Publicité

SSR : carrière politique et développement

15 septembre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Fils de laboureurs engagés indiens, SSR entreprend des études de médecine et s?initie au journalisme, à la littérature et à la politique à Londres, où il passe 14 ans. Appartenant à la Fabian Society, il gravite dans les cercles socialistes. Il fréquente les politiciens britanniques et les étudiants militants de l?Afrique et de l?Asie. En 1924, il est responsable de la branche londonienne de l?Indian National Congress. De retour à Maurice en juillet 1935, SSR veut mettre en pratique sa connaissance et son expérience acquises dans le domaine sociopolitique à Londres, nombril du monde, au profit de son pays qui connaît un sous-développement criant. S?étant imprégné de la culture orientale et de la civilisation occidentale, il jauge vite la société mauricienne plurielle.

Natif de Belle-Rive, SSR élit domicile à Port-Louis. Il apprend l?administration locale pour comprendre les rouages du pouvoir central. Respectueux du rule of law et des institutions, il est ouvert aux opinions des autres. Malgré sa courtoisie proverbiale, il sera, en raison de ses origines, l?objet de railleries de ses adversaires politiques. Toutefois, il ne leur rendra jamais la pareille. Il ne poursuivra jamais quiconque, en dépit des propos diffamatoires à son égard. Il ne prône pas le sectarisme, le pays comptant avant tout pour lui.

Cependant, SSR n?est pas un orateur flamboyant. Il n?a pas non plus un penchant pour la démagogie. Loin de lui l?idée de se faire passer pour un martyr. Rebelle pacifique, il croit dans l?action concrète. Sa carrière politique reflète le développement général croissant de l?île. Occupant à tour de rôle tous les postes constitutionnels politiques du pays, il contribue au vote des lois à partir de 1940, et aux projets gouvernementaux depuis 1948. Son empreinte sur les affaires nationales devient plus marquante dès 1951 quand il est désigné leader du Parti travailliste (PTr) et, plus particulièrement, après sa nomination comme ministre en 1957. Elle s?accentue au fil des années : ses responsabilités passent de Chef ministre (1961-64) à Premier ministre (1968-82). SSR est le fondateur de l?Etat mauricien moderne.

● Dans la vie publique dès 1935

Suite à une rencontre avec Kissoonsingh Hazareesingh, qui contribuera, dans ses capacités officielles, à l?introduction de maints services sociaux à Maurice, SSR s?associe avec le comité organisateur de l?Indian Immigrant Arrival Centenary mis sur pied récemment. Ramkhelawon Boodhun et Rampersad Neerunjun en sont respectivement le président et le secrétaire. Hazareesingh, le joint secretary, publie la première édition et les suivantes de l?Indian Cultural Review (ICR). Dans son ouvrage Hazareesingh at 80 paru en 1991, l?auteur remarque que l?article de SSR Sons of Immigrants, publié dans l?ICR de 1936 deviendra son manifeste politique. SSR y fait ressortir que le gouvernement d?alors ?has deliberately shut its eyes to a great many wrongs and grievances of the people....Education is far from complete, unless it takes notice of civicism; and civicism instinctively merges into politics and economics.? Les Indo-Mauriciens ?counted for nothing in the hierarchy of statecraft, while, in fact, they are the producers and makers of the colony.? Il lance l?appel pour réviser la Constitution de façon plus équitable et pour l??unification of our race and the brotherhood of man.? Pour lui, ?there must be a great mass movement?.? De 1935 à 1940, SSR contribue aux journaux Le Radical et Le Mauricien. Il est collaborateur attitré de son propre quotidien Advance (1940-84) initié par J. N. Roy et dont le premier rédacteur en chef est Aunuth Beejadhur.

Membre nommé du corps législatif en 1940, SSR triomphe dans les élections municipales de Port-Louis. Après avoir aussi siégé au sein du Conseil de Districts du Nord, il devient maire de Port-Louis. Avec son ?ability to understand and appraise the working of the British mind and their method of approach,? SSR est décrit par Sir Veerasamy Ringadoo (1952-1982) comme ?the ideal political man to step in, in 1935, and to continue the work of social and political reform already undertaken.? Il fait le tour de Maurice au détriment de sa profession pourtant florissante, en établissant des relations avec des progressistes.

