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Souvenirs d?un ancien magistrat

15 octobre 2003, 20:00

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Pensif, il feuillette patiemment un document légal. Il vérifie scrupuleusement les dispositions concernant de graves délits. Ryker Nayeck, ancien président de l?association des magistrats de la Cour intermédiaire, a été un des premiers mahébourgeois à porter la toge d?avocat et le premier aussi à occuper le poste de magistrat cinq ans seulement après avoir prêté serment.

Etudiant à l?école primaire de Willoughby, à Mahébourg, son village natal, Joseph Ryker, âgé de 57 ans, avait décidé de ne pas faire carrière comme enseignant après ses études secondaires au collège St Joseph. ?J?ai rencontré des gens qui vivaient dans des conditions très difficiles. Je m?étais fixé un but avant de quitter l?enseignement. Devenir un homme de loi pour aider les autres?, raconte l?ancien magistrat .

Pour atteindre son but, Ryker qui n?avait que vingt ans commence à étudier sérieusement cette option. Il achète et lit des ouvrages ayant trait aux affaires judiciaires qui l?orientent vers son futur métier.

Quelques mois plus tard, il décide de prendre l?avion. Destination : l?université de Lincoln?s Inn, à Londres.

Après avoir terminé brillamment ses études et obtenu son diplôme d?avocat à 29 ans et son ?pupillage? chez un avocat britannique, il retourne au pays.

Après avoir exercé quelque temps, il ouvre son bureau à Mahébourg, en face de l?actuelle magistrature. Les clients affluent. Il emploie Sylvianne Charles, jeune étudiante du couvent de Lorette comme secrétaire.

Bientôt, Ryker ne peut se passer de Sylvianne. Ils font des projets d?avenir.

Entre-temps, le jeune homme prend du gallon et devient magistrat, successivement à Souillac et à Moka.

Même si la flamme de Ryker pour Sylvianne est vive, les familles Charles et Nayeck ne voient pas cela d?un bon ?il. ?Nos parents ne voulaient pas entendre parler de cette union parce que nous ne sommes pas de la même communauté?, raconte l?homme de loi.

Pour mettre fin à leur cauchemar, un beau matin, Ryker et Sylvianne abandonnent leur toit familial pour aller vivre ensemble.

De cette union naissent quatre enfants, dont trois filles et un garçon : Natacha, 18 ans, Sweety 16 ans, Tania , 13 ans et Roy Ryker (Jr). ?Ils veulent devenir tous avocats ou avoués?, explique Sylvianne.

?Je conseille aux jeunes de religions différentes qui veulent s?unir de ne pas baisser les bras. Faites triompher l?amour?, conseille-t-il.

?Comme magistrat, je ne participais pas à des soirées mondaines, pour éviter d?être en contact avec des gens de l?extérieur?, dit-il. En principe, il ne discute jamais de la conclusion d?un jugement avant de se rendre en Cour.

En veilleuse

?Un jour ma femme m?a reproché, d?avoir infligé la peine minimum à un coupable dans un cas d?inceste. Je lui ai fait comprendre que je m?en tenais aux faits. Mes sentiments personnels sont mis en veilleuse.? C?est pour cette raison qu?il attendait que tout le monde dorme avant de commencer à travailler jusqu?à entre deux ou trois heures du matin.

En 1998, il entend l?affaire des travailleurs licenciés de la Development Works Corporation (DWC) contre l?Etat. Contre toute attente, le magistrat donne gain de cause aux licenciés. Le gouvernement dut débourser la somme de Rs 57 millions pour compenser les travailleurs mis à pied. Il a rouvert son bureau de consultant à Mahébourg car il est souvent sollicité pour un avis légal.

Avec la fatigue et les nuits blanches qui pèsent toujours sur ses épaules, Ryker consacre maintenant plus de temps à sa famille qu?au barreau.

Comme souvenirs, l?ancien magistrat a toujours en tête sa première rencontre avec Lord Denning , qui était le président of the English Court of Appeal and Master of the Rolls qu?il avait côtoyé en Angleterre

Et dans le domaine de la politique, il n?oubliera jamais les quelque 144 voix qu?il avait obtenues lorsqu?il avait posé sa candidature à Mahébourg comme indépendant, en 1983, lors des élections générales. ?C?est 144 clients qui li fine défane en Cour qui ti vote pou li?, plaisante sa femme Sylvianne .

Ayant déjà travaillé comme Returning Officer pendant plusieurs élections générales, Ryker mettra beaucoup de temps à oublier les élections générales de 1995 dans la circonscription de Flacq-Bon Accueil. ?On avait eu quelques problèmes avant le dépouillement. Les agents politiques étaient impatients de connaître les noms des élus. Pour calmer la foule, j?ai même menacé de renvoyer la proclamation des résultats. Heureusement que tout est rentré dans l?ordre après?, se souvient Ryker.

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