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SSR se fait enlever un kyste au cou
Il arrive souvent à notre presse écrite, comme à nos radios trottoir ou bazar, encore plus privées de tout assujettissement politique, de se gausser de nos politiciens, éprouvant l?irrésistible besoin d?effectuer annuellement un check-up médical complet, autant que possible entre la Noël et l?Epiphanie, aux antipodes de préférence. L?île Maurice se met, en revanche, à rire jaune, à la mi-janvier 1982, en apprenant que son Premier ministre et le père de sa nation, Sir Seewoosagur Ramgoolam, se fait enlever, dans la capitale britannique, un kyste au cou.
L?opération chirurgicale a lieu, dans le plus grand secret, le vendredi 8 janvier 1982, au London University College. Elle est suivie de plusieurs jours d?hospitalisation. L?état de santé du doyen d?alors des chefs d?Etat et de gouvernement n?inspire toutefois pas d?inquiétudes particulières.
L?express fait preuve d?un courage médiatique certain en annonçant en exclusivité l?opération chirurgicale de Sir Seewoosagur Ramgoolam. Le quotidien de la rue Brown-Séquard ne tient pas compte que son annonce d?un départ précipité du Premier ministre à la mi-juillet 1981 (voir l?express du 21 juillet 2006) fut tournée en dérision par l?Hôtel du Gouvernement, avec la complicité bienveillante des journaux concurrents et travaillistes.
L?express parle pourtant d?opération bénigne même si elle est suivie logiquement d?une biopsie du kyste enlevé. Le MMM exige pourtant la publication d?un bulletin de santé. Sir Veerasamy Ringadoo, Premier ministre suppléant, fait savoir qu?il n?y aura aucun bulletin de santé, concernant son patron et leader politique. Le mutisme de l?Hôtel du Gouvernement ne manque pas de susciter les plus vives inquiétudes. SSR ne quitte son lit d?hôpital que le 15 janvier. L?on apprend que le Pr Clark a personnellement contrôlé toutes les analyses médicales effectuées sur la personne du Premier ministre de Maurice. La question que tout le monde se pose est celle-ci : Pourra-t-il une fois de plus diriger la campagne électorale du Parti travailliste ?
Si les nouvelles sont plutôt rassurantes sur l?état de santé de l?octogénaire qu?est, depuis le 18 septembre 1980, Seewoosagur Ramgoolam, elle le sont moins concernant les finances gouvernementales et le Parti travailliste. L?opération chirurgicale et la convalescence prolongée du Premier ministre contrarient grandement ses tentatives d?obtenir un emprunt substantiel, même à un taux d?intérêt commercial et élevé, afin de pouvoir mettre en chantier le plus grand nombre possible de chantiers et offrir ainsi et à gogo des emplois toujours bien accueillis, en pleine campagne électorale.
Non seulement le gouvernement travailliste se heurte à bon nombre de guichets fermés mais encore plusieurs investisseurs, promoteurs, bailleurs de fonds et même certains pays amis, font savoir qu?ils préfèrent attendre les résultats des prochaines élections législatives avant d?aller de l?avant avec leurs velléités de venir en aide à l?île Maurice et plus particulièrement à son Parti Travailliste. Ainsi des Italiens mettent au frigo un projet hôtelier sur l?île d?Ambre, projet oublié depuis dans un des congélateurs de l?Hôtel du Gouvernement. D?autres font de même mais cette fois à Balaclava. Le Japon emboîte le pas à la botte italienne et gèle l?aide accordée à Maurice, toujours en attendant les incontournables résultats des législatives. Ces désistements ne concernent que la mi-janvier 1982.
Un swami indien, qu?on dit très influent, souhaite un rapprochement entre Sir Seewoosagur Ramgoolam et Bye Harish Boodhoo. On prête à ce religieux, sans doute plus boolelliste que proche du quatuor Ringadoo-Walter-Jagatsingh-David, de multiples rassemblements politico-religieux dans le Nord. Le PSM se croit obligé de se fendre d?une dénégation en règle. La besogne est confiée à Karl Offmann. C?est moins compromettant.
En l?absence de son leader, le PTr se fait discret, préférant se cantonner dans l?expectative. Il a d?autant raison que les autres partis politiques se font plus remuants que jamais. Ainsi, Gaëtan Duval fait savoir qu?il ne fera alliance avec le PTr que si les conditions, qu?il ne manquera pas d?imposer, sont respectées à la lettre. Il laisse de nouveau entendre qu?il sera candidat dans plusieurs circonscriptions dont Rodrigues, avec Nicol François. On apprend, à la mi-janvier 1982, qu?on compte sur lui pour défendre les mercenaires sud-africains capturés aux Seychelles. Faut-il encore que France Albert René l?autorise à plaider devant la justice de son pays.
Le groupe Eliézer François se dote d?un politburo et pas n?importe lequel puisqu?il regroupe aussi Gaëtan de Chazal, Christian Rivalland, Jean Etienne, Roger Lamusse, Jacques Tsang Mang Kin, Maurice Espitalier-Noël. Il ne renonce pas non plus à l?aventure rodriguaise.
Le RPL de Philo Blackburn fait savoir qu?il est disposé à travailler avec le MMM mais à certaines conditions. Il se méfie des alliances politiques mais garde ses options ouvertes. Un sondage, commandé par lui, donne le MMM-PSM vainqueur par 35 sièges contre 25. Cela confirme les rumeurs concernant sondages américain et français, conseillant au PTr de ne pas confier de ticket électoral à 15 députés sortants dont sept ministres. Ce sondage fait particulièrement mal car ceux, promis au sacrifice politique, sont déterminés à défendre chèrement leur peau, au besoin en passant à l?ennemi. On comprend qu?Action Civique réclame alors des zig-zags. S?ils ne servent pas à grand-chose sur nos routes, ils illustrent bien ce que nous devons penser de notre classe politique.
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