Sollicité aux réunions socioculturelles les dimanches après-midi, il sensibilise l?audience au progrès constitutionnel, misant sur l?importance de l?éducation. Ainsi, il a des partisans dans chaque localité. Toujours vêtu élégamment, maniant le jhal et le dholak, chantant des bhiras (chants traditionnels) à l?occasion de la fête Holi, SSR est accessible tant chez lui qu?au bureau. Il s?adapte à tous les milieux socioéconomiques. Aux prolétaires qui l?adorent, il parle leur langage. Affable, il répond présent aux invitations des individus ou des organismes à travers le pays. Il maintient ce style de vie jusqu?à la fin.

A la législature, selon Sir Veerasamy, SSR ?pleaded for the workers, for the downtrodden and he gave clear indication of the policies he would like a government to take in education, health and welfare generally. He was already indicating his concept of a welfare state which was to become a reality as a result of his patience, steadiness and sense of social justice.? Le 19 juillet 1944, il préconise la révision de la Constitution en vigueur depuis 1885, concernant le suffrage. Celui-ci, tenant compte de la fortune, de la propriété immobilière et de l?éducation, est très restreint, voire discriminatoire. Les premières élections générales ont lieu en janvier 1886. Seulement 11 000 votants, tous des hommes, participent à la dernière consultation tenue en 1936. L?oligarchie dirige. En effet, une poignée de familles détient le pouvoir socioéconomique et politique. Privée des droits élémentaires, la majorité de la population végète dans le sous-développement.

● Champion de la démocratie

SSR se distingue devant la Commission constitutionnelle consultative de 1945 et celle de 1947. Epousant ses idées, Emmanuel Anquetil, Harilal Vaghjee, Aunuth Beejadhur, Renganaden Seeneevassen, Abdul Razack Mohamed, Guy Forget, Raymond Rault, le Dr Edgard Millien et le Dr Willy Dupré, entre autres, témoins devant ces commissions, se rallient autour de lui. Dans ce contexte, J. N. Roy excelle dans ses écrits. Peu après, le droit de vote est élargi. Désormais, les femmes aussi sont habilitées à voter. Même en France, elles n?exercent ce droit civique que depuis 1946. Ayant déjà acquis un renom, SSR émerge comme le plus grand démocrate avant-gardiste du pays. 72 000 âmes d?une population de 419 000 utilisent le scrutin en 1948. Ce nombre excède par six fois et demie celui des précédentes législatives.

Aux élections générales de 1948, SSR et ses colistiers de la circonscription du Nord, Vaghjee et Beejadhur, avec leurs camarades Ramsoomer Balgobin (à l?Est) et Roy (au Sud) publient un manifeste. L?autonomie figure parmi les 20 propositions. Les cinq sont élus. D?autres candidats progressistes triomphent aussi : Rault et Forget (à l?Ouest), le Dr Millien et Seeneevassen (à Port-Louis), Sookdeo Bissoondoyal et Juggernauth Bedaysee (au Sud). Tous, hormis Bissoondoyal, se joignent au PTr dans le sillage des élections. Le président du PTr, Guy Rozemont, est élu premier député de Port-Louis. C?est le seul vainqueur du PTr, fondé par le Dr Maurice Curé le 23 février 1936 à un public meeting au Champ-de-Mars où T. K. Swaminathan fut le guest speaker. Celui-ci, représentant l?Indian Colonial Society, est le chief guest au centenaire de l?arrivée des immigrants indiens. Le PTr est présidé depuis 1941 par Anquetil, qui meurt en 1946, puis par Rozemont qui décède en 1956. SSR décline l?offre d?investiture du PTr au Nord en compagnie de Donald Francis et de Partap Allgoo. Il préfère Vaghjee, avocat, et Beejadhur, écrivain-journaliste du Nord. Ils conscientisent sur le besoin du progrès constitutionnel.

SSR obtient 65 % des suffrages, le plus haut pourcentage recueilli en 1948. Il fait partie du Conseil exécutif du Gouvernement. Il abaisse, en 1976, l?âge de vote de 21 à 18 ans, comme dans des pays avancés.

