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SSS Furniture, la colère du bois

19 juillet 2005, 20:00

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Sur les 10 000 pieds carrés loués à Riche-Terre, ils sont 28 employés à raboter, couper, ciseler, livrer et monter lits, placards et armoires. Tous sont destinés aux clients de Courts. Bientôt dix ans que ça dure. SSS Furniture affiche un joli parcours. Mais la frustration et la colère grondent. Les directeurs en sont débordés: secteur fragile, aucun filet de protection et menace directe des importateurs.

La poussière ocre est omniprésente. A chaque pas dans la menuiserie, la sciure s’agrippe aux semelles. Les ponceuses vrombissent. Les brefs coups de marteau s’abattent, en saccades, sur les joints. A l’étage, la directrice, Maya Sewnath, tape du poing sur la table. “Tout le monde se réjouit du succès de SSS Furniture. Personne n’est au courant de nos milles et unes difficultés”, tonne-t-elle.

L’entreprise démarre ses activités en 1996. Ayant acquis de l’expérience dans le secteur de la menuiserie à grande échelle, le couple Sewnath rachète une compagnie mise en liquidation. La maison familiale est hypothéquée Elle a tous les atouts en main: gestion de la production, main-d’œuvre qualifiée et un gros client: Mammouth, ancêtre de Courts.

“Certes nous avons eu de la chance au départ. Grâce à ses contacts, mon époux approche Courts. C’est la manne. Nous obtenons un contrat de Rs 1,2 million, soit 600 tables de salon à livrer”, affirme la directrice. Un coup de maître qui permet à SSS Furniture de brûler les étapes pour établir un contact permanent avec la direction.

D’un petit local à Saint-Pierre, la menuiserie s’implante à L’Avenir. Les commandes de chez Courts affluent. Les soucis aussi. Et le pire survient. Sans permis d’opération, implanté dans un quartier résidentiel, un ordre de cesser les opérations. Ne voulant pas s’empêtrer dans des pratiques frauduleuses, SSS Furniture s’installe dans un bâtiment industriel, à Riche-Terre.

<B>Exporter vers sa filiale malgache</B>

Tous les ingrédients pour une expansion constante sont là. Mais divers écueils se dressent sur le tracé de la réussite, tels que fait ressortir Maya Sewnath: main-d’œuvre limitée, impossibilité de trouver un terrain dans une zone industrielle, incapacité des organismes à aider les moyennes entreprises et politique incohérente.

“Le personnel est passé de cinq à 60 employés. Nous en sommes à 28 alors qu’aujourd’hui, logiquement, SSS Furniture aurait du employer plus de 80 personnes. Nous avons fait avec. Le système de production a été perfectionné avec plus de d’équipements modernes”, tonne Maya Sewnath, au franc-parler étonnant.

Et pourtant, souligne-t-elle, sa compagnie ne lésine pas sur les moyens. Elle s’adhère à un plan de formation de l’IVTB. Les apprentis sont rémunérés. Quelques mois plus tard, ils s’envolent vers d’autres métiers. La menuiserie, précise la directrice, n’intéresse plus les jeunes.

Discret dans un coin, l’époux, Sen Sewnath, explose. Cinq ans, dit-il, que le dossier de SSS Furniture n’a pas bougé d’un pouce pour l’obtention d’un terrain dans les abords de la capitale. “Nous ne cherchons pas des terres avec le bâtiment mais qu’un lopin d’un arpent. Nous sommes disposés à tout financer. L’entreprise paie toutes les cotisations requises par la loi. Voilà le traitement qu’on a”, tonne-t-il à son tour.

Les remontrances s’enchaînent. L’accès aux finances est très difficile. Les conditions de prêt et traitement accordé aux petits entrepreneurs repoussent au lieu d’inciter. “Par exemple, pour acheter un véhicule, la Banque de développement m’a proposé un taux d’intérêt à 14 %, avec un bien immobilier en hypothèque. Et une institution commerciale n’a demandé que les cotations. Le deal est conclu à 12 %, selon la formule de leasing”, souligne-t-elle.

Les griefs ne s’arrêtent pas pour autant. La politique de l’Etat, souligne Maya Sewnath, n’est pas en faveur des moyennes entreprises comme la siennes. “Nous sommes dans le même panier que les grandes firmes. Les importateurs ont la main-mise sur les foires. Les missions à l’étranger n’ont servi à rien. J’ai dû me payer des séjours à l’étranger pour apprendre les techniques de production”, indique-t-elle.

En dépit de ces soucis perpétuels, l’association avec Courts n’a pas pris une ride. Elle a évolué. SSS Furniture dispose un catalogue de 35 modèles. D’une part, Courts l’incite à exporter vers sa filiale malgache. Et de l’autre, les deux entreprises ont conclu un accord de distribution. Les meubles démontables, désormais entreposés à Riche-Terre, sont livrés directement chez le client par les soins de SSS Furniture.

Mais toutes les Pmes ne sont pas SSS Furniture…

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