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State Empowerment
Après la présentation du budget 2006-2007, l?heure est à l?action pour concrétiser toutes les initiatives proposées en vue de développer un nouveau modèle économique et social. Pour cela, il faut assurer les continuités du processus de développement, tout en mettant en mouvement les changements nécessaires et vitaux annoncés.
Et seul un État fort, doté d?une réelle capacité institutionnelle, en est capable.
Le budget 2006-2007 est venu confirmer l?espoir du pays dans le secteur touristique comme moteur du développement socio-économique, avec l?objectif de 2 millions de touristes en 2015. En attendant, dans l?immédiat, la lutte contre une résurgence du chikungunya et un nouveau « modus operandi » dans les rapports entre l?État et Air Mauritius exigent des ac-tions urgentes et des positions claires et nettes.
Le pays a souffert, et souffre encore du chikungunya. C?est d?abord et avant tout une affaire de santé publique, qui a un impact économique dont on n?a pas mesuré l?ampleur et l?étendue. Toutefois, le manque à gagner pour le secteur touristique a été estimé à Rs 1,2 milliard. Ce serait dramatique pour l?économie nationale si, après le répit hivernal, la maladie resurgissait avec des effets dans le secteur touristique qui vont se démultiplier en décembre, mois de pointe.
Une telle résurgence est à éviter à tout prix. Le ministre Xavier-Luc Duval a totalement raison de dire que le chikungunya doit être déclaré l?ennemi public no 1 et qu?il faut agir en conséquence.
Le ministre de la Santé, Satish Faugoo, a annoncé un plan d?action national de lutte. Il faut absolument profiter de la période hivernale pour tuer dans l??uf les moustiques porteurs du virus. Gageons que les autorités responsables sauront tirer toutes les leçons de la campagne menée jusqu?ici, en intégrant les recommandations de Carl Baptista et Isabel Sampson, experts-consultants singapouriens en la matière.
Il est impérieux d?avoir une stratégie de lutte cohérente menée par une équipe assurant une unité de direction, une coordination efficace, une rationalisation des ressources et des moyens, pour veiller à ce qu?on « do the right thing », et non seulement « do things right ». Il va sans dire que la participation de tous les partenaires du développement et la mobilisation de la population à travers une campagne soutenue de sensibilisation sont essentielles. Ce sont là les conditions de la réussite.
Pour en revenir à Air Mauritius, la compagnie nationale fait partie de cette catégorie d?entreprises mauriciennes, qui pour pouvoir jouer leurs rôles stratégiques dans le développement national et relever les formidables défis actuels et à venir, ont besoin de mobiliser toutes leurs énergies et compétences. Dans le cas d?Air Mauritius, il y va du développement du secteur touristique.
Pour espérer opérer et prospérer, cette catégorie de compagnies doit avoir une continuité dans la direction. Au moment où Air Mauritius commençait à se stabiliser, voilà qu?elle se retrouve de nouveau dans la tourmente avec des allégations de conflits d?intérêt et de manquements aux pratiques de bonne gouvernance de la part de son « Managing Director », Nirvan Veerasamy. L?Icac a initié une enquête, qui a été bien accueillie par la direction d?Air Mauritius.
Parmi les spéculations sur le pourquoi de ses allégations, il est tantôt question de coup monté par ceux qui convoitent ce poste, de représailles par ceux qui sont mécontents que le directeur n?a pas accédé à leurs demandes de faveurs ou de passe-droits. On avance aussi que ce serait un règlement de comptes en interne, dans le sillage de la restructuration en cours.
Au-delà des « findings » de l?enquête de l?Icac, cette affaire soulève la question fondamentale d?un nouveau « modus operandi » à trouver entre l?État et la compagnie nationale pour protéger la direction de celle-ci de la pression de lobbys et des interférences qui sont aux antipodes des valeurs et des pratiques d?une gestion saine et efficace nécessaire à une entreprise compétitive et performante.
La position du ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval, irait dans ce sens.
Le pari du gouvernement actuel pour le budget 2006-2007 repose sur la force du pouvoir étatique, c?est-à-dire la possibilité qu?a un État de planifier et d?exécuter sa politique, et d?imposer des lois de façon nette et transparente. Et cela passe, entre autres, par la capacité de veiller à ce que les fonctionnaires ne mettent pas leurs propres intérêts au-dessus de ceux de leurs mandants, ou ne vont pas contre les souhaits de ces mêmes mandants pour des raisons diverses, dont des motivations idéologiques différentes de celles pour lesquelles ils travaillent nominalement.
La lutte contre le chikungunya, un nouveau « modus operandi » entre l?État et Air Mauritius et la mise en route de l?« Empowerment Programme » vont constituer des « litmuss tests » sur la réelle volonté et capacité de nos gouvernants et dirigeants de montrer la voie pour un changement de « mindset », condition sine qua non pour développer la capacité institutionnelle, variable critiquedu développement.
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