● Leader du PTr (1951-1982)

Intellectuel, médecin, journaliste et socialiste modéré et député élu favori, et donc bien accessible, avec un passé politique actif déjà riche, SSR devient leader, poste politique inconnu jusqu?ici à Maurice, du PTr en 1951. Il donne au PTr une nouvelle orientation, le mettant sur une base nationale solide avec des membres de calibre et une mission bien définie. Aux législatives de 1953, SSR insiste sur le suffrage universel. Il entame une dure campagne pour sa réalisation en 1959. Le nombre d?électeurs atteint 207 000. Allié à la nouvelle formation CAM de Mohamed, le PTr conquiert 31 des 40 sièges. Six membres du CAM sont élus. Candidat du Ralliement mauricien, dirigé par Jules Koenig, qui ensuite devient Parti mauricien avant d?être appelé PMSD, Mohamed est le seul député musulman élu à Maurice en 1953. SSR déclare à Reuters le 22 octobre 1959 que le peuple et le PTr veulent l?Indépendance. En 1960, il devient le Leader of the House. SSR et son équipe remportent une autre victoire aux législatives de 1963. Le cri de guerre du PTr-CAM pour l?autonomie complète suivie de l?Indépendance est plébiscité.

● Père de la Nation

Le 18 septembre 1961, SSR revient suite aux discussions constitutionnelles de Londres. Il est Chef ministre. A son retour en 1964, après une nouvelle conférence constitutionnelle, il annonce que l?Indépendance sera accordée en 1966. Les deux fois, une foule enthousiaste d?environ 50 000 personnes lui réserve un accueil héroïque, événement politique unique jusqu?ici. Aussi présent, le Dr Curé donne l?accolade à SSR en ces deux occasions. Ancien instituteur et député indépendant élu dans le Sud depuis 1948, Bissoondoyal fonde l?IFB en 1958. Son frère Basdeo mène une campagne à travers le pays pour promouvoir la cause des hindous dès 1940. Le regroupement PTr-CAM-IFB forme le Parti de l?Indépendence (PI) avec SSR à la tête.

Le PI obtient 53 % des suffrages lors de la consultation du 7 août 1967. Dirigé par Gaëtan Duval, le PMSD est soutenu par 44 % des votes exprimés contre l?Indépendance. Ses partisans ont une appréhension soit de la nationalisation, soit de l?hégémonie hindoue ou d?une détérioration socioéconomique, dangers imaginaires. L?on croit même que Maurice pourrait se rattacher à l?Inde. Le 22 août 1967, SSR rassure: ?We are dedicated to the liberal and democratic way of life?.

Pour Duval, cependant, la législature n?est pas conforme à la Constitution, car il y a des pétitions logées contre l?élection de quelques membres de PI sous prétexte qu?ils ne peuvent comprendre l?anglais. Il propose que la présentation de la motion pour l?Indépendance soit différée. L?Indépendance est votée. Seuls deux députés du PMSD, Yvon St Guillaume et Tangavel Narrainen (qui votent pour l?Indépendance), sont présents, les autres ayant effectué un walk out. Lors de son memorial lecture en 1986, le nouveau gouverneur général Sir V. Ringadoo remarque que SSR fut un ?genuine seeker of unity in diversity in the building of a new nation, and a new Mauritius would always stand as a monument to remind us of his sagacity and the creative vision he had of the role he was undertaking.? D?autre part, grâce à SSR, l?île jouit d?une réputation internationale. L?ancien ambassadeur Chitmansingh Jesseramsingh témoigne dans News on Sunday du 30 mars 2001 que c?est SSR qui a placé Maurice ?on the geopolitical map of world politics?.

