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Stabilisation

17 janvier 2007, 00:00

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Un processus plutôt qu’un état, l’économie mauricienne se stabilise. Les grands indicateurs le démontre sans aucune ambiguïté et l’humeur des opérateurs est à l’avenant. D’où la fulgurante remontée de l’optimisme parmi les économistes, cambistes, agents de change, gestionnaires de portefeuille et directeurs financiers interrogés dans le cadre de nos baromètres : désormais, deux analystes sur trois sont optimistes sur les perspectives de notre économie sur une échéance d’un an. A 67 %, le taux d’optimisme pourrait encore progresser si les autorités réussissaient dans leurs politiques de stabilisation.

Stabilisation de la croissance : la croissance hors sucre se maintient au-dessus de 5 %. Selon les premières projections, elle passera de 5,1 % en 2006 à 5,3 % en 2007. Au niveau de la zone franche, elle connaîtra une deuxième année de croissance positive, soit 2,5 % en 2007 contre 3 % en 2006.

Stabilisation de l’emploi : les emplois se créent plus rapidement que la progression de la population active, si bien que le chômage a reculé à 9,4 % en 2006. Les grands établissements montrent une création nette de 2 300 emplois après une perte nette de 4 700 emplois les deux années précédentes.

Stabilisation de l’inflation : après avoir monté continuellement, le taux d’inflation devrait amorcer une courbe descendante dès le début de cette année. La baisse de 20 % du prix de l’essence est une grosse bouffée d’air frais pour les entreprises et les particuliers. Une autre du même montant pourrait intervenir en avril si le baril de brut se stabilisait sous le seuil des 55 dollars d’ici là.

Stabilisation du déficit courant : au lieu des Rs 23,5 milliards attendues, le déficit du compte courant de la balance des paiements en 2006 a été révisé à la baisse à Rs 16,8 milliards. Cela représente 8,2 % du produit intérieur brut, moins que l’objectif de 9 % fixé par le programme de convergence macroéconomique au sein de la Southern African Development Community, dont Maurice est membre. Notre déficit courant devrait encore baisser en 2007 grâce à une meilleure recette touristique et un allégement de la facture pétrolière.

Stabilisation de la roupie : après s’être fortement dépréciée au cours de l’année passée, la roupie a retrouvé une certaine stabilité dès la rentrée 2007. La réduction du déficit courant a amoindri les pressions sur la roupie. Et le marché est pourvu des recettes sucrières et touristiques.

Le fait est que les banques ne vendent plus le dollar au taux inofficiel de Rs 35.50. Déjà, elles l’ont ramené à Rs 34, soit seulement 50 sous au-dessus du taux indicatif. Il semble qu’il y ait une réelle volonté tant de la Banque de Maurice (BoM) que des cambistes d’accorder leurs violons pour stabiliser la roupie.

Après une période de transition, le système de “two-tier rate” ne serait plus pratiqué. Les banques accepteraient de respecter le cours officiel affiché à condition que la BoM vende des dollars beaucoup plus régulièrement. Dans le passé, la BoM n’intervenait qu’une fois par mois, voire tous les six semaines.

Tout dépend donc du montant et de la fréquence des interventions de la BoM sur le marché des changes. Le montant de sa première intervention de l’année au taux de Rs 32.80 était assez timide. Cependant, si la BoM intervient très souvent, au rythme de trois fois par semaine, même par de faibles montants, les cambistes seront en mesure d’appliquer les taux indicatifs.

Au cas où une telle situation se maintiendrait pendant plusieurs mois, cela amènerait la confiance dans la roupie. Tôt ou tard, les spéculateurs se laisseront convaincre que la roupie ne se dépréciera pas aussi rapidement qu’ils le souhaitent. Le coût d’opportunité pour conserver des devises va d’autant plus s’accroître que les rendements des obligations mauriciennes compensent le taux de dépréciation attendu de la roupie.

A partir du moment où les spéculateurs commencent à vendre leurs devises, leur action sera susceptible de faire boule de neige. Le marché domestique sera alors submergé de devises. La roupie risquera même de s’apprécier, à moins que la BoM rachète des dollars pour faire le plein de ses réserves.

Mais nous n’en sommes pas encore là. Rien ne dit qu’une seule mesure isolée des autorités suffira à obtenir les résultats escomptés. Il faudra appliquer en même temps plusieurs mesures, parmi lesquelles une hausse du coût du crédit. C’est le moyen le plus rapide et le plus efficace de dissuader les spéculateurs à emprunter puis vendre des roupies.

Aussi, un relèvement du taux de base bancaire aidera les banques à mobiliser des dépôts. Pour acheter des devises régulièrement auprès de la BoM, les banques doivent avoir des liquidités. Certes, elles peuvent obtenir de la BoM des facilités de prêt marginal (“Repo Transactions”), mais trouveront-elles une gamme d’échéances pour des opérations à plus d’un jour, ou même des opérations ouvertes qui fonctionnent sur une base continue ?

Depuis la mise en place de son nouveau cadre de politique monétaire, la BoM n’a proposé que des facilités de dépôt (“Reverse Repo Transactions”), n’accédant toutefois qu’à un tiers du montant total des offres reçues. Le système n’est pas vraiment fonctionnel, car la BoM est supposée absorber la totalité des liquidités, sinon relever son taux directeur, afin de minimiser les pressions inflationnistes. La politique monétaire a un coût et ne doit pas être contrainte par un budget limité.

Parce qu’elles vont à l’encontre du tout-marché, les politiques de stabilisation pourraient être qualifiées de “diktat” de la part de la BoM ou du ministère des Finances. Mais c’est peut-être mieux ainsi pour un pays souverain que d’être perçu comme étant à la solde du Fonds monétaire international. En 1994, nous avons suspendu, et non aboli, le contrôle des changes. Tant mieux si cette suspension agit comme une épée de Damoclès.

Eric Ng Ping Cheun</B> (www.pluriconseil.com)</I>

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