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Six pêcheurs portés manquants au large de St.-Brandon
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Six pêcheurs portés manquants au large de St.-Brandon
Ils sont six à être partis pêcher à bord de l?Ouma le 16 janvier. Et à ce jour, Ivan Mario, Preetamsingh Unnuth, Jean-Alain Flore, Klen Gullemin, Antoine Capiron et Raj Bhoobun ne sont pas revenus. Mardi, un premier signal de détresse a été capté. Le bateau se trouvait alors à une centaine de miles nautiques au sud de St.-Brandon. Puis, plus rien. Jusqu?à hier après-midi, quand un nouveau signal de détresse est enregistré.
«Ils étaient au nord-nord-est du cyclone lorsqu?ils ont envoyé ce signal», nous affirme le frère de Preetamsignh Unnuth, le skipper du bateau, qui habite dans l?Est de l?île. Son père, Vijay, en est le propriétaire. Ce bateau fait régulièrement des sorties en mer, et cela depuis plusieurs années. C?est la première fois qu?il se retrouve en difficulté, aussi loin de nos côtes.
Les sorties de l?Ouma, un bateau de pêche de 14,5 mètres de long, durent en général entre huit et 15 jours et les pêcheurs sont au nombre de six à huit. Ils pêchent à la ligne. Le bateau ne transporte normalement pas plus de 10 personnes. Cette fois, huit personnes étaient supposées partir. Mais deux se sont désistées au dernier moment. L?une d?elles, sous couvert de l?anonymat nous a expliqué que la radio ne fonctionnerait pas bien.
Aurélien Gontran, un pêcheur d?une cinquantaine d?années habitant la région de Grand-Gaube, abonde dans le même sens. «Ena radio zis pou kit lepor, kouma gayn otmer, nepli marse.» Lui aussi a travaillé à bord de ce bateau, il y a deux ans. Depuis, dit-il, la situation est toujours la même. «Si ti ena radio, kifer zot pann rantre kan zot inn tann siklon ?»
Entre-temps, du côté des familles des pêcheurs disparus, l?inquiétude est à son comble. «Mo latet pe fermal», nous confie Yolenne, une habitante de Grand-Gaube. Cette femme qui a près de 70 ans encaisse mal le fait de ne pas avoir de nouvelles de son fils, Klen, depuis le 16 janvier. Agé d?une quarantaine d?années, Klen vit entre deux maisons : celle de sa concubine et celle de sa mère.
<B> «Ar radio ki noun kone hier» </B>
De son côté, Géraldine Flore, l?épouse de Jean-Alain, soutient que ce dernier est un pêcheur expérimenté mais n?aimant pas vraiment parler de son travail, il ne l?a pas avertie de son départ. «Ar radio ki noun kone hier matin.» Elle ne connaissait pas le nom du bateau sur lequel avait embarqué son époux, mais a tenté de contacter le propriétaire pour se rassurer. Vers 16 heures, ce dernier lui aurait affirmé que les pêcheurs n?étaient pas en danger.
La mère de Jean Alain, elle, pleure toutes les larmes de son corps, redoutant le pire. Il y a un an, elle a perdu un fils déjà et ne peut se résoudre à s?asseoir et attendre. Ses petits enfants et un de ses fils tentent de la calmer, mais rien n?y fait.
L?atmosphère n?est guère plus gaie chez Marjorie et Mémé, les s?urs d?Ivan Mario. Elles habitent la même rue que Yolenne. Et leur frère, âgé d?une vingtaine d?années, est aussi parti sur l?Ouma. C?est son premier voyage en haute mer.
Jean-Lou Capiron, lui, s?emporte. «Ce n?est pas normal que ce soit la radio qui a averti les familles. Le propriétaire a un devoir en tant qu?employeur.» Cet homme d?une vingtaine d?années est le fils d?Antoine Capiron, pêcheur à bord du bateau en difficulté.
C?est aussi lui qui a recruté les autres membres d?équipage. Agé d?une cinquantaine d?années, c?est le doyen de l?équipage, et le plus expérimenté. «Je ne m?explique pas qu?ils aient pu rester en mer, malgré le cyclone», poursuit Jean-Lou.
Le jeune homme est agité lorsque nous le rencontrons. Il contacte une à une les familles des pêcheurs qui étaient à bord du bateau. Il se fait ensuite un devoir de toutes les rencontrer afin de savoir si le propriétaire les a contactées. Lui aussi cherche à savoir ce que devient son père.
<B> «Il ne veut pas nous en parler» </B>
Ce dernier, insiste-t-il, bien qu?ayant connu des déboires en mer, n?y reste pas en cas de cyclone. «Il ne veut pas nous en parler», lance-t-il, en parlant de Vijay Unnuth, le propriétaire du bateau. Ce dernier ne répondrait pas à ses appels.
Chez les Bhoobun, à Petit-Verger, Goodlands, toute la famille est réunie, dans l?angoisse de l?attente. Un véhicule de la police, avec à son bord un membre de la famille Unnuth, serait passé dans l?après-midi. Mais l?épouse de Raj Bhoobun, un des pêcheurs, n?était pas là.
Le frère de Preetamsingh Unnuth nous assurait, hier matin, que le bateau était en bon état et qu?il ne dérivait pas. Il ne nous a toutefois pas fourni plus de détails et n?a pas répondu à nos appels dans la soirée. Il n?a donc pas été en mesure de répondre à nos questions concernant l?état de la radio à bord du bateau.
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