● Le renvoi des législatives de 1972

Après l?Indépendance, le pays ayant connu des cyclones dévastateurs depuis 1960, est encore plongé dans un marasme économique. De plus, il connaît des troubles d?ordre communal. Ayant éclaté en 1964, la violence raciale refait surface avant, pendant et après les législatives de 1967. Dans l?express du 10 août 1967, Paul Bérenger, alors étudiant à l?étranger en vacances à Maurice, suggère une coalition PTr-PMSD pour le développement du pays et l?unité nationale. En janvier 1968, une confrontation éclate entre musulmans et créoles. 280 personnes meurent et quelque 500 sont gravement blessées. Beaucoup de compatriotes continuent à émigrer vers la Rhodésie, la Zambie, l?Australie, le Canada et en Europe. Il y a un brain drain et une fuite des capitaux vers d?autres cieux. Plusieurs individus et organismes défient le drapeau et l?hymne national. Pourtant, ces deux nouveaux symboles ont été conçus soigneusement, sous les directives de SSR, pour permettre aux citoyens d?affirmer leur identité. Des anti-indépendantistes, y compris les quatre mairies d?obédience PMSD, boycottent les festivités officielles.

Suite aux tentatives pour une réconciliation dès octobre 1967, et quand les pétitions électorales présentées par le PMSD sont retirées en 1969, SSR et Duval forment le Gouvernement PTr-CAM-PMSD. Afin de permettre à cette coalition de se concentrer sur le décollage économique, sur la restauration de l?harmonie sociale et sur le progrès en général, l?échéance des législatives est repoussée à 1976. SSR se voit obligé de se séparer de Bissoondoyal, pendant et après les élections de 1967. Sir Veerasamy Ringadoo défend le renvoi de ces élections en ces termes: ?Ramgoolam has been accused, wrongly to my mind,?out of pure self-interest. Believing such a thing is to ignore what he stood for and his deep love for democracy and democratic institutions. His majority in Parliament in 1970 could have been used to change many things which we dislike, but he altered only those sections of the Constitution which allowed the Government to function over a period sufficiently long enough to introduce measures which would improve economic conditions. In fact, Ramgoolam?s main aim was to allow reconciliation to provide the atmosphere in which Mauritians could work together in earnest, and credit should be paid to him for this decision.?

● L?Etat d?urgence 1971-1974

Le 11 septembre 1968, Le Mauricien publie un article intitulé ?L?ABC de Notre Révolution? de Bérenger au nom du Club des Etudiants Militants (CEM), précurseur du MMM. Pour Bérenger, il faut une révolution afin de s?échapper du néo-colonialisme, du sous-développement économique et socioculturel, de la pauvreté et du communalisme. Dans d?autres articles, il se réfère au Marxisme pratiqué à Cuba, en Chine et en Tanzanie. Recours à la démocratie directe est abordé. Le 12 septembre 1969, le CEM organise une démonstration contre l?arrivée de la Princesse Alexandra. Son mari Angus Ogilvry, un directeur de Lonrho, précédemment Anglo-Ceylon et actuellement Illovo, fait l?objet de protestations. En novembre 1969, le MMM, parti de gauche, est fondé avec Heeralall Bhugaloo (président), Jooneed et Chaffik Jeerooburkhan (respectivement vice-président et assistant secrétaire général) et Dev Virahsawmy (trésorier). Le secrétaire général, Paul Bérenger, est aussi négociateur de la General Workers? Federation (GWF), créée en 1969.

L?état d?urgence est imposé pendant six mois en 1971. Le pays, ?held under ransom by trade unions,? fait l?expérience de ?the worst of communal riots before?, explique SSR à la législature. Pour les patriotes, c?est une décision prise dans l?intérêt national. Le gouvernement veut déclarer les grèves illégales dès qu?une dispute est référée pour conciliation ou règlement. Soutenue par le MMM, la GWF déclare une grève générale illimitée. Des grèves paralysant les secteurs clés de l?économie comme les docks, le transport public et la fourniture du courant font rage. Les usagers d?autobus sont soumis à des misères.

En 1972, l?état d?urgence est renouvelé pour six mois. Le gouvernement veut mettre un terme à la situation chaotique. Le Public Order Act est voté. La GWF et l?organe du MMM, Le Militant, sont bannis durant deux ans. La censure de la presse est imposée, et les partielles sont abolies. En défense de l?état d?urgence, SSR qualifie à la législature, le 25 juin 1973, les ex-détenus que sont Bérenger et ses compagnons, de ?misguided people? de triste notoriété ayant la ?folly of pursuing political activities by subversive means and seizing power by undemocratic measures?, et déterminés ?to attempt to overthrow democracy?.

