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Stina ou la réalité sublimée

5 juin 2005, 20:00

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Après Malcolm en bleu et sur d?autres timbres, exposition consacrée au grand Malcolm de Chazal en 2002, le Blue Penny Museum consacre une exposition rétrospective à l?artiste Stina Spangenberg Bécherel, du 10 juin au 6 août.

Une sélection de 34 tableaux de l?artiste, récupérés auprès de collectionneurs privés mauriciens, nous est présentée en trois grandes parties que sont les trois étapes essentielles de l?évolution de son travail, des années 70 à nos jours : Au-delà du réel, la nature encensée et Une histoire mauricienne. Exposer les ?uvres de cette artiste n?est pas un choix au hasard. ?Stina Bécherel est loin d?être la dernière venue en matière de peinture à Maurice. Elle a exposé de nombreuses fois à Maurice comme en Europe et est considérée aujourd?hui comme l?une des valeurs sûres de l?art chez nous?, explique David Martial.

Sa source de création, c?est son environnement. La végétation luxuriante qu?elle peint est un véritable hymne à la nature remplie à la fois de beauté et de mystère. Derrière ces lianes enchevêtrées et ces arbres personnifiés, sortis tout droit des romans et des dessins du Britannique Tolkien, le créateur du Seigneur des Anneaux, et de nombreux autres contes mythiques, qui ont tant inspiré Stina, se dévoile un univers peuplé d?elfes ou de ?sylvestres?. Les forêts et l?eau sont pour l?artiste des espaces qui donnent naissance à un mystère résultant d?un mélange de fascination et de peur. Ses paysages sous-marins, exprimant tantôt la position rassurante d?un f?tus dans le liquide amniotique, tantôt celle d?un noyé disparaissant dans les flots, créent une étrange impression de bien-être et d?angoisse.

L?approche, de toute évidence celle du symbolisme, aboutit à des compositions étranges et fantastiques, tantôt sombres et angoissantes, tantôt lumineuses et féeriques, donnant à chaque fois un mélange des univers fantasmagoriques et réels. Qu?il s?agisse d?un paysage, d?une scène de vie quotidienne, des souvenirs d?une lecture, ou d?un sentiment vécu, ce sont autant d?éléments librement recomposés pour créer et recréer cet univers onirique qui tourbillonne en elle.

Les tableaux de Stina, caractérisés par une sensibilité rare qui explore le domaine de l?inconscient ou ce qu?elle appelle ses ?rêves surréalistes? sont donc un voyage de l?autre côté du miroir. Reflet d?un monde intérieur, ils sont l?expression d?un imaginaire qui rappelle le mouvement surréaliste. Car, à bien y voir, ses coups de pinceau tracent les traits de ses visions quelque peu hallucinatoires. Mais, grâce à leur dextérité et leurs touches extrêmement fines et légères, ils reproduisent des images mentales qui, loin d?être floues, sont au contraire très nettes.

?Le résultat de son travail varie selon son état d?esprit (...), c?est toujours la même énergie qui se dégage de la magie de ces compositions aux caractéristiques particulières.?

Dans les années 70, la démarche picturale de Stina se rapprochait davantage de l?art naïf d?un Henri Rousseau. Aujourd?hui, sa technique ? même si elle ne s?est jamais totalement émancipée des ambiances scandinaves que l?on retrouve souvent dans ses choix de couleurs sombres ? a beaucoup évolué. Ainsi, la nature, source d?inspiration majeure de son art, n?est plus reproduite avec un souci de fidélité, mais avec une certaine légèreté qui la sublime. Car l?imagination est elle-même par définition illimitée. L?artiste est de toute évidence influencée par le courant artistique ?expressionnisme? qui a pris forme dans le nord et l?est de l?Europe d?où elle est originaire.

L?art, pour cette Suédoise arrivée à Maurice dans les années 60, c?est aussi une histoire d?amour avec cette terre d?accueil, véritable source d?inspiration. Fascinée par ce foisonnement culturel, elle peint avec beaucoup de délicatesse ces scènes émouvantes composées de femmes et d?hommes qui se meuvent avec tant de grâce dans notre quotidien. Ainsi, voit-on une cérémonie du safran, un cortège nuptial, un séga improvisé sur la plage ou encore la magie des fêtes hindoues comme le Maha Shivaratree ou le Divali. Puisque l??uvre de l?artiste prend forme à travers un rapport pulsion?couleur, la dominance du rouge et du jaune témoigne de la chaleur et de la grâce ressenties par l?artiste. Si le résultat de son travail varie selon son état d?esprit, c?est toujours la même énergie qui se dégage de la magie de ces compositions aux caractéristiques particulières.

Du 10 juin au 6 août 2005, Stina ou la réalité sublimée au Blue Penny Museum. Entrée gratuite.

PORTRAIT

Stina Bécherel, l?artiste rythmée

■ Née en Suède, Stina Spangenberg Bécherel est arrivée à Maurice en 1967. D?emblée, elle découvre en cette nouvelle terre d?accueil, à travers ses habitants, ses paysages, ses coutumes et ses légendes, une nouvelle source d?inspiration artistique. Elle est aujourd?hui une des figures incontournables de l?art mauricien.Son enfance en Suède est rythmée de campings en plein air et de longues randonnées en forêt. À l?âge de 13 ans, en compagnie de sa mère, elle quittera sa Suède natale pour la chaleur et la gaieté de l?Espagne et des Baléares, et pour les atmosphères orientales du Maroc. Plus tard, avec son mari, chasseur de trésors rencontré en Espagne, elle partira pour quelques années dans les déserts d?Afrique du Nord sur les traces des pirates de l?océan Indien.C?est en 1966, qu?elle et son mari arrivent à l?île Maurice. Pour elle, la rencontre avec cette île, à la nature encore préservée, à la culture et au folklore si riches en diversité, sera une véritable découverte culturelle.C?est en 1963, que Stina expose ses travaux pour la première fois.

C?était à Medborgarskolan, à Stockholm, à l?occasion d?une exposition collective.

À Maurice, elle expose pour la première fois lors d?une exposition organisée à la Galerie Gillet, à Quatre-Bornes, en 1967. Et sa première exposition en solo a lieu au Centre culturel Charles Baudelaire, à Rose-Hill, en 1985. Elle avait présenté 14 tableaux dont trois huiles et 11 aquarelles rehaussées de gouaches.En presque quarante ans de carrière, Stina Bécherel aura participé à douze expositions collectives et aura donné six en solo.

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