pour justifier la faible croissance du nombre de touristes : la guerre en Irak, les attentats de Bali, ou l’épidémie de pneumonie atypique.
Il est clair toutefois que ce ne sont que des prétextes fallacieux. Si le climat international, notamment en termes d’insécurité, affecte l’industrie du voyage, il ne peut justifier à lui seul notre contre-performance. Sinon comment expliquer les taux de progression record des Maldives ou du Sri Lanka ou même de Madagascar qui a doublé le nombre de touristes ?
Un récent rapport de l’Association des hôteliers et restaurateurs de Maurice (Ahrim) ne fait que répéter ce que disent certains professionnels de l’hôtellerie et du tourisme depuis plusieurs années déjà.
Les deux principaux maux de notre industrie touristique sont l’inadéquation de notre stratégie de promotion et une politique d’accès aérien dépassée.
Avec ses malheureuses Rs 140 millions de budget, Maurice se cantonne depuis ces dernières années dans un “celebrity marketing” qui jusqu’ici n’a pas fait ses preuves.
Le “glamour” qu’on veut vendre ne correspond ni à l’offre ni à la demande. Maurice doit revoir son positionnement par rapport aux prix. La clientèle qu’elle devrait cibler nécessite une présence plus forte auprès du grand public et donc beaucoup plus de moyens.
Dans un sursaut de bonne volonté, le secteur privé a consenti à injecter £ 1 million sur le marché britannique et un million d’euros sur le marché français. C’est bien mais nettement insuffisant.
Et quid de la taxe de 20 euros qui pourrait potentiellement générer plus de Rs 400 millions de revenus pour venir utilement gonfler le budget de promotion ? Aux dernières nouvelles, les autorités ne savent toujours pas comment collecter cette taxe !
Le manque de moyens n’explique pas tout néanmoins. Certains faits et gestes des responsables de l’industrie touristique laissent perplexes. On peut se poser des questions sur leurs réelles priorités. En attendant, l’industrie se demande comment on remplira les 3 200 chambres d’hôtels additionnelles annoncées. L’offre augmente mais la demande stagne, pire, se contracte. Il y a un taux de remplissage minimum à assurer pour garantir la viabilité d’un établissement hôtelier.
Dans la conjoncture, les grands groupes que sont Sun International ou Beachcomber, arriveront à tirer leur épingle du jeu. Leurs résultats financiers le prouvent. Leurs taux de remplissage sont supérieurs à la moyenne nationale.
Les grands groupes vendent leurs hôtels avant tout et moins la destination. En refusant d’investir davantage dans la promotion de Maurice, ce sont les petits établissements que l’Etat pénalise.
Où et comment aller chercher les milliers de touristes dont on aura besoin pour remplir un parc hôtelier en expansion ? La réflexion sur la nécessaire révision de notre politique d’accès aérien s’est transformée en une procrastination.
Le ministre du Tourisme suggère le développement de nouveaux marchés – Chine, Inde, Jordanie et Liban – comme une stratégie à long terme. Miroir aux alouettes ou fuite en avant ? Et en attendant on fait quoi ?
L’incapacité des autorités à dégager une stratégie touristique claire et efficace est dans la conjoncture un beau gâchis. C’est actuellement le seul secteur capable de créer des emplois en nombre suffisant pour une main-d’œuvre non qualifiée qui ne veut plus aller à l’usine.
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