Les pouvoirs sous l?état d?urgence sont, rappelle SSR, des ?armouries of a democratic government, and they must be there to be resorted to swiftly and without delay when required. They are not intended against the people, but against those who are out to uproot our liberal institutions, for which all Mauritians have struggled over the years.? Se référant aux ?wildcat and illegal strikes,? il observe: ?we cannot permit attempts to destroy democracy in this country and to replace it by dictatorship. We cannot permit violence, sabotage and subversion in this country, because these things will destroy the climate of confidence upon which our social development is founded.? La plus grande démocratie qu?est l?Inde n?a pas non plus échappé à l?état d?urgence, le cas nécessitant.

● L?Etat providence et la liberté

Jadis membre de la Fabian Society, SSR attache une grande importance au Welfare State. Son gouvernement publie son Plan for Social and Economic Development 1971-1975, la première charte du genre à Maurice. Elle est axée sur l?économie mixte. Dans les années 1970, SSR met sur pied des ministères pour la jeunesse, les sports, les coopératives, les affaires féminines, le développement rural et la protection des consommateurs, entre autres. Après avoir fait élire Mme Issac Damoo, première conseillère municipale en 1956, le PTr aligne la seule candidate du pays aux législatives de 1967. En 1975, Mme Radhamanee Poonoosamy est ministre. SSR introduit, ou renforce, les facilités de bien-être social. L?éducation étant un must pour lui, il déploie tous ses efforts dans ce domaine. L?accès au niveau primaire est un droit acquis. Il offre des facilités pour le tertiaire. D?autres collèges d?Etat sont construits. L?éducation secondaire devient gratuite. Dans son mémoire publié dans la presse en décembre 1997, Raymond Rivet, ex-parlementaire du PMSD et éducateur émérite, se réfère élogieusement au fonctionnement, grâce à SSR, des institutions telles que la PSSA, le MIE, le MGI, le MES, la MCA et l?UoM. La télévision, l?autoroute St-Jean ? Port-Louis et l?hôpital moderne portant son nom, ainsi que d?autres travaux d?envergure, sont ses oeuvres. Plusieurs grands projets de son époque sont exécutés par la suite.

Lors de son entretien avec Le Mauricien paru le 18 septembre 1985, SSR déclare que ?la liberté de l?individu est l?héritage le plus précieux que je lègue à mon pays.? Il avertit qu?aucun amendement constitutionnel ne doit y être apporté.

● Défaite électorale

Le premier Premier ministre et le PTr sont délogés du pouvoir en juin 1982. Sa mission pour le développement de Maurice s?arrête. Acceptant sa défaite en bon démocrate, il tient à assister à la cérémonie d?ouverture de la première session parlementaire du nouveau régime. Hué par des partisans ingrats du MMM-PSM, il garde son calme.

Cependant, après neuf mois seulement, le nouveau régime MMM-PSM se désintègre. Sollicité, SSR devient le mentor des députés en désaccord avec Bérenger et ses partisans. Le géant de 83 ans de la politique mauricienne affronte les élections subites de 1983. Il aide vigoureusement à ré-installer Anerood Jugnauth, maintenant fondateur-dirigeant du MSM, comme Premier ministre. Elu député pour la première fois sous la bannière de l?IFB en 1963, Jugnauth est un dirigeant-fondateur du défunt All Mauritius Hindu Congress avant de se retirer de la scène politique pour travailler au département judiciaire. Il se joint au MMM en 1973. Jusqu?à 1991, il chapeaute le gouvernement de coalition MSM-MLP-PMSD. Initialement élu député du PTr en 1976, le Premier ministre-adjoint, Harish Boodhoo intègre le PSM, fondé en 1979, au sein du MSM. SSR devient gouverneur-général. Il meurt le 15 décembre 1985 alors qu?il occupe les fonctions de chef de l?Etat.

