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Sous un ciel de plomb

1 décembre 2004, 00:00

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Aride. Poussiéreux. Corallien. Le passage du véhicule sur une piste cahoteuse laisse traîner une poussière blanchâtre dans l?air, vite dissipée par le vent. Point d?ombre. Le soleil torride n?encourage pas les marcheurs. Il n?y a pas de transport en commun non plus dans ce village perdu loin au sud-ouest de l?île. Chronomètre : un véhicule traverse le sentier, situé entre l?ancienne carrière de corail et le hameau en 15 minutes. Un parcours de trois kilomètres environ. Rien ne pousse dans le coin.

Le sol est fait de matière corallienne. Quelques plantes téméraires ont tenté une sortie du sol, mais en vain. La sécheresse est la maîtresse du lieu. Une brise de mer soufflant constamment sur la côte favorise l?évaporation de l?eau.

Une trentaine de familles habitent cette localité. Des pêcheurs essentiellement. Les maisons sont quasiment côte à côte. Encore une fois, pas beaucoup d?arbres pour se protéger. Quelques adultes s?abritent du soleil ardent sous une véranda attendant qu?il fasse moins chaud pour s?adonner à leurs besognes quotidiennes. Les enfants ne se soucient guère de la chaleur et de la poussière qui tourbillonne. Les plus grands s?adonnent à une partie de football alors que les plus jeunes, la plupart pieds-nus, préfèrent jouer au gendarme et au voleur. Le décor laisse penser à celui d?un des ces westerns hollywoodiens tournés en plein désert, mais ici c?est bien la réalité.

Une triste réalité quand les ténèbres envahissent les quelques ruelles après le coucher du soleil. Il y a certes l?électricité, mais pas de lampadaires. Teby Collet, le président du village, est triste quand il s?aperçoit qu?ailleurs le développement s?avance à grands pas avec des facilités de loisirs.

L?ironie du sort, l?eau est à portée de main des habitants de la cité, mais il n?y en a pas de potable. Cité Patate est pourtant un village pieds dans l?eau, au bord de la mer. Il arrive que la population n?ait pas d?eau potable pendant au moins un mois. ?Je ne suis qu?un pauvre pêcheur. Je paie un bateau Rs 100 pour qu?il aille chercher quelques jerrycans d?eau à Petite-Butte.? Pendant les temps durs, il faut marcher pendant deux heures pour puiser l?eau presque saumâtre d?un puits.

Les vieillards et les malades sont les plus vulnérables. Ils peinent pour respecter les conditions sanitaires recommandées par les médecins. Ils ne boivent que quand c?est nécessaire. Les enfants prennent un bain dans la mer pour se rincer ensuite avec peu d?eau douce. Teby Collet lance un regard sur une colline où sont perchés deux grands réservoirs d?eau en fibre de verre. ?Vides. Ils ne sont jamais remplis?, dit-il.

A plusieurs dans la même pièce

Les enfants semblent être habitués à cet état des choses. Un jeune gamin turbulent grimpe sur le toit d?une latrine et le président du village l?interpelle : ?Sors vite de là. Tu vas te blesser !? Ici, il n?y a pas d?activités pour les jeunes qui sont la plupart scolarisés.

Les enfants sont robustes. Le soleil de plomb ne les décourage pas. Ils marchent pendant une demi-heure pour prendre le bus au village le plus proche. Cependant, en période pluvieuse, ils ne vont jamais à l?école. ?C?est vrai que ces enfants ont beaucoup de courage, mais c?est chagrinant de les voir emprunter des kilomètres dans de telles conditions.?

Teby Collet raconte qu?un officier du Trust fund for the integration of the vulnerable groups avait mis un van à la disposition des enfants, mais un membre de la National Transport Authority aurait interdit au véhicule de ramasser ces enfants car il n?y avait pas le permis nécessaire. Le Trust fund a aussi distribué des poules pondeuses à quelques familles.

Le centre communautaire, quasiment à l?entrée du village, a perdu sa vocation. Il est occupé par des familles depuis plus d?un an et demi, des victimes du cyclone Kalunde. Des matelas à même le sol, des mobiliers poussés dans un coin et des lits occupent la majorité de la pièce, qui fait environ 10 mètres par 20 mètres. Il y fait sombre. Lucina Louis, 62 ans, vit dans cet espace avec son fils de 21 ans et de sa fille Michelle âgée de 11 ans.

Un deuxième famille, plus nombreuse, occupe la même pièce. Roseline Mariane a tout perdu lors du passage du cyclone. Son mari, Jeaniode et elle en compagnie des ses neufs enfants, vivent dans le centre communautaire. Les nuits sont pénibles en été. Les deux familles étalent de matelas au sol pour passer la nuit. Ce n?est pas évident quand il fait chaud. Le repas est préparé très tôt sur un foyer.

Le Kalunde relief fund finance la construction des maisons de ces familles, mais ils avancent à pas de tortue. Une fois encore l?eau est source de problème. Quand il n?y a pas d?eau, les maçons sont obligés de chômer et cela peut durer des semaines. Les enfants, qui jouent au c?ur du village, ne semblent pas s?apercevoir ni de notre arrivée encore moins de notre départ. Ils passent le temps sans savoir que l?herbe est verte ailleurs.

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