● Gratitude

Dans son adresse à la nation, publiée dans la presse le 16 décembre 1985, le chef juge et gouverneur-général p.i., Sir Cassam Moollan, qualifie le défunt comme ?one of the most illustrious sons, if not the most illustrious son this country has produced.? Il souligne que SSR ?traced for us the path of freedom and independence with a vision and certainty which many thought unrealistic at the time. He was copiously railed and abused day in day out in certain quarters for his stand for equal rights of all citizens of the lovely country we were born in. He advocated throughout the battle for Independence that this country belongs to us all by right, to the exclusion of foreign rulers, and that we should be the masters of our destiny.? SSR insiste, quand on ébauche la Constitution de Maurice, que toutes les libertés ?should be specifically safeguarded and spelt out?, se remémore Sir Cassam. Son ?passing away marks the end of an era, and also the closing chapter of a glorious struggle towards Independence and Nationhood.? SSR réussit à faire de la souveraineté et de la nationalité mauriciennes des réalités, il souligne, ?in harmony and understanding.?

Toute la presse mauricienne rend hommage à SSR. Le 16 décembre 1985, l?express paraît en édition spéciale de 20 pages. Les étapes majeures de l?évolution politique, au cours desquelles SSR a joué un rôle de pivot, sont mises en exergue. L?Inde observe deux jours de deuil national, événement qualifié d??unprecedented in international relations? par Le Mauricien du 17 décembre 1985. Le Parlement se réunit en séance extraordinaire le 24 décembre 1985 pour présenter son hommage au Père de la Nation. Pour le Premier ministre Sir Anerood Jugnauth et les autres prenant la parole, SSR fut un humaniste, patriote, démocrate, parlementaire et homme d?Etat hors pair. Il est qualifié comme ?le Mauricien le plus distingué.? Après avoir ?always recognised the contribution of SSR and the MLP to the socio-economic progress of our country,? intervient élogieusement le leader p.i. du MMM, Jayen Cuttaree ajoute: ?the nation he (SSR) fathered owes him free medical care, old age pensions, a national pension scheme, a system of social security benefits, food subsidies and free education. (?) By his respect for his political opponents, his magnanimity and generosity towards his adversaries, his tolerance and wisdom, together with his vision of a Mauritius where peace and harmony would permeate the darkest corners of our society, SSR towered above the politicians of his generation and thereafter to become the First Statesman of Mauritius.?

● Homme d?Etat respecté

Quoique pas encadré par des conseillers professionnels et en l?absence de la nouvelle technologie, y compris l?informatique, SSR a réussi un sublime exploit patriotique.

La maison de SSR à l?ex-rue Desforges, aujourd?hui portant son nom, est le siège des réunions politiques les plus importantes. C?est ici que des décisions sont prises avant, et même après, l?Indépendance pour l?avenir du pays. Des politiciens et autres Mauriciens dans la vie publique pendant la période 1940 à 1983 visitent régulièrement cette demeure où est entassée de nombreux ouvrages, dont la plupart relatifs aux sciences sociales incluant la politique et le gouvernement. Pour eux, ce bâtiment de prestige historique unique est ?l?université politique mauricienne.?

La gestion dans le secteur public, l?administration de la justice, la situation de law and order, la transparence, la diplomatie, la méritocratie, les droits humains, la cohésion sociale et autres domaines n?ont pas progressé comme souhaité depuis 1982. L?expérience acquise sur le plan socioéconomique, ainsi que les structures, infrastructures et institutions créées par le gouvernement de SSR devraient, avec des retouches nécessaires, bien aider pour un développement convenable pour le pays. Tout progrès réalisé dans le pays par les régimes successifs est basé sur le fondement mis en place par SSR et son équipe.

Politicien accompli et accommodant, admiré de plus en plus, SSR est le digne Père de la Nation. Sa longue lutte démocratique assidue et avant-gardiste, pendant des périodes très difficiles face aux épreuves de toutes sortes, est reconnue. Avec sa vision et la stratégie qu?il a adoptée pour faire progresser Maurice, il s?est révélé en avance sur sa génération.

Chit DUKHIRA

?Jayen Cuttaree a rendu hommage à SSR en ces termes : «The nation he fathered owes him free medical care, old age pensions, a national pension scheme, a system of social security benefits, food subsidies and free education. (?) By his respect for his political opponents, his magnanimity (...), his tolerance and wisdom, together with his vision of a Mauritius where peace and harmony would permeate the darkest corners of our society, SSR towered above the politicians of his generation».?